Coronavirus : développer un COVID-19 modéré à deux reprises donne des symptômes semblables, selon une étude de l’UMons

On connaît mal ce qui se passe chez un certain nombre de patients qui ont été deux fois contaminés par le coronavirus. Ont-ils été atteints à deux reprises ou bien s’agit-il d’une résurgence, d’une réactivation du virus toujours niché, réfugié dans le "sanctuaire" du corps humain ?

L’équipe du professeur Jérome Lechien et Sven Saussez (Université de Mons) a travaillé avec d’autres hôpitaux européens pour suivre des patients qui ont été atteints deux fois par le coronavirus. Au sein de la Task Force des Jeunes Otolaryngologistes de la Fédération internationale des Sociétés d’ORL, ils ont recruté des patients de 18 hôpitaux situés en Belgique, en France, en Italie et en Espagne.

Quarante-cinq cas modérés

Parmi 2626 patients suivis, 51 ont été identifiés comme sujets à deux épisodes d’infections au COVID-19. Quarante-cinq ont été retenus sur la base des données de laboratoire. La majorité d’entre eux avait des infections légères à chaque contamination. Ils n’avaient aucun signe de pneumonie sévère et étaient pour la plupart traités à domicile. L’étude pilotée par l’équipe de l’UMons a été acceptée pour publication dans le Journal of Internal Medicine.

Les chercheurs ont examiné les données de patients à double épisode entre le 22 mars et le 27 décembre 2020. Ils ont notamment suivi leurs symptômes, leurs comorbidités, leur éventuelle perte de goût et d’odorat. Ils ont comparé ce qui se produit lors du premier et du deuxième épisode COVID-19.

Bis repetita : symptômes similaires

Parmi les 45 patients qui ont fait initialement une forme modérée de COVID-19, aucun n’a développé une seconde infection sévère. La deuxième forme clinique est survenue en moyenne 5,6 mois après la première.

Le 2e épisode COVID était donc significativement similaire au premier : les patients qui ont eu des problèmes respiratoires ou digestifs ont, lors de la deuxième infection, refait des problèmes identiques.

Sauf pour l’odorat ?

Un des seuls symptômes qui ne s’est pas forcément retrouvé au cours des deux épisodes est la perte d’odorat : certains patients ont perdu ce sens la première fois, mais pas la deuxième, tandis que d’autres qui ne l’avaient pas perdu la première fois, l’ont perdu la seconde.

Les pertes de fonctions olfactives se sont produites dans 53,3% des cas dans le premier épisode de maladie et 62,2% dans la seconde. La durée de cette perte d’odorat était associée à celle de la perte de goût, dans un cas comme dans l’autre. Cette dernière concernait respectivement 40% et 55,6% des patients du premier et du second épisode. Mais la deuxième fois, cela durait moins longtemps, tout comme la perte de l’odorat.

Infecté deux fois ou réfugié dans le "sanctuaire" ?

Mais comment se fait-il que les patients soient malades deux fois ? La réponse est incertaine : il pourrait s’agir d’une vraie réinfection ou d’une réactivation du virus qui se serait réfugié dans un "sanctuaire" anatomique avant de se répliquer de nouveau pour se réactiver. Pour l’équipe de recherche, la première hypothèse semble la plus probable.

Parmi les arguments en faveur d’une réinfection, la présence d’une proportion significative de travailleurs de la santé dans l’étude (18% ou 8 cas), continuellement exposés au virus. Les auteurs exposent aussi le fait que les patients qui développent une forme modérée de la maladie ont une réponse immunitaire en anticorps neutralisants moins forte que les patients sévères ou critiques. Ils seraient donc davantage prédisposés aux réinfections.

Deux mois après le premier épisode de COVID, l’équipe de chercheurs n’a pas détecté d’anticorps (IgG) chez un tiers (28%) des patients, ce qui confirme le manque de protection par des anticorps neutralisants. Ils invoquent aussi les capacités du virus à muter rapidement et à échapper à ces anticorps à cause des mutations sur la protéine Spike du virus, qui est la clé d’entrée dans la serrure de nos cellules.

Entre chaque épisode de COVID, le délai était de 5,6 mois. Cela pourrait suffire, estiment les auteurs, pour que le virus ait subi un changement substantiel dans son ARN.

Cela reste cependant des hypothèses. L’étude a ses limites : un petit nombre de patients, tous symptomatiques (les asymptomatiques ou peu symptomatiques ne sont pas observés) et l’absence de patients au COVID sévère.

Extrait du JT du 29/01/2021

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