Coronavirus : comment le porte-avions Charles-de-Gaulle est-il passé de 50 à 700 contaminations ?

Le bilan n’est pas encore définitif et devrait encore augmenter. Mais pour l’instant, plus d’un tiers des marins du porte-avions français Charles de Gaulle ont été testés positifs au Covid-19 selon des premiers résultats communiqués ce mercredi. "1767 marins du groupe aéronaval ont été testés. La grande majorité de ces tests concerne à ce stade des marins du porte-avions. 668 se sont révélés positifs" a indiqué le ministère français des Armées dans un communiqué.

Ce dimanche 12 avril 2020, le bâtiment nucléaire français (1750 marins) et la frégate de défense aérienne qui l’accompagnait (200 marins) avaient rejoint le port de Toulon avec deux semaines d’avance, après la découverte initiale d’une cinquantaine de cas de coronavirus.

Aujourd’hui, "31 sont hospitalisés à l’hôpital d’instruction des armées Sainte-Anne de Toulon (sud), dont un en réanimation". Tous les marins ont été placés en isolement sanitaire pendant 14 jours avant de pouvoir regagner leur foyer. En parallèle, "les opérations de désinfection des aéronefs et des bâtiments de surface ont débuté" souligne le ministère.

31 sont hospitalisés […] dont un en réanimation.

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Des véhicules d’urgence devant le porte-avions français Charles de Gaulle alors qu’il arrive dans le port de Toulon, dans le sud de la France, avec à son bord des marins infectés par le COVID-19. © AFP – Marine française – 12 avril 2020

L’origine de la contamination inconnue

L’origine de la contamination du porte-avions n’est pas encore connue. L’équipage n’avait pas été en contact avec un élément extérieur depuis une escale à Brest, dans l’ouest de la France, du 13 au 15 mars. Les marins avaient pu descendre à terre, mais en respectant les gestes barrières et l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes en vigueur à l’époque. Parallèlement, une relève d’une cinquantaine de personnes a embarqué lors de cette escale, de source proche du dossier.

Un lieu où un virus se propage très vite

L’actuelle pandémie de Covid-19 a des effets particulièrement amplifiés dans les bâtiments militaires où des équipages nombreux s’entassent dans des volumes réduits, partagent de nombreuses infrastructures, et où l’isolement et le débarquement des malades sont compliqués à mettre en œuvre.

L’armée avait indiqué la semaine dernière qu’aucune "erreur d’appréciation" n’avait été constatée. Le chef d’état-major de la Marine française, l’amiral Christophe Prazuck, a désormais "ordonné une enquête de commandement afin de tirer tous les enseignements de la gestion de l’épidémie au sein du groupe aéronaval", selon le ministère.


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Des marins français s’exercent dans la baie du hangar à bord du porte-avions français Charles de Gaulle au large de la côte est de Chypre en mer Méditerranée le 9 février 2020. © AFP

Second porte-avions contaminé

Le Charles de Gaulle est le second porte-avions contaminé officiellement dans le monde, après le porte-avions américain USS Theodore Roosevelt, dans le Pacifique. En quelques jours, début avril, le nombre de cas avait atteint "moins d’une centaine", selon un responsable militaire. Comme pour le porte-avions français, ce n’est pas étonnant. L’USS Theodore Rossevelt comprend un équipage de plus de 4000 personnes partageant un espace limité, avec des dortoirs pour les marins, et des chambrées de trois couchettes pour les officiers, seuls les plus haut gradés bénéficiant d’une cabine individuelle.


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Arrivée de la frégate belge Leopold 1 à Zeebrugge, le vendredi 27 mars 2020. Un des marins de la frégate était atteint d’une infection confirmée par le virus Corona et avait déjà quitté le navire plus tôt. © Belga – Défense

En Belgique : trois marins de la frégate Léopold en quarantaine

La frégate belge Léopold 1 était également rentrée à quai à Zeebrugge le 27 mars à la suite de la découverte d’un cas de contamination au coronavirus. Contacté par nos soins, le service presse de la Défense nous informe que trois de ses membres d’équipage sont toujours en quarantaine "préventive" à l’Ecole royale militaire (ERM) à Bruxelles."Demain 17 avril, la situation sera évaluée et ils pourront décider s'ils rentrent chez eux. Ils auront alors passé environ trois semaines en isolement." 36 autres militaires sont également confinés à domicile, selon le ministère de la Défense.

La frégate effectuait une mission d’escorte du porte-avions nucléaire français Charles de Gaulle. Le marin présentant des symptômes de contamination avait été débarqué le 20 mars à Den Helder aux Pays-Bas. Selon le ministre de la Défense, Philippe Goffin (MR), tout l’équipage – environ 155 hommes et femmes – ont été "screenés" lors du retour de la frégate à Zeebrugge.

La Marine belge a de son côté décidé de ne pas procéder à une désinfection de la frégate, contrairement à ce qui a été décidé par son homologue française. La Défense considère que le fait de laisser le Léopold 1 à quai, vide, durant deux semaines, suffit à faire disparaître toute trace de coronavirus.

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Une femme portant un masque buccal, à l’arrivée de la frégate belge Leopold 1 à Zeebrugge, le vendredi 27 mars 2020. © Belga – Défense

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