Coronavirus: avec un variant plus contagieux de 50%, il faudrait que 80% des Belges soient vaccinés

C’est l’histoire d’une course entre deux marathoniens imaginaires, dont le nom commence par "v" : un variant du virus (découvert en Grande-Bretagne), contre un vaccin à ARN messager qui a déjà commencé son petit travail en Belgique. Qui va gagner ? Les vaccins à ARN messager comme ceux de Pfizer-BioNtech (distribués) et Moderna (en cours de livraison) sont facilement adaptables (en 6 semaines, selon BioNtech) à un variant muté du virus. Il "suffit" de le refabriquer en tenant compte de la protéine cible "Spike" mutée, au lieu de l’ancienne. Cependant, qui court le plus vite ?

Le détecter, pour l’isoler

En Belgique, huit universités ont maintenant rejoint la plateforme de séquençage du génome du SARS-COv-2 et bénéficient d’un financement pour détecter les nouveaux variants en Belgique, en tracer la généalogie et les mouvements géographiques (c’est ce qu’on appelle la "phylogénétique".). Leurs recherches et trouvailles sont consultables sur le site Nexstrain.

A l’heure actuelle, 6 cas de variant B.1.1.7 (le petit nom du variant "anglais") ont été détectés en Flandre. Mais que se passerait-il si ce variant plus contagieux échappait à notre contrôle et finissait par devenir la souche dominante en Belgique ? Ce serait fort gênant, pour ne pas dire, très.

Cette forme n’est pas plus mortelle, mais de 50 à 70% plus contagieuse. Or, mieux vaut en réalité un virus mutant plus mortel, qu’un virus plus contagieux. C’est ce que répètent les infectiologues, bien conscients du fait que les nouveaux variants détectés sur le sol britannique (B.1.1.7) et en Afrique du Sud (V.2) peuvent prendre la vaccination de vitesse.

Une couverture de 80% ?

Le virus de la rougeole est par exemple très contagieux. Le vaccin devrait donc pour bien faire être inoculé à 95% de la population, ce qui est loin d’être le cas. Plus un virus est infectieux, plus la couverture vaccinale doit être importante.

Avec une contagiosité augmentée de 50%, le virus du COVID-19 (le SARS-CoV-2) suivrait la même logique. Niko Spybroeck, épidémiologiste à l’UCLouvain, estime que "si les mutations font augmenter la contagiosité de par exemple 50%, il ne faudra pas immuniser 70%, mais plutôt 80% des personnes."


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Ne serait-ce pas décourageant pour la population, de lire ces lignes, à peine la campagne de vaccination entamée ? "Oui, je peux m’imaginer que ce serait un coup dur", estime l’épidémiologiste, "malheureusement, et c’est pour ça qu’il faut de toute façon essayer d’avancer très très vite avec cette campagne de vaccination. Il ne faut pas attendre !".

Quelles mesures supplémentaires ?

Pour éviter d’en arriver là, les gestes barrière sont connus. La stratégie de testing, d’identification du génome, et de traçage des personnes détectées positives, est primordiale. Alors que faire de plus ? La question politique des frontières pourrait se poser.

Leïla Belkhir, infectiologue à l’UCLouvain n’a pas la réponse, mais pour elle, "c’est un débat ouvert. Comme ça a été importé, est-ce qu’à un moment donné, il ne faut pas encore plus intensifier le contrôle des personnes qui reviennent de pays voisins, être très strict par rapport à la Grande-Bretagne, pour les personnes qui reviennent de là ? Parce que oui, en effet, si elle est déjà en Belgique, la seule façon de contenir cette souche, c’est 'vous êtes malade, vous restez chez vous, vous vous faites tester, vous êtes en contact, vous respectez la quarantaine'".

Tests approfondis sur variant britannique à Anvers: JT du 11/01/2020

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