Coronavirus aux USA : "Opening Up America Again", le plan astucieux de déconfinement et de relance de Trump?

Donald Trump, son vice-président Mike Pence et Deborah Birx, en charge de la cellule de crise de la Maison Blanche lors de la présentation du plan de déconfinement "Opening Up AMerica Again".
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Donald Trump, son vice-président Mike Pence et Deborah Birx, en charge de la cellule de crise de la Maison Blanche lors de la présentation du plan de déconfinement "Opening Up AMerica Again". - © RTBF/Belga/Getty

S'il y a une chose que personne ne pourra contester à Donald Trump (ou ses équipes) lors de cette pandémie de coronavirus, c'est d'avoir trouvé un slogan à la hauteur de la situation pour le déconfinement. Avec son "Opening Up America Again", le président américain aura au moins réussi une chose en pleine tourmente COVID19: ne pas perdre de vue la présidentielle qui s'annonce, slogan de campagne inclus. Car cet "Ouvrir l'Amérique à nouveau" ressemble plus à une manoeuvre de campagne qu'a une réelle prise de décision. Pas un hasard s'il s'inscrit d'ailleurs ouvertement dans la lignée du célèbre slogan de 2016 "Make America Great Again". Dans un pays aux prises avec d'importantes difficultés socio-économiques et où le nombre de chômeurs explose, difficile pour un président faisant campagne jusqu'il y a peu sur son bilan économique de faire autrement.     

Au delà du cri de ralliement, ce sont donc des lignes directrices de déconfinement et de relance économique des Etats-Unis que Trump a présenté. Un plan XXL articulé en trois phases mais qui nécessitera néanmoins l'approbation et le soutien des pouvoirs locaux et étatiques. Chaque gouverneur possède le droit de suivre ou pas les recommandations du locataire de la Maison Blanche et de les appliquer dans son Etat et les comtés qui le compose.


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Donald Trump aurait pu imposer son plan, il s'en est bien gardé même si d'autre part il a ouvertement apporté son soutien aux protestataires anti-confinement. C'est d'ailleurs pour cette raison qu' "Opening Up America Again" est un ensemble de lignes directrices et non l'un des célèbres décrets du président des Etats-Unis.

Justifications et préalables

Dès son introduction le plan rappelle avoir été élaboré "sur base des conseils d'experts en santé publique" avant de préciser que "ces étapes aideront les autorités nationales et locales à rouvrir leurs économies, à remettre les gens au travail et à continuer de protéger la vie des Américains". Le tout se veut "basé sur des données à jour" et "laissé à la discrétion des gouverneurs en ce qui concerne l'application des mesures". Une prudence de sioux donc pour le grand manitou américain.

Une prudence qui se confirme dans dans les recommandations faites aux États avant que ceux-ci n'entament l'application des lignes directrices. Concrètement cela se matérialise en trois conseils articulés eux aussi autour de trois domaines: 

  • Symptomatologie : avoir une trajectoire descendante des maladies de type grippal et des cas syndromiques de COVID-19 depuis 14 jours.
  • Cas avérés : avoir une trajectoire descendante des cas détectés ou des tests positifs en pourcentage du total des tests, sur une période de 14 jours.
  • Sanitaire : les hôpitaux doivent être en mesure de traiter tous les patients, hors COVID19 compris, et avoir mis en place un programme efficient afin de protéger les travailleurs de la santé , y compris les nouveaux tests d'anticorps.

Donald Trump recommande donc aux Etats de remplir ces critères avant d'entamer la phase 1 de relance et de sortie de déconfinement. Le Plan précise également que "les autorités nationales et locales peuvent au besoin adapter ces critères aux circonstances locales (par exemple, les zones métropolitaines qui ont subi de graves épidémies de COVID, les zones rurales et suburbaines où les épidémies ne se sont pas produites ou ont été bénignes)". De plus, le cas échéant, les gouverneurs pourront travailler sur une base régionale afin de satisfaire à ces critères et progresser pas à pas dans les différentes phases. 

Responsabilités des Etats

Quelques jours seulement après avoir affirmé que lui seul avait l'autorité de décider de la réouverture de l'Amérique, Donald Trump fait donc volte-face. Trop risqué pour lui en effet de se confronter avec des gouverneurs dont la plupart sont bien plus populaires que lui dans leur Etat. Ce n'est pas pour autant que le président donne carte blanche aux Etats. Il a d'ailleurs précisé que la Maison Blanche n'hésiterait pas à faire savoir son mécontentement s'ils ne respectaient pas les responsabilités sanitaires qui leur incombent en ces temps de crise, à savoir:

  • Assurer la capacité de mettre en place rapidement des sites de dépistage et de test sûrs et efficaces pour les individus symptomatiques et de retrouver les contacts personnes testées positives au COVID19S'assurer que les sites de surveillance recherchant les cas asymptomatiques opèrent également au sein des personnes âgées, des Américains à faible revenu, des minorités raciales et des Amérindiens.
  • Assurer la capacité à fournir rapidement et de manière indépendante suffisamment d'équipement de protection individuelle et d'équipement médical essentiel pour faire face à une forte augmentation des besoins.
  • Assurer la capacité d'augmenter la capacité des unités de soins intensifs.
  • Assurer la protection de la santé et la sécurité des travailleurs des industries critiques.
  • Assurer la protection de la santé et la sécurité des personnes vivant et travaillant dans des établissements à haut risque (par exemple, les établissements de soins pour personnes âgées).
  • Assurer la protection des employés et des utilisateurs des transports en commun.
  • Conseiller les citoyens sur les protocoles de distanciation sociale et de protection du visage. 
  • Surveiller les conditions et prenez immédiatement des mesures pour limiter et atténuer les rebonds ou les épidémies en redémarrant une phase ou en revenant à une phase antérieure, selon la gravité.

Donald Trump place donc les gouverneurs dos au mur et leur rappelle que la liberté à un prix. Que certaines responsabilités font partie de leurs devoirs. Une manière comme une autre de continuer sur un autre terrain le bras de fer en cours depuis quelques semaines avec certains d'entre eux, dont Andrew Cuomo, gouverneur de l'Etat de New York.

Phase 1 : la distanciation sociale au centre

Première des trois phases, celle-ci préconise avant tout de continuer à respecter les critères de distanciation sociale dans l'espace public. Les rassemblements sociaux de plus de 10 personnes sont déconseillés et les individus sont invités à minimiser les déplacements non-essentiels.

Les personnes vulnérables, (les personnes âgées, les personnes souffrant de graves problèmes de santé sous-jacents, notamment l'hypertension artérielle, les maladies pulmonaires chroniques, le diabète, l'obésité, l'asthme et celles dont le système immunitaire est compromis, par exemple par la chimiothérapie du cancer et d'autres conditions nécessitant une telle thérapie) sont invitées lors de cette phase 1 à continuer de rester à la maison. De même, les membres de leur ménage devraient être conscientisés sur le fait que le retour au travail risque de transmettre le coronavirus à la personne vulnérable.

Les employeurs sont invités quant à eux à continuer d'encourager leurs employés à travailler à distance et, si possible, à reprendre le travail graduellement. En outre, les employeurs sont invités à fermer les espaces communs, minimiser les déplacements non essentiels et envisager des aménagements spéciaux pour les employés vulnérables.

Au cours de cette première phase, les écoles, les garderies et les traditionnels camps devraient idéalement rester fermés et les visites aux résidences pour personnes âgées et aux hôpitaux devraient être interdites. Les grandes salles, comme les restaurants, les cinémas, les salles de sport peuvent rouvrir selon des protocoles de distanciation physique stricts. Les gymnases peuvent rouvrir s'ils adhèrent à des protocoles de distanciation physique et d'assainissement stricts, mais les bars doivent rester fermés. Enfin, les opérations chirurgicales de type ambulatoire peuvent reprendre dans des établissements qui respectent les directives des Centers for Medicare et Medicaid Services (CMS). 

Toujours selon les directives, les voyages non essentiels devraient demeurer proscrits pendant la première phase. En cas de voyage essentiel, l'auto-isolation telle que prônée par le CDC est vivement conseillée.

Phase 2 : réouverture des bars et des écoles

Au cours de la deuxième phase, les personnes vulnérables devraient continuer de rester chez elles. La distanciation sociale dans les lieux publics est toujours conseillée mais la taille maximale des rassemblements de personnes passe de 10 à 50 personnes. Les voyages non essentiels peuvent quant à eux reprendre. 

Comme pour la phase 1, les employeurs sont invités à continuer d'encourager leurs employés à travailler à distance. Les espaces communs devraient rester fermés et les aménagements spéciaux pour les employés vulnérable maintenus.

Dans cette deuxième phase, les écoles, les garderies et les camps peuvent rouvrir et les bars peuvent ouvrir leurs portes à condition de respecter une occupation réduite des places debout et selon une analyse au cas par cas. Les opérations de type hospitalier peuvent également reprendre. Les visites aux résidences pour personnes âgées et aux hôpitaux devraient continuer à être interdites.

Phase 3 : retour à la normale, ou presque

Dans cette troisième phase, celle de la libération, les personnes vulnérables n'ont plus à rester à la maison mais sont invitées à pratiquer la distanciation sociale et minimiser leur exposition aux milieux sociaux où cette distanciation ne peut être pratiquée. Les populations à faible risque sont elles invitées à minimiser le temps passé dans des environnements surpeuplés. Les employeurs quant à eux peuvent permettre à leurs travailleurs de reprendre le travail de manière normale au cours de la troisième phase.

Les visites aux établissements de soins pour personnes âgées et aux hôpitaux peuvent également reprendre, mais ceux qui interagissent avec les résidents et les patients doivent maintenir des normes d'hygiène élevées. Les grandes salles, comme les cinémas et les salles de sport, peuvent fonctionner selon des protocoles de distanciation physique limités. Les bars peuvent fonctionner avec une occupation des espaces debouts.

Coup de maître ?

Trump aurait-il réussi à préserver ses intérêts électoraux tout en minimisant son rôle en cas de flambée de coronavirus et de perte de contrôle de la pandémie ? En prônant la réouverture, via son plan mais également via son soutien aux contestataires anti-confinement, le président américain reste fidèle au message qui l'a amené là où il est, notamment grâce aux soutiens d'une grande partie de l'Amérique rurale et profonde. Là où la manoeuvre se révèle astucieuse, c'est lorsqu'il laisse la mise en oeuvre à la discrétion des gouverneurs. C'est donc leur capacité à analyser la situation qui se retrouvera mise en jeu. Certains Etats, moins touchés par le coronavirus, ont annoncé envisager un retour à la normale dès le 1er mai. D'autres se sont consultés afin de planifier ensemble leur déconfinement. C'est notamment le cas de la Californie, l'Oregon et l'Etat de Washington. Sur la côte Est ce sont le Massachusetts, le New Jersey, le Connecticut, la Pennsylvanie, le Delaware, Rhode Island et l'Etat de New York qui ont décider d'élaborer un plan de réouverture commun afin d'éviter que ce deconfinement ne soit la porte ouverte à la deuxième vague tant redoutée de par le monde.  

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