Coronavirus aux Etats-Unis : un doigt d’honneur à Trump, près de 100.000 décès

Les Etats-Unis sont le pays le plus touché tant en nombre de morts que de cas, avec 97.686 décès pour 1.641.585 cas. Le nouveau coronavirus a fait 638 nouveaux décès en 24 heures aux Etats-Unis, selon le comptage quotidien de l’Université Johns Hopkins.


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Le franchissement attendu de la barre des 100.000 morts intervient sur fond de vifs débats à propos du confinement, plusieurs Etats ayant entrepris d’alléger les mesures restrictives décidées contre l’expansion de la maladie.

Le président américain Donald Trump, candidat à sa réélection en novembre, fait pression pour une relance économique, appelant des gouverneurs démocrates à "libérer" leur Etat au mépris des avertissements de ses conseillers scientifiques.

Donald Trump a aussi appelé tous les lieux de culte à rouvrir ce week-end, alors même que les rassemblements de plus de 10 personnes restent interdits dans de nombreux Etats.

"TRANSITION VERS LA GRANDEUR", a tweeté Donald Trump samedi soir, reprenant le slogan qu’il utilise pour plaider la réouverture de l’économie. Beaucoup de commentateurs ont néanmoins relevé la dissonance entre ce tweet et l’énormité du bilan humain.

George Conway, un critique du président et l’époux d’une conseillère de la Maison Blanche Kellyanne Conway, a tweeté une photo de la Une du New York Times aux côtés d’une photo de Donald Trump jouant au golf samedi. Le président était allé jouer au golf pour la première fois depuis le 8 mars dans son club de Virginie, près de Washington. Il a été accueilli le long de la route à son arrivée par des Américains en colère contre sa gestion de la pandémie du Covid-19 aux Etats-Unis. L'une d'entre-eux a fait un doigt d'honneur à son cortège.  

La "Une" glaçante du New York Times

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Un tweet du New York Times qui montre la première page de l’édition du 24 mai 2020, avec une liste de 1000 noms imprimés dessus, ce qui représente 1% des vies perdues à cause de la nouvelle pandémie de coronavirus, COVID-19, aux États-Unis. © AFP

Pour marquer le passage imminent de la barre terrible des 100.000 morts du coronavirus aux Etats-Unis, le quotidien américain The New York Times a en effet consacré dimanche sa Une à la mémoire d’un millier d’entre elles et évoque pour chacune ce qu’a été sa vie.

"Ces 1000 personnes ici ne représentent qu’à peine un pour cent du total. Aucune d’elles n’était un simple numéro", a écrit le journal en présentant brièvement sa Une, entièrement couverte d’un texte imprimé serré.

"Je voulais quelque chose que les gens puissent relire dans 100 ans pour comprendre le poids de ce que nous traversons", a expliqué Marc Lacey, le rédacteur en chef national du journal.

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La promenade de Coney Island rouverte à la population le 24 mai 2020 à New York. Certaines parties de l’État de New York qui ont vu diminuer le nombre de cas de virus ont déjà commencé à assouplir les restrictions de confinement, mais celles-ci n’ont pas © AFP

New York : déconfinement controversé

Pour ce week-end prolongé du Memorial Day, qui marque l’ouverture de la saison estivale américaine, les plages ont rouvert à New York et dans le New Jersey, Etats voisins qui ont été le plus touchés par l’épidémie : à eux deux, ils ont recensé 40% des près de 100.000 morts aux Etats-Unis.

"C’est juste super d’entendre le bruit des vagues. C’est une belle forme de méditation, de pouvoir regarder l’océan, aller dans l’eau", dit Brittany Neiss, 25 ans, en marchant pieds nus avec son ami sur la plage de Jones Beach, à Long Island.

On a besoin de se sentir… Humains, au lieu d’être coincés chez nous

Les autorités ont fait "le bon choix" en rouvrant cette plage et beaucoup d’autres, dit-elle. "On a besoin de se sentir… Humains, au lieu d’être coincés chez nous".

A moins d’une heure à l’est de la ville de New York, cette plage de 10 km de long a rouvert à la baignade moyennant une capacité réduite de 50%, et des barrières et avertissements omniprésents pour faire respecter la distanciation sociale.


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Même joie de sortir au grand air à Coney Island, célèbre plage de Brooklyn, accessible en métro. Le maire Bill de Blasio y maintient l’interdiction de baignade pour l’instant, et le parc d’attractions de Luna Park reste fermé, mais les gens étaient ravis de déambuler sur la grande promenade bordant la plage.

Je suis très inquiète quand les gens sortent et ne maintiennent pas les distances

A l’heure d’un déconfinement controversé, les plages font partie des lieux à haut risque, comme l’ont montré récemment les images de foules sur des plages de Californie ou de Floride.

"Je suis très inquiète quand les gens sortent et ne maintiennent pas les distances", a encore déclaré dimanche le Dr Deborah Birx, coordinatrice de la cellule de crise de la Maison Blanche. "Nous savons que le soleil aide à tuer le virus, mais cela n’empêche pas que les gens doivent être responsables."

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Les espaces de restauration restent par contre fermés à Coney Island le 24 mai 2020 à New York. © AFP

Les actions en justice se multiplient

Signe de la tension qui règne aux Etats-Unis autour du Covid-19, les actions en justice se multiplient. Plus de 1300 plaintes ont déjà été déposées dans les tribunaux du pays, selon le cabinet d’avocats Hunton Andrews Kurth qui les recense chaque jour.

La pandémie "a divisé l’Amérique et généré de vastes enjeux politiques", souligne à l’AFP le professeur en droit de la Santé Lawrence Gostin : "Il y a des conflits entre la santé publique et les libertés de travailler, de manifester, de s’acheter une arme…"

Et comme "nous sommes une société très procédurière", poursuit-il, ces conflits aboutissent naturellement devant les juges.

Une "première vague" de contentieux est venue des prisons et des centres de rétention, détaille Torsten Kracht, associé du cabinet Hunton Andrews Kurth : des détenus ont réclamé une libération conditionnelle, arguant des mauvaises conditions sanitaires dans leur établissement ou de leurs propres problèmes de santé.

Dans le même registre, plusieurs salariés ont porté plainte contre leur employeur pour le contraindre à mieux les protéger. Un syndicat d’infirmiers new-yorkais a ainsi saisi la justice pour obtenir des masques, des gants et autres équipements de protection.

Comme ce n’était pas le cas jusqu’ici, la seconde grande catégorie de contentieux est de nature financière. Des clients qui n’ont pas pu assister à un spectacle ont lancé une action collective pour obtenir un remboursement auprès du site de réservations en ligne Ticketmaster. D’autres se battent pour récupérer des frais d’hôtel, d’avion, d’abonnement à une salle de gym. Depuis début mai, les requêtes d’étudiants qui veulent se faire rembourser leurs énormes frais de scolarité se multiplient.

Et des commerçants, obligés de rester portes closes, ont saisi la justice pour contester les mesures de confinement imposées par les autorités. Les politiques se sont emparés de ce débat épineux : plusieurs élus républicains, emboîtant le pas à un Donald Trump soucieux de faire rapidement redémarrer le pays, ont contesté les ordres de confinement pris par les gouverneurs démocrates de leur Etat.

Et pour l’instant, la réponse des tribunaux est cacophonique : la Cour suprême du Wisconsin a ainsi jugé illégale la prolongation de l’arrêté de confinement des autorités de l’Etat, mais des juges ont validé une mesure similaire prise par la gouverneure du Michigan.


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