Coronavirus : après les vaccins, l’heure des nouveaux traitements à base de cocktails d’anticorps

Leurs noms terminent par "mab", et vous apprendrez sans doute bientôt à les connaître, malgré leur phonétique imprononçable. Casirivimab, Imdevimab, Bamlanivimab… Avouez que ce n’est pas aussi facile à retenir que les noms de vaccins avec lesquels vous jonglez aujourd’hui comme si vous passiez votre commande dans un fast-food. "Je voudrais du Pfizer", "AstraZeneca, pas pour moi", etc. etc, mais vous ne pouvez pas choisir et tout est bon dans les vaccins autorisés chez nous, dont les effets indésirables sont suivis à la trace.

Il va pourtant falloir les découvrir, ces noms difficilement articulables. Car ces anticorps monoclonaux sont les traitements de demain.

Anticorps monoquoi ?

Il s’agit ici d’injecter directement des anticorps dirigés contre le SARS-COv-2 à des patients, et non pas de provoquer une réaction immunitaire en les vaccinant. Explication : "Lorsqu’on développe une infection par un virus ou une bactérie quelconque, le corps développe une réponse immunitaire pour l’éliminer et, entre-temps, manifeste les symptômes de la maladie. Notre système immunitaire, grâce à des cellules appelées lymphocytes B, se met à produire de multiples anticorps, c’est-à-dire des protéines qui éliminent le virus", expliquait déjà sur notre site, en décembre, la Professeure Sophie Lucas, immunologue à l’Institut de Duve de l’UCLouvain. "L’anticorps monoclonal est produit en laboratoire. Il est dit monoclonal car il est homogène, produit par une seule source de lymphocytes"

Nous sommes en mars, et ces anticorps monoclonaux sont presque à nos portes. Jean-Christophe Goffard, directeur du Service de Médecine interne à l’Hôpital Erasme, qualifie ces médicaments de "game changers": ils vont changer les règles du jeu.

Il est moins une pour se fixer une stratégie en vue de les avoir à disposition. Ils sont déjà "au lit du malade", comme le dit l’immunologue Michel Goldman, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Italie et en France. Dans ce dernier pays, l’Agence du médicament (ANSM) a autorisé mi-mars deux bithérapies à base d’anticorps de synthèse, dont celle de Roche et Regeneron, pour traiter précocement, dès l’apparition des symptômes, les adultes les plus à risque. La France a aussi permis l’utilisation du cocktail d’Eli Lilly, à titre temporaire. Mais ces traitements ne sont pas encore homologués dans l’Union européenne.

Lors d’une formation à destination des médecins, le "Grand tour de médecine", organisé par le professeur Elie Cogan et visible sur Youtube, le professeur émérite en immunologie Michel Goldman (ULB) a fait l’état des lieux de ces traitements.

Regeneron et Roche dans les starting-blocks

Aux Etats-Unis, vous vous souvenez sans doute que le président Trump avait reçu à titre expérimental le cocktail d’anticorps du laboratoire américain Regeneron. Le cocktail d’anticorps associe les médicaments Casirivimab et Imdevimab. L’agence américaine des médicaments (FDA) a octroyé fin novembre une autorisation d’urgence à cette bithérapie.

En Europe, c’est le laboratoire pharmaceutique suisse Roche qui s’est associé à Regeneron pour développer, fabriquer et distribuer ce traitement. Et les résultats de l’étude de phase III sont très intéressants. Les données ont montré une réduction de 70% des hospitalisations ou des décès chez les patients atteints de la maladie qui n’ont pas dû être hospitalisés. C’est ce que le groupe suisse a communiqué ce mardi. On ne dispose malheureusement pas encore de la publication.

Par contre, aux Etats-Unis, ce même cocktail a fait l’objet d’une présentation de résultats lors de la Conférence CROI, (Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections), qui s’est tenue du 6 au 10 mars dernier. Il s’agissait d’un essai sur une population d’adultes et d’enfants, qui sont des contacts asymptomatiques au sein d’un ménage. Exemple : je suis positive, on va donc traiter toute ma famille et mes contacts, par une injection de ce cocktail en sous-cutané, dans les 96 heures de la détection de mon cas (je suis le cas "index"). Et au bout du compte, on regarde combien de personnes sont infectées, qu’elles présentent ou non des symptômes. L’étude concerne des patients relativement jeunes (moyenne d’âge : 45 ans dans le groupe placebo, 43 dans le groupe traité), mais avec une obésité importante. Les résultats présentés sont très impressionnants : le traitement permet une prévention de 100% des cas symptomatiques 29 jours après l’inclusion du patient, il évite aussi les charges virales élevées, et diminue de 50% les infections asymptomatiques et symptomatiques combinées.

Ce traitement fait l’objet actuellement d’un examen par l’Agence européenne des Médicaments (EMA), qui devrait rendre son avis sur sa mise sur le marché en Europe, dans les prochaines semaines.

Eli Lilly aussi

Autre géant pharmaceutique américain, autre molécule : Eli Lilly a soumis à l’examen de l’EMA son cocktail d’anticorps monoclonaux que sont Bamlanivimab et Etesemivab. L’Agence européenne va se pencher sur les données portant sur l’utilisation d’une combinaison des deux, et sur celle de Banlanivimab tout seul. Ce traitement combinant bénéficie déjà d’une autorisation d’urgence aux Etats-Unis, pour les personnes à risque.

Dans une étude américaine également présentée à la Conférence CROI, des unités mobiles se sont déplacées dans des maisons de repos où un seul cas s’était déclaré. La caravane est partie sur site, a dépisté les résidents et le staff, et les a tous inclus dans l’étude, avant même d’avoir les résultats des tests PCR et de la sérologie (détection d’anticorps). Seuls les cas négatifs ont été examinés à l’inclusion dans l’étude. Résultats ? Chez les résidents, 80% de réduction du risque de COVID ; et dans la population considérée comme à haut risque, 70% de réduction du risque de COVID.

Les lamas de Gand

Une nouvelle génération d’anticorps arrive, et parmi elles, le professeur émérite en immunologie Michel Goldman pointe les "nanoanticorps", développés à partir d’anticorps de lamas par le centre de biotechnologie médical VIB-Ugent. Ils seraient plus simples à produire, et pourraient permettre dans l’avenir d’autres formes d’administration, comme l’inhalation.

Avancée et inconnues

Pour Jean-Christophe Goffard comme pour Michel Goldman, les anticorps monoclonaux sont une avancée thérapeutique "majeure" pour prévenir les formes les plus graves de Covid-19. Ils représentent cependant un défi logistique fondamental, au même titre que l’a été la vaccination. Ils ne sont efficaces que lorsqu’ils sont administrés dans les quelques jours qui suivent la contamination et il faudra donc soigneusement identifier les patients éligibles en fonction de leurs facteurs de risque.

Il faudra inventer des "trajets de soin", et produire ces anticorps à un prix abordable et réaliste. Pour l’instant, Michel Goldman évalue le prix d’un traitement à entre 1000 et 2000 euros. Ce sera le prix à payer pour offrir une protection aux malades qui ne répondent pas ou mal aux vaccins : patients leucémiques, porteurs de greffe d’organe ou atteints de maladies immunoinflammatoires sévères.

 

Extrait du comité de concertation du 24/03/2021 à propos de la vaccination:

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