Contaminations au coronavirus : pourquoi les écoles sont-elles aujourd'hui pointées du doigt? Est-ce justifié?

A l’heure où les chiffres du coronavirus en Belgique connaissent une augmentation et où les autorités se penchent sur de nouvelles restrictions, l’école est au centre des débats, alors qu’on l’a longtemps considérée comme l’un des lieux qui ne favorisaient pas la propagation de l’épidémie.

Les mesures pour ralentir la propagation du coronavirus dans les établissements scolaires ne se sont pas fait attendre : la Flandre a imposé le port du masque pour les 5e et 6e primaires, la Wallonie l’a fortement conseillé. Or, les contaminations au sein des plus jeunes sont déjà élevées. 


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Le porte-parole interfédéral pour la lutte contre le coronavirus Yves Van Laethem l’expliquait ce vendredi matin pendant la conférence de presse bihebdomadaire du Centre de crise et de l’Institut Sciensano : l’augmentation des cas concerne toutes les classes d’âge, mais plus particulièrement les jeunes. Chez les enfants, l’augmentation est de 60%, chez les adolescents, elle se chiffre à de 56%. Les jeunes âgés de 10 à 12 ans sont les plus touchés.

L’école est le premier cluster, selon Sciensano

En plus, les écoles sont devenues le premier type de clusters : le dernier rapport épidémiologique de l’institut Sciensano, pointait qu’entre le 8 et le 14 mars, 37% des nouveaux clusters étaient actifs dans les établissements scolaires. Les données ne sont même pas complètes : Sciensano inclut dans son calcul les clusters enregistrés par les services de maladies infectieuses. D'autres clusters qui se forment au sein des écoles sont suivis par les services médico-sociaux et donc pas inclus dans le rapport de Sciensano.


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Ce 17 mars, l’ONE affirmait par voie de communiqué, que 1906 cas avaient été signalés dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles entre le 8 et le 14 mars. Les élèves étaient beaucoup plus touchés que les membres du personnel.

Si la hausse est bel et bien là, il faut prendre en compte qu’entre-temps, le testing a, lui aussi, augmenté et notamment au sein des écoles.

Les variants qui gâchent la fête

Pour mieux comprendre ce qui a fait défaut au sein des écoles, nous avons demandé à l’épidémiologiste Yves Coppieters (ULB).

Pour lui, il est étonnant de voir cette augmentation au sein des écoles, si les protocoles mis en place sont bien respectés. Toutefois, "l’hypothèse qu’on peut formuler est que les gestes barrière ne soient pas suffisants, détaille-t-il "Bien que les protocoles existent, il faut rester réaliste : il est difficile de contrôler que les enfants les respectent lorsqu’ils sont en interaction entre eux".

Aussi, il ne faut pas oublier que les variants du virus sont bien plus contagieux, ce qui complique la donne. "Je suis convaincu que ces protocoles fonctionnaient très bien pour la souche classique. Il est bien probable que si les variants n’étaient pas là, on connaîtrait une vague moins forte."


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Pour l’expert, il faudrait sans doute renforcer les mesures au sein des écoles : "Sans rentrer dans les considérations psychologiques relatives au port du masque chez les enfants, d’un point de vue purement épidémiologique, le port du masque pour les enfants à partir des 10 ans serait une bonne piste, à condition qu’il soit bien porté". Pas avant cette âge, toutefois : l’impact psychologique pour les plus petits serait trop important.

"Une autre option est celle d’opter pour une 'bulle de classe' de dix ou quinze enfants, mais cela me paraît difficilement tenable sur le plan logistique", explique encore l’épidémiologiste, rappelant également l’importance de bien ventiler les classes, ce qui défavorise la propagation du virus.

Portant, la contagiosité des nouvelles souches du coronavirus est bien connue et ce, depuis longtemps. Pourquoi aurait-on attendu aussi longtemps avant de renforcer les protocoles ? "Pendant un certain moment, on a eu l’impression que les écoles et les enfants contribuaient peu à la circulation du virus. Ensuite, on a compris que les établissements scolaires contribuaient à la propagation du Covid-19, mais on a gardé cette impression que ce n’était pas le cas et on n’a donc pas rebondi, malgré la contagiosité plus élevée des variants", note l’épidémiologiste.

La volonté était sans doute aussi celle de préserver la jeunesse et donc, les écoles.

Le domicile, la famille et les amis restent des sources d’infection

Faut-il pour autant pointer du doigt l'enseignement ? La réponse est nuancée, puisque les autres foyers de contamination restent importants.

Si les établissements scolaires sont en tête (37%), les entreprises restent le deuxième endroit où les clusters étaient actifs (36%), selon Sciensano. Ils sont suivis, de très loin, par les maisons de repos (6%).


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A côté de cela, l'institut affirme également que : "Environ la moitié des cas confirmés Covid-19 contactés ont indiqué ne pas savoir où ils avaient contracté l’infection. Malgré l’observation de légères variations de semaine en semaine, les lieux possibles de transmission les plus fréquemment signalés sont le domicile, en famille et chez des amis et au travail".

On voit bien qu’en dehors de l’école, d’autres sources de contamination sont bel et bien présentes, comme le travail ou, tout simplement, le non-respect de la bulle sociale.

Toujours le rapport confirme, en effet, que lorsqu’il est question d’identifier une source d’infection possible, les personnes contaminées n'en indiquent aucune. Si elles l’identifient, elles l’expliquent par des contacts au sein du ménage, avec un membre de la famille ou un collègue. Cela permet de comprendre de manière plus globale quels sont les foyers de contamination, au-delà de ce qui se passe dans les écoles.

Sur le terrain, on commence aussi à ressentir l’effet de relâchement au sein de la population. Pas plus tard que ce jeudi, Delphine Mathieu, infectiologue et hygiéniste au CHU Tivoli à La Louvière, le soulignait sur nos antennes : les profils des patients "sont tout à fait différents : les gens en hospitalisation sont plus jeunes, on n’a plus du tout de gens qui viennent de homes."

Pour éviter que ces facteurs provoquent une troisième vague, de nouvelles mesures seront décidées par le Codeco ce vendredi. A l’heure d’écrire ces lignes, le retour à l’école avant le congé de Pâques est annulé. L’objectif d’un retour en présentiel total pour l’enseignement au 19 avril, soit après le congé de Pâques, est toutefois maintenu.

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