Comment le plan de Joe Biden va booster l’économie américaine, et celle du reste du monde

Le Congrès l’a adopté hier, le président Joe Biden va le promulguer dès ce jeudi : le plan de relance de l’économie américaine promis est désormais sur les rails. Son objectif est de provoquer un redémarrage très rapide de l’économie américaine, grâce à l’effet combiné des moyens mobilisés et de la vaccination rapide qui doit permettre un retour à des activités normales.

Le plan est doté de 1900 milliards de dollars (1600 milliards d’euros). C’est l’équivalent du PIB de l’Italie. Une somme énorme, mais inférieure à celle mobilisée il y a un an par Donald Trump pour son Cares Act : avec 2200 milliards de dollars, ce fut le plan de relance le plus richement doté de l’histoire américaine.

La vaccination terminée fin mai

La différence, c’est que ces sommes ont alors été dépensées pour compenser les pertes de revenus provoquées par la paralysie de l’économie. Aujourd’hui, les moyens mobilisés doivent réellement relancer la machine, grâce aux bénéfices de la vaccination. Tous les Américains qui le souhaitent devraient être vaccinés d’ici fin mai, ce qui devrait permettre de lever le carcan sanitaire imposé depuis un an.

Plusieurs mesures du plan devraient avoir un effet très rapide sur la croissance économique américaine, alimentée par les fonds directement versés aux citoyens. En voici les sept décisions principales.

1. Un chèque de 1400 $ par personne, sauf les plus riches

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Sur le précédent chèque gouvernement américain, le président Trump avait fait figurer son nom. Joe Biden a décidé de ne pas en faire de même. © CHIP SOMODEVILLA / Getty Images via AFP

Des millions d’Américains vont recevoir dans les prochaines semaines un chèque de 1400 dollars de la part de leur gouvernement. Au sein des familles, il est accordé à chaque personne à charge.

Ces chèques sont réservés aux personnes gagnant moins de 75.000 dollars par an (150.000 dollars pour un couple). Pour ceux qui gagnent plus, le montant diminue progressivement et disparaît pour les particuliers dont les revenus atteignent 80.000 dollars.

Des chèques de 600 dollars avaient déjà été versés en début d’année dans le cadre d’un plan précédent.

2. Le chômage restera augmenté de 300 $ par semaine

Le plan prolonge jusqu'au 6 septembre le versement d'allocations chômage additionnelles de 300 dollars par semaine. Cette mesure prise par l’administration précédente expirait le 14 mars. Joe Biden avait promis d’agir avant cette date butoir, et après des séances marathon au Congrès, il y est parvenu.

3. L’augmentation des crédits d’impôt pour la garde des enfants

Le plan élargit les crédits d’impôts pour les gardes d’enfants dont les foyers les plus modestes étaient exclus. Les démocrates ont décidé de revoir cet avantage fiscal, en le rendant non plus généreux et en changeant les conditions de ressources pour le percevoir.

Le but est de rendre ce crédit d’impôt accessible à tous les enfants, sauf dans les foyers riches. La loi prévoit désormais 3600 dollars pour les enfants jusqu’à 5 ans et 3000 dollars pour les enfants de 6 à 17 ans, contre 2000 dollars auparavant.

"Si le plan est pleinement mis en œuvre cette année, il pourrait réduire la pauvreté des enfants de plus de 50%", souligne Zach Parolin, professeur au Centre de Recherches sur la pauvreté de l’Université de Columbia.

4. La réouverture des crèches, écoles, collèges et universités

De nombreux établissements sont restés fermés depuis un an, faute de pouvoir mettre en place les protocoles sanitaires (ventilation par exemple) pour accueillir les élèves. Les écoles, de la maternelle au secondaire, vont bénéficier d’une enveloppe de 126 milliards de dollars, 39 milliards seront consacrés aux crèches et 40 aux universités.

Grâce à la réouverture des établissements scolaires, de nombreuses personnes vont pouvoir se remettre au travail.

5. Poursuite de la lutte contre la pandémie : vaccins, tests, traçage

Quelque 15 milliards de dollars sont consacrés à la vaccination, 50 milliards pour les tests et le traçage ainsi que 10 milliards pour la production de vaccins. "Une fois que nous aurons un vaccin sûr et efficace, il devra être gratuit pour tout le monde, que vous soyez assuré ou pas", avait promis Joe Biden durant la campagne électorale.

6. Combler les pertes des États et des collectivités locales

L’enveloppe prévoit quelque 350 milliards en faveur des Etats, des collectivités locales ainsi qu’aux tribus et territoires. Ces entités ont dû supprimer 1,4 million d’emplois en raison de la baisse de leurs revenus et de l’augmentation de leurs dépenses. Les Etats avaient déjà été particulièrement affectés de 2008 à 2010 pendant la crise financière.

7. Un coup de pouce à l’horeca

Le secteur de la restauration, l’un des secteurs les plus affectés par les mesures de restrictions pour contenir la pandémie, va bénéficier d’une enveloppe de 25 milliards de dollars.

Un échec : le salaire minimum ne sera pas augmenté

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Des habitants de New York viennent chercher de la nourriture gratuite dans un réfrigérateur solidaire placé en rue, le 3 mars 2021. © Michael M. Santiago / Getty Images via AFP

Joe Biden avait promis d’adopter une augmentation du salaire minimum de 7,25 $ actuellement à 15 $. Cette mesure structurelle aurait permis de combattre le phénomène des travailleurs pauvres : la faiblesse des salaires ne leur permet pas de vivre dignement. Cette mesure phare était très attendue par la gauche du parti démocrate.

Pour des raisons tactiques, ce relèvement du salaire minimum a été retiré du plan de relance en dernière minute. La mesure divisait certains démocrates progressistes et modérés, et suscitait une forte opposition chez les républicains. Elle risquait de déboucher sur un bras de fer de procédure et de retarder l’adoption de l’ensemble du plan. Avec sa très mince majorité au Sénat, le parti démocrate avait besoin d’unité pour faire passer ses lois.

Joe Biden s’est dit "déçu par cette décision", en ajoutant qu'"il travaillera avec les dirigeants du Congrès pour déterminer la meilleure voie à suivre car personne dans ce pays ne devrait avoir à travailler à temps plein tout en vivant dans la pauvreté."

L’impact attendu du plan : un retour rapide à la croissance

Si les aides directes sont effectivement rapidement versées, l’effet du plan devrait se faire sentir dans les chiffres dès le mois d’avril. Cela pourrait se traduire par un bond de la consommation, notamment dans les commerces au détail en avril et en mai. En revanche, d’autres aides, comme les crédits d’impôts pour la garde d’enfants, seront versées probablement en fin d’année ou au début de l’année prochaine.

Grâce à cette injection massive de liquidités, les Etats-Unis devraient voir le rythme de croissance du PIB doubler par rapport à ce qui était attendu en décembre, à 6,5%, voire 7%. Les ménages seront les moteurs de cette reprise. La levée des mesures sanitaires doit aussi permettre aux familles à revenu élevé de dépenser une partie de l’épargne accumulée depuis un an. L’économie américaine s’était contractée de 3,5% l’an passé, sa pire année depuis la Seconde Guerre mondiale.

Un effet d’entraînement ailleurs dans le monde

Ce coup de boost apporté à la première économie du monde devrait également tirer vers le haut la croissance mondiale : l’OCDE estime que le plan de relance fera à lui seul gagner 1 point de pourcentage. L’OCDE a fortement revu à la hausse, à 5,6%, sa prévision de croissance mondiale en 2021, tablant sur les effets conjugués du méga plan de relance américain et de la vaccination.

"Notre principal message est d’accélérer le rythme de la vaccination pour rouvrir l’économie et permettre aux gens de reprendre leur activité normale, c’est-à-dire de travailler, de consommer, de dépenser", a appelé Laurence Boone, l’économiste en chef de cette organisation qui réunit 37 pays développés.

Etats-Unis: adoption du plan de relance (JT 11/03/2021)

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