Commande avortée de 5 millions de masques: que s'est-il réellement passé ?

Coronavirus : Une commande de millions de masques FFP2 annulée
Coronavirus : Une commande de millions de masques FFP2 annulée - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

C'est un communiqué commun de la ministre de la Santé publique, Maggie De Block, et du ministre Philippe De Backer, président de la Taskforce Shortages qui ne souffre aucune question complémentaire. Et pourtant, il y en a… Mais il se termine par cette phrase : "Ceci est une déclaration unique. Nous ne ferons pas d’autres commentaires et ne répondrons à aucune question supplémentaire."

Fournisseur "malhonnête"

Les ministres déclarent qu’un fournisseur malhonnête a provoqué une rupture de contrat, pour la commande de millions de masques FFP2 (à haute protection) : "Un fournisseur affirme dans la presse que le cabinet de la ministre de la Santé publique, Maggie De Block, a annulé une commande pour notre pays de millions de masques FFP2. Il ne mentionne pas qu’il a lui-même violé les accords avec l’intention de tirer profit de la crise sanitaire mondiale. Nous souhaitons apporter des éclaircissements. La non-livraison des masques FFP2 est d’abord et avant tout une chose regrettable. Avec ce stock, nous aurions pu équiper nos prestataires de soins plus rapidement de l’équipement de protection nécessaire. Mais nous ne pouvons pas permettre à des fournisseurs malhonnêtes d’abuser de la crise actuelle pour escroquer la population belge."

Ce fournisseur, c'était Pharmasimple, une société basée à La Louvière. Selon Paris Match Pharmasimple avait réussi vendredi dernier à mettre la main sur un stock de masques, dont les très recherchés FFP2, disponibles auprès d’un fournisseur en Turquie. L’entreprise se voyait proposer la mise à disposition non pas de trois millions de masques FFP2, mais de cinq millions par le partenaire turc. Toutefois, ce dernier souhaitait préalablement encaisser un acompte de 50 % afin de garantir la totalité de la commande dans un contexte tendu d’hyperconcurrence internationale. Puis vendredi en soirée, le cabinet s’est ravisé.

Des documents démentent la ministre

Les ministres poursuivent : "Certes, le fournisseur a raison lorsqu’il affirme qu’il y a rupture de contrat. Mais il en est lui-même responsable : il a changé les modalités du bon de commande après que la commande ait été placée. En outre, il a soudainement exigé un acompte alors qu’il avait été convenu que le paiement serait effectué après que les masques auraient été livrés, donc au moment où la commande était sûre. Le cabinet de la ministre De Block a ensuite décidé de mettre fin aux discussions."

Le patron de l'entreprise, Michaël Willems, a confié sa colère à Paris-Match. La magazine publie les bons de commandes et quelques extraits de courriels qui n'accréditent pas la thèse du gouvernement. Selon les propos du CEO, le cabinet De Block avait accepté l'idée d'une augmentation du nombre de masques commandés tout comme l'accompte. De plus, l'annonce de l'arrêt de la collaboration est faite de façon courtoise et l'entreprise louvièroise est invitée à prendre contact avec la région wallonne. "Les dernières heures, il y a eu de nouvelles évolutions. Un de mes collègues a trouvé une source de masques fiable et stable. Alors, après consultations ce soir, on a décidé de ne pas retenir votre offre. Nous nous excusons pour l’inconvénient" écrit ainsi un conseiller de la ministre de la Santé. On notera que cette source "fiable et stable" n'a pas livré de masques.

Rappelons que l'entreprise Pharmasimple avait été recommandée au gouvernement par le ministre fédéral des Indépendants, le MR Denis Ducarme qui s'était d'ailleurs exprimé à ce propos sur nos antennes. La ministre De Block refuse de répondre aux questions concernant ce dossier. Il est pourtant fort à parier qu'elle y sera contrainte, le jour où cette affaire sera abordée lors de l'inévitable commission d'enquête qui devra revenir sur les ratages de la lutte belge contre le coronarivus.

 

Journal télévisé du 22/03/2020