Christine Mahy : "Le gouvernement fédéral devrait octroyer une allocation Covid" pour soutenir les plus précarisés

Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, plaide pour une "allocation Covid" afin de soutenir le pouvoir d’achat des personnes les plus précarisées. Elle estime que ce mécanisme de soutien aux ménages les plus pauvres soutiendrait également l’économie. Interrogée par Thomas Gadisseux ce vendredi matin, elle a abordé plus largement les enjeux sociaux et sociétaux de cette crise du coronavirus et du déconfinement.

Les arrêts maladie, le chômage partiel ou l’augmentation des produits de première nécessité plongent les budgets des ménages les plus modestes. Avant la crise 1,8 million de personnes se trouvaient déjà sous le seuil de pauvreté en Belgique, soit environ 16% de la population. Pour la secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, la réponse des autorités pour accompagner ceux dont les revenus sont les plus faibles et qui sont touchés de plein fouet par la crise économique et sociale est variable.


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"En tout cas dans les entités fédérées il y a une prise de conscience qui a été mise sur la table et donc dans le gouvernement wallon et en fédération Wallonie-Bruxelles, en Flandre il y a des choses qui sont faites", mais "il a fallu l’imposer" ajoute-t-elle. "Le premier réflexe c’est de s’intéresser à l’économie, aux investissements, aux entreprises, etc. mais enfin c’est sur la table et ils font ce qu’ils peuvent".

La déception de Christine Mahy vient par contre du gouvernement fédéral et du fait "de ne jamais entendre parler de ces populations". Elle estime que l’information est donnée pour la classe moyenne, en général, "mais pas avec une attention particulière pour ceux-là, donc oui il y a un manque d’attention".

Le mot "social" est "pollué"

Par ailleurs, la secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté estime que le mot "social" est "pollué" dans la communication du gouvernement car "il est systématiquement associé au chômage temporaire et donc aux travailleurs". Si le réseau wallon défend la faculté de recourir au chômage temporaire, il estime que le mot "social" ne doit pas s’arrêter là mais doit "tenir compte de l’ensemble de la palette des habitants qui composent une société", donc ceux qui ne travaillent pas également comme les pensionnés, ceux qui sont en maladie invalidité ou qui bénéficient d’allocations sociales, par exemple.

Christine Mahy estime qu’il y a "une urgence impérative à s’intéresser à eux dans la cadre du déconfinement parce que la crise sanitaire, elle se superpose déjà à la crise. Une crise sociale que certains vivent depuis longtemps". Elle juge également que le déconfinement devrait davantage prendre en compte ce public précarisé en tenant compte de tout un tas d’éléments comme l’accès à l’alimentation mais aussi présence des acteurs de terrain pour les accompagner et qui travaillent dans le relationnel. "Quand on est dans un milieu mal logé, dans un quartier en surpopulation, dans un environnement où il n’y a pas d’espace vert, on a beaucoup plus besoin de ces acteurs".

Une allocation mensuelle pour soutenir les plus pauvres

Afin de soutenir les personnes qui ont le plus de difficultés financières, le réseau wallon de lutte contre la pauvreté demande des mesures pour soutenir leur pouvoir d’achat. "Pour nous c’est très clair, le gouvernement fédéral devrait prendre la mesure d’une allocation mensuelle Covid. Un complément exceptionnel mensuel tant que la crise dure pour soutenir le pouvoir d’achat de ces ménages".

Cette allocation exceptionnelle destinée aux ménages les plus en difficulté leur permettrait de payer leurs factures, moins s’endetter, mais aussi qu’ils puissent investir dans la consommation directe. "Affaiblir le pouvoir d’achat des ménages, c’est toucher à l’économie", ajoute Christine Mahy qui estime que cette aide mensuelle permettrait également de soutenir l’économie en générant de la consommation et en évitant d’engorger les services d’aides comme les CPAS. "Donnons du pouvoir économique aux ménages et laissons les CPAS travailler le mieux possible avec la population qu’ils avaient déjà avant et qui est encore plus fragilisée".

Mais qui bénéficierait de cette allocation ? N’y a-t-il pas des risques d’abus ? Pour Christine Mahy, cette allocation devrait être accordée en priorité à "tous les ménages qui fleurent avec le seuil de pauvreté ou qui sont en dessous", tous "les allocataires sociaux quelles que soient les allocations sociales qu’ils touchent", et à certaines personnes qui sont dans le chômage temporaire et qui ne s’en sortent pas. "Même si le gouvernement en donnait un peu plus qu’il ne faut à un peu plus de ménage, il va le regagner automatiquement dans l’économie par la TVA, etc. c’est un mauvais calcul de freiner là-dessus".

Par ailleurs, les entités fédérées qui gèrent les allocations familiales ont été sollicitées pour booster le budget des ménages.

Mesures de déconfinement pas praticable par tous

Enfin, ce dimanche, les mesures de déconfinement progressif permettront aux familles de voir quatre personnes en plus de leur ménage, notamment dans ce cadre der la fête des mères. Si Christine Mahy se dit favorable à cette mesure qui va permettre davantage de contact social, elle estime néanmoins qu’elle n’est pas praticable par tout le monde. "Recevoir quatre personnes chez soi en tenant une certaine distanciation, il faut aussi avoir le logement qui convient". "Tant mieux pour les familles qui vont pouvoir se voir mais il y a plein de familles qui ne vont pas pouvoir le faire", ajoute-t-elle.

Elle souhaiterait enfin que quand une mesure est prise pour l’économie, une autre mesure soit prise pour les familles et le pouvoir d’achat mais aussi qu’une mesure soit également prise pour le public vulnérable.

 

 

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