Cette ville allemande avait imposé le masque dès le 6 avril : quel bilan face au coronavirus pour Iéna ?

Iéna est la première ville en Europe à avoir contraint ses habitants à porter un masque dans les commerces et les transports. Une décision prise début avril qui, à l’époque, avait fait polémique. La baisse des contaminations qui s’en est suivi a été spectaculaire. Un seul chiffre : presque 9 cas de Covid-19 sur 10 enregistrés dans cette ville de l’Est de l’Allemagne l’ont été avant que les masques soient obligatoires.

Bilan provisoire de l’épidémie de Covid-19 à Iena, une ville de 108.232 habitants : 165 personnes déclarées positives pour 3 décès. Un bilan flatteur pour une cité pionnière dans la lutte contre l’épidémie.

L’obligation du port du masque avait été précédée d’une campagne d’information : "C’est un appel à la population ! Cousez des masques !". Quand il intervient à la télévision publique le soir du 30 mars, le maire de Iena, Thomas Nitzsche, passe pour un illuminé. L’Allemagne, l’Europe même, est en pleine pénurie de masques chirurgicaux. Pour passer outre, il lance une grande campagne d’affichage et fait rouvrir les magasins de textile.


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À l’époque, le port du masque est extrêmement contesté, également par les plus hautes autorités scientifiques du pays dont certains responsables parlent du masque comme d’un propagateur du virus. Peu importe : sur la foi d’un article de la revue scientifique "Nature" qui met en exergue le rôle des aérosols dans la contamination, la municipalité décrète le 6 avril l’obligation du port d’une protection sur le nez et la bouche dans les transports publics, dans les lieux publics clos ainsi qu’à l’air libre quand la distance d’1,50 m ne peut pas être respectée.

Un recul de 13% des cas en 10 jours

D’autres mesures préventives et précoces avaient été prises comme l’interdiction des rassemblements, la classification en zones à risques de régions (Italie, Autriche…) sans attendre l’évaluation de l’Institut Robert Koch. Ou encore le placement préventif en quarantaine de vacanciers de retour du ski : 13 sur 80 qui ne présentaient pas de symptômes avaient été testés positifs. "Nous avons eu de la chance que le virus n’atteigne pas nos maisons de retraite", avance modestement le Dr Enikö Ban, directrice des services de santé et instigatrice de ces mesures efficaces.

Le statisticien Rheinhold Kosfeld, avec trois chercheurs associés, a analysé la situation jour après jour pour la mairie : "L’effet masque a été particulièrement fort. En 10jours, on avait enregistré un recul de 13% des cas. Par rapport à notre groupe témoin, d’autres villes comparables mais qui ont imposé le masque plus tard, l’écart est encore plus spectaculaire : -60% au bout d’un mois."

Un autre chiffre confirme ce bilan positif : 88% des cas de Covid-19 enregistrés l’ont été avant que les masques soient obligatoires dans les lieux publics fermés.

Adhésion difficile des habitants

Malgré les bons résultats obtenus, l’adhésion de la population ne va pas de soi. Les habitants se sont parfois rebellés contre des mesures jugées trop strictes. Les parents d’élèves ont par exemple obtenu le retrait du port du masque dans les écoles, mesure préconisée par la région de Thuringe.

"Nous avons constaté que les gens, encore aujourd’hui, acceptent très largement le port du masque, mais que cela dépend de la durée", évalue Thomas Nitzsche. "S’il faut le garder toute la journée au travail ou à l’école, alors là, c’est plus compliqué de le faire accepter."

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