Lembrouille, Trottinetta et les chercheurs du BITE à Couillet ou le canular qui secoue les revues scientifiques prédatrices

Canular : un chercheur suisse publie une fausse étude sur l'efficacité de l'hydroxychloroquine dans les accidents de trottinette
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Canular : un chercheur suisse publie une fausse étude sur l'efficacité de l'hydroxychloroquine dans les accidents de trottinette - © Westend61 - Getty Images/Westend61

C’est une magnifique démonstration de l’absence de sérieux des revues prédatrices : pour en démontrer l’ineptie, un chercheur suisse a publié une fausse étude montrant que l’hydroxychloroquine peut éviter les accidents de trottinette, mais seulement à Marseille. La fin de cette phrase est aussi un pied de nez au célèbre professeur Didier Raoult, chantre de cette molécule, et critiqué pour la méthodologie douteuse de ses études. La publication canular a rapidement fait l’objet d’une rétractation. En attendant, elle a fait son petit effet, mi-sérieux, mi-comique, mais extrêmement probant.

Sérieux ?

La revue concernée, c’est l’Asian Journal of Medecine and Health, une publication qui a l’air à première vue d’un sérieux journal scientifique. Sur sa page d’accueil, elle affiche qu’il "vise à publier des articles de haute qualité dans les domaines de la médecine et des sciences de la santé. La revue encourage également la soumission de rapports utiles de résultats négatifs. Il s’agit d’une revue internationale à accès ouvert, contrôlée par des pairs et de qualité contrôlée."

Cependant, la revue AJMAH est accusé d’être une revue "prédatrice", plus soucieuse de faire payer les chercheurs pour publier à tout prix, et de les attirer ainsi pour qu’ils se fassent une réputation, que de publier de la science de qualité, soumise à révision par les pairs. Dans le cas de la revue AJMAH, il n’y a aucune "peer review", c’est-à-dire qu’aucun expert ne relit, critique, et revoit la publication envoyée par un chercheur. Selon le blog Science Integrity Digest, la revue AJMAH demande 500 dollars par publication, ce qui est modeste, et propose même des réductions de 89% !

Hilarant

La preuve que cette revue publie n’importe quoi a donc été faite par Mathieu Rebeaud, un doctorant suisse en biochimie des protéines, chasseur de fake science. Son article canular était intitulé : "Contrairement aux attentes, le SARS-Cov-2 est plus létal que les trottinettes : l’hydroxychloroquine pourrait-elle être la seule solution ?". Les auteurs bidons sont déjà tout un poème : le chercheur a utilisé le pseudo de Willard Oodendijk, Willard faisant référence au nom d’un chat siamois utilisé comme nom d’auteur ou coauteur de plusieurs articles dans des revues scientifiques internationales, principalement sur la physique des basses températures. Outre Didier Lembrouille, qui aurait dû mettre la puce à l’oreille, Sylvano Trottinetta portait bien son nom, et le Belgian Institute of Technology and Education (BITE), situé à Couillet, en Belgique, aurait dû déclencher un grand éclat de rire, pour autant qu’un lecteur ait lu le papier avant publication.

Ce ne sont que quelques exemples… Quant à l’objectif de l’étude : évaluer "le potentiel d’une combinaison d’hydroxychloroquine et d’azithromycine pour la prévention des accidents de trottinettes". Le résumé est un gag en soi : "Les études 1 et 2 ont été conduites sont la chaise (Ikea) des auteurs en France (multicentrique) le 20 juillet 2020. L’étude 3 a été réalisée dans le parking d’une usine abandonnée (Montcuq (sic), région Occitanie, France)."

L'étude la plus idiote possible

L'auteur voulait également faire une démonstration à Martine Wonner (députée française LERM) et Violaine Guérin (initiatrice du collectif "Laissez les médecins prescrire"), qui avaient publié dans la revue AJMAH un article plaidant pour la liberté de prescrire de l'hydroxychloroquine : elles avaient affirmé qu'elles faisaient autant confiance à cette revue qu'au célèbre et très sérieux Lancet.  Mathieu Rebeaud a voulu leur faire une démonstration : "Nous, on s'est dit, en voyant le site, c'est pas sérieux du tout. Donc, on va faire d'une pierre deux coups, on va publier dans ce journal en essayant de faire l'étude la plus idiote possible, en faisant le plus de blagues possible, pour pouvoir passer un message que si ça peut passer le reviewing, si ça peut être publié, même si après ça sera rétracté très vite, c'est la preuve qu'on peut faire passer n'importe quoi dans ce genre de revue (...). C'est d'ailleurs pour ça qu'on a voulu faire une petite pique, on a un des auteurs qui fait partie du collectif "Laissons les vendeurs de trottinettes prescrire"."

Le canular n'est pas une première dans le monde scientifique. Mais il tombe à point nommé à l'heure des publications trompeuses, bien trop nombreuses, sur le nouveau coronavirus. L'information ne serait pas complète sans les vraies identités des 4 vrais signataires de l'article : outre Mathieu Rebeaud, Michaël Rochoy (Université de Lille), Florian Cova (Université de Genève) et Valentin Ruggeri. 

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