Candidat vaccin d’AstraZeneca : faut-il privilégier des vaccins plus efficaces pour les plus de 65 ans ?

Ce vendredi 29 janvier, le comité des médicaments à usage humain de l’Agence européenne des médicaments doit émettre sa recommandation en vue de l’autorisation de mise sur le marché du candidat vaccin d’AstraZeneca conçu en collaboration avec l’Université d’Oxford. Son petit nom de code : ChAdOx1. Il s’agit d’un vaccin à vecteur viral, développé sur un vecteur d’adénovirus de chimpanzé.

Au début de ce mois, le groupe AstraZeneca a publié les résultats de ses essais cliniques en Grande-Bretagne, au Brésil et en Afrique du Sud. Ces essais ont été principalement effectués sur des participants entre 18 et 55 ans.

Confusion

Il règne une confusion sur les protocoles, car AstraZeneca a testé sur un groupe, l’inoculation d’une dose entière, suivie d’une autre dose entière et sur un autre, à la suite d’une erreur, l’inoculation d’une faible dose suivie d’une dose standard.

L’essai révèle selon la publication une efficacité vaccinale de 62,1% dans le groupe aux doses standards, et de 90% dans le groupe à demi-dose suivie d’une entière. AstraZeneca évoque une efficacité vaccinale sur l’ensemble des groupes de 70,4%.

Peu de plus de 55 ans

Si on observe la part des plus de 55 ans dans les essais cliniques, on voit :

- Qu’ils sont absents de l’essai en demi-dose + dose entière (100% de 18-55 ans) ;

- Que les 56-69 ans représentent 12% de l’essai avec deux doses entières et les personnes de 70 ans, 9% ;

- Que dans la cohorte testée au Brésil, les 56-69 ans sont 10,1% et les personnes de 70 ans et plus, entre 0 et 5%.

Rumeurs, stupeurs, tremblements et démenti

Ce lundi soir, le quotidien allemand économique Handelsblatt a publié, sur la base de "sources off gouvernementales", que Berlin tablait sur une efficacité réduite à 8% pour la classe d’âge des plus de 65 ans. Un autre quotidien, Bild Zeitung, également sur la même base de sources politiques, que la coalition d’Angela Merkel s’attendait à ce que le vaccin AstraZeneca/Oxford ne soit pas homologué par l’Agence européenne des médicaments pour les plus de 65 ans. Ceci aurait un gros impact sur la stratégie vaccinale de nombreux pays, à commencer par la Grande-Bretagne, mais aussi en Belgique.

Le laboratoire pharmaceutique britannique AstraZeneca a réagi dans une déclaration transmise à l’AFP : "Les articles selon lesquels l’efficacité du vaccin AstraZeneca/Oxford ne serait que de 8% chez les adultes de plus de 65 ans sont complètement faux", a indiqué un porte-parole.

Le laboratoire britannique, explique également avoir publié en novembre des données scientifiques, dans la revue The Lancet, "démontrant que les personnes âgées ont montré de fortes réponses immunitaires au vaccin, 100% d’entre elles ayant généré des anticorps spécifiques après la deuxième dose".

Leur publication conclut effectivement que le vaccin "était sûr et bien toléré avec un plus faible réactogénicité (le fait de produire des effets indésirables) chez les adultes plus âgées que chez les plus adultes plus jeunes. L’immunogenicité (capacité à provoquer une réponse immunitaire) était similaire parmi les groupes d’âge après une vaccination renforcée". Parmi les limites à cette étude, AstraZeneca reconnaissait que "la sélection de participants âgés de 70 ans (ndlr : dans cet essai, 240 participants) et plus, avec un âge moyen de 73-74 ans et avec peu de comorbidités, pourrait ne pas être représentative de la population plus âgée en général, y compris celle qui vit dans des maisons de retraite ou au-delà de 80 ans."

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Réponse immunitaire (IgG) au SARS-CoV-2 par groupe d’âge © The Lancet 2020

Finalement, il s’avère que la pourtant sérieuse rédaction du Handelsblatt se serait trompée. Une hypothèse serait qu’elle ait confondu pourcentage d’efficacité et pourcentage de la classe d’âge des plus de 65 ans incorporés dans l’étude. Cependant, nulle part dans l'étude de phase 3 telle que publiée, on ne retrouve ce pourcentage précis de sexagénaires pour le groupe vacciné. Le ministère de la Santé allemand a publié un communiqué indiquant qu’il s’agit d’une erreur d’interprétation des données.

Et finalement, quid pour les plus de 65 ans ?

Toujours est-il que la proportion d’adultes plus âgés inclus dans l’étude clinique de phase 3 pour le candidat vaccin d’AstraZeneca n’est pas large. D’ailleurs, nous explique l’immunologue Michel Goldman (ULB), "a priori, les seniors qui acceptent d’être volontaires pour une étude clinique sont en bonne forme et ne représentent pas la population générale âgée dans la vraie vie", confirmant les limites précisées par le groupe.

Mais alors, que recommandera l’Agence européenne des médicaments (EMA) ? Pour certains observateurs, il serait étonnant qu’elle mette des limitations à l’autorisation de mise sur le marché, en ce qui concerne les plus de 65 ans. Michel Goldman, en tant qu’immunologue, a lui un point de vue plus réservé : "Donnons les vaccins les plus puissants (ndlr : pour l'instant, ceux à ARN messager comme ceux de Pfizer-BioNtech ou Moderna) à ceux dont le système immunitaire affaibli risque de handicaper l’efficacité de leur réponse vaccinale".

En attendant la communication de l’EMA, ce vendredi 29 janvier, on restera avec ces questions éthiques : un vaccin moins performant que ses concurrents basés sur une autre technique peut-il être administré aux plus vulnérables ? Et si oui, selon quel protocole : demi-dose puis dose entière, ou deux fois une dose entière ?

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