Bernard Delvaux: "En cette période de crise, le risque protectionniste est énorme, notamment en Europe"

Bernard Delvaux, le patron de la SONACA, était l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 11 avril sur La Première. Il aborde la sortie progressive du confinement et les impacts socio-économiques du coronavirus.

L’Union des 27 se montre de plus en plus fragile, face à la crise sanitaire mais aussi économique qui chamboule le monde. Des difficultés symptomatiques d’une Europe qui tousse et qui rend tangible un certain repli sur soi inquiétant, souligne Bernard Delvaux. "La tentation protectionniste est énorme et à mon avis elle risque de se traduire en une réalité. On le voit déjà dans le domaine sanitaire où, quand on a des moyens de protection, on les garde dans un pays européen et on ne les met pas à la disposition de l’Europe. Et si les grands pays se replient sur eux-mêmes, ce qui est probablement inévitable, ça sera aux dépens de petits pays qui sont très interconnectés économiquement, comme la Belgique."

 

Déconfinement sous haute surveillance ?

A l’heure où le Covid-19 continue de coûter d’innombrables vies chaque jour, de paralyser l’économie mondiale et d’imposer à des millions de citoyens de rester chez eux, la question du déconfinement est sur toutes les lèvres belges. Bernard Delvaux veut pour sa part éviter les désillusions.

"J’attends un plan global de déconfinement et je ne pense pas qu’il sera disponible lundi. Il va être graduel, c’est assez clair. Il ne va pas démarrer le 19 avril, mais plutôt le 3 mai d’après ce que je comprends. Puisqu’il n’y a pas de traitement parfait contre le virus, qu’il n’y a pas de vaccin, il y a une probabilité non négligeable que l’épidémie se prolonge très longtemps. Ce qui veut dire que toute cette procédure de déconfinement – et au même moment de redémarrage économique – doit être écrite dans tous les détails."

Dans quelle mesure les masques, qui ont encore du mal à être acheminés à bon port, feraient-ils alors partie de ce plan ? Pour Bernard Delvaux, ils sont incontournables. "Selon moi, on va passer incontestablement par des moyens de protection individuelle, dont les masques qu’on va devoir approvisionner en masses. Ça va passer aussi par des dépistages plus généralisés pour suivre les populations qu’on peut remettre au travail et celles qu’on doit confiner, même si je ne pense pas qu’on pourra généraliser totalement ces dépistages. Là aussi on aura des obstacles logistiques."

Des obstacles qui pourraient d’ailleurs mettre à mal la définition qu’on se faisait jusqu’ici de la démocratie. "Je crois beaucoup dans le traçage électronique. Je sais que c’est un sujet éthiquement sensible, mais je pense que nous allons devoir faire en sorte de suivre précisément ce qu’il se passe, et de réagir très rapidement et très localement sur des populations qui sont menacées. On va mettre, effectivement, un certain nombre de libertés individuelles entre parenthèses. Il ne faudra pas oublier de lever ces parenthèses à un moment donné pour revenir à une vie normale en termes d’éthique. Mais tout ce plan qui va devoir être mis en place au niveau sanitaire d’abord, et au niveau économique ensuite, est un gigantesque projet qui doit être détaillé, qui doit être très précis, qui doit être synchronisé."

Les rêves communs de la Belgique

Bernard Delvaux le dit et le répète : la Belgique gère bien la crise du coronavirus. "D’un point de vue gestion de projet, c’est un exemple", souligne-t-il même. Pourtant, le pays était plus divisé que jamais il y a encore quelques semaines.

Des impasses politiques que le patron de la SONACA n’impute pas aux citoyens, ni à une éventuelle fracture culturelle entre les Belges du nord et du sud, mais à des faiblesses institutionnelles. "La Belgique a du mal à se projeter dans le futur. On a d’ailleurs une perte de confiance dans les partis politiques traditionnels parce que les résultats ne sont pas là, parce que la population le voit, et avec une énorme tentation de se tourner vers les extrêmes. La première chose à faire, c’est d’essayer de partager une vision, une ambition, essayer de partager un rêve commun. Ensuite, il faudra tenter de traduire cela en projets et de faire travailler les gens ensemble autour de ces objectifs.

Aujourd’hui, on arrive à des situations où les institutions sont tellement compliquées, les partis sont tellement morcelés, que chacun peut bloquer n’importe quelle réforme, mais personne n’a la possibilité d’imposer une transformation. C’est ça qui fait que, à un moment donné, on est dans l’immobilisme."


Suivez toute l'actualité européenne avec Euranet Plus, le premier réseau d'information européenne.