Baromètre de motivation vaccinale : ni la carotte ni le bâton ne fonctionnent pour les hésitants

Comment s’adresser aux hésitants vaccinaux ? Telle est la question principale à laquelle répond le nouveau rapport de l’équipe universitaire (ULB, UCLouvain, UGand, KULeuven) à l’initiative du baromètre de motivation des Belges, en association avec les lecteurs des journaux Le Soir et Sudpresse.

La pression est évaluée de manière négative. Les chercheurs ont comparé deux styles de communication de professionnels de la santé, sous forme de vignette. L’une favorisait l’autonomie et l’autre, le style coercitif. L’étude révèle que les hésitants vaccinaux perçoivent le style de communication autonome comme plus efficace. Il s’agit d’une communication empathique par rapport au doute ou au refus de la vaccination, qui fournit des explications pertinentes et offre un véritable choix de se faire vacciner ou non. Ce style entraîne une plus grande adhésion à la vaccination, ainsi qu’une plus grande autonomie de décision et une réflexion plus poussée. Au contraire, un style "contrôlant" chez les professionnels de santé qui feraient pression sur les hésitants ou les réfractaires en jouant sur le sentiment de culpabilité ou sur le devoir de solidarité, ou encore minimiseraient leurs inquiétudes, est très mal vécu.

Ni le bâton, ni la carotte

De même, l’utilisation de récompenses (comme, fictivement, un bon de 50 euros) pour stimuler la vaccination, par les professionnels de santé est perçue de façon négative, comme une pression. L’effet en est faible et même contre-productif : cela influence négativement la réflexion sur la vaccination et l’adhésion. Par exemple, accorder aux vaccinés des privilèges spécifiques, comme se rendre au restaurant, n’apparaît pas comme une stratégie appropriée : 44% des personnes convaincues par la vaccination trouvent que ce serait une solution, et 80% des hésitants et des réfractaires trouvent que non.

Les récompenses sont vécues comme un appât ou une contrainte, nuisant à la réflexion autonome. Par "récompense", il ne faut pas entendre le précieux "certificat covid", car cet effet négatif n’apparaît pas lorsque les professionnels de santé s’y réfèrent, étant donné qu’un test PCR négatif est présenté comme une alternative valable équivalente au vaccin.

En somme, ni le bâton, ni la carotte ne fonctionnent, pour les hésitants. Pour Vincent Yzerbyyt, coauteur du rapport et professeur de psychologie sociale à l’UCLouvain, "cela souligne quelque chose d’important, c’est que lorsqu’on est vacciné, on ne peut pas nécessairement toujours bien comprendre ce que sont les motivations aujourd’hui des gens qui hésitent encore. Et la leçon de cette étude, c’est qu’il faut donner du temps au temps, répondre aux informations qui sont sollicitées de la part des personnes hésitantes et essayer de leur laisser faire le travail".

L’adhésion augmente

Dans cette vague d’enquête de juin, la motivation volontaire, la conviction de la valeur ajoutée de la vaccination, augmente. De même, la motivation "obligatoire" qui indique dans quelle mesure on se sent obligé de se faire vacciner, augmente. La proportion de personnes de moins de 35 ans qui accepteraient sans hésitation un vaccin monte de 65% en mars à 73% ce mois-ci. Si l’on tient compte du nombre croissant de personnes vaccinées, on voit que 92% des participants se sont déjà fait vacciner ou prévoient sans aucun doute de le faire. Il peut cependant s’agir d’une surestimation, car il y a en proportion plus de personnes vaccinées dans le panel que dans la population générale.

Les hésitants changent

Avec le temps, les personnes qui hésitent à se faire vacciner semblent devenir plus favorables : parmi les adultes qui hésitaient dans la vague d’avril, 79% avaient finalement déjà été vaccinés en juin. Seule une petite minorité (entre un cinquième et un quart) des personnes "probablement réfractaires" a maintenant son attitude négative et plus de 6 personnes sur 10 sont passées du refus au doute ou même à une volonté de se faire vacciner.
Cette étude longitudinale a démarré en décembre 2020, et accumule 16 vagues de données. La vague la plus récente, dont il est question ici, a pris le pouls de 4338 Belges.

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