Aurora, le "GPS du cancer du sein" : quelles routes pour les métastases, comment les stopper ou les empêcher ?

Aurora : un nom de programme de recherche international, qui résonne comme l’aube d’un espoir. Onze pays européens y participent. Ce programme implique une soixantaine d’hôpitaux et centres de recherche. On l’appelle aussi "le GPS du cancer métastatique". C’est un réseau de groupes académiques qui le pilote, le BIG, pour "Breast International Group".

Démarré en 2014, sous la présidence de la Docteure belge Martine Piccard, Aurora va accumuler et suivre 30.000 échantillons de sang et de tumeurs durant 10 ans. Cette énorme banque biologique va produire des milliers de données cliniques et génétiques. Un millier de femmes (et d’hommes, car ils sont aussi parfois atteints) avec un cancer du sein avancé, qui a produit des métastases, ont été enrôlées pour mener cette étude.

Du point de départ à l’arrivée

L’originalité du programme, c’est de récupérer les biopsies réalisées sur la tumeur de départ, qu’on appelle la tumeur mère, et d’en réaliser de nouvelles, pour s’assurer qu’il s’agit du même cancer initial, mais surtout, de les comparer à celles des métastases, et aux biopsies dites "liquides" réalisées avec des échantillons sanguins. On obtient ainsi un nombre considérable de "paires", qui permet, par des technologies de séquençage, d’identifier les gènes responsables du cancer métastatique. Attention, quand on parle de "gènes" ici, il ne s’agit pas des gènes héréditaires, qui provoquent certains cancers, mais des anomalies génétiques spécifiques aux cellules cancéreuses.

Le Docteur Philippe Aftimos, oncologue et responsable de l’unité de recherche clinique à l’Institut Jules Bordet, est l’un des deux co-investigateurs principaux du programme Aurora : "Notre but, explique-t-il, c’est d’essayer de comprendre pourquoi certains cancers vont guérir et d’autres se généraliser et mener au décès des patients. Comment ? En comparant la tumeur du sein à un échantillon pris d’un autre organe où il y a eu une généralisation. En étudiant au niveau moléculaire les deux échantillons on espère comprendre les changements qui ont eu lieu afin de développer de nouveaux traitements qui pourraient nous aide à guérir plus de patientes."

Aurora agit donc comme un GPS : le programme trace et cartographie le parcours des cellules cancéreuses, analyse leurs anomalies dans une très grande série de gènes, à différentes étapes de la maladie. En comprenant le parcours emprunté, il sera peut-être possible de bloquer le processus avec des médicaments ciblés et stopper processus.

Un cancer du sein sur trois se métastase

La plupart des cancers du sein ne produisent pas de métastases. On considère que 30% des cancers du sein évoluent vers un stade avancé et deviennent métastatiques. Mais lorsqu’une forme avancée survient, elle est responsable de 90% des décès dus au cancer du sein.

Le Docteur Philippe Aftimos, co-investigateur principal du programme, explique que "généralement, le cancer du sein qui généralise n’est plus curable. Le but des traitements, maintenant, c’est de prolonger la survie, d’améliorer la qualité de vie mais effectivement, si ça survient chez une patiente jeune, et on sait qu’elle ne va pas guérir, c’est certainement le cancer du sein qui va être responsable de son décès. La survie augmente avec les nouveaux traitements, mais on ne peut pas encore guérir ; et donc, on espère qu’Aurora nous permettra de développer des stratégies pour guérir le cancer du sein métastatique ou même mieux, de la prévenir. "

Publication et premières découvertes

L’équipe a publié les premiers résultats obtenus sur les 381 premières patientes du programme, dans la revue Cancer Discovery, le journal de l’American Association for Cancer Research. Elle a pu mettre en évidence une série d’anomalies moléculaires présentes en surnombre dans les métastases. Des analyses d’échantillons de sang ont montré des mutations génétiques qui n’avaient pas été observées dans la biopsie de la tumeur.

"On a aussi pu démontrer certaines mutations qui sont plus spécifiques aux métastases, donc au cancer généralisé, qu’au cancer primitif, parce qu’on a pu comparer", explique le Dr Atfimos.

"On a pu aussi démontrer qu’au niveau moléculaire, certains cancers vont changer de visage. Et ça pourrait avoir une influence importante sur la suite du traitement, alors que si on fait les analyses habituelles en laboratoire, on n’aurait pas pu détecter ce changement. Si je veux parler en termes scientifiques, c’est le 'sous-type intrinsèque' et on a trouvé qu’il changeait dans un peu plus d’un tiers des cas, donc c’est fréquent. On a aussi, puisqu’on a les données cliniques, pu démontrer des critères de mauvais pronostics, c’est-à-dire des critères cliniques qui font que certaines patientes vont présenter une récidive de leur cancer plus rapidement que d’autres. Un exemple, il y a un biomarqueur qui s’appelle la 'charge mutationnelle' et donc, on a pu démontrer que dans le cancer du sein qui a les capteurs des hormones, une charge mutationnelle élevée prédit une récidive beaucoup plus rapide.

Et enfin, on a trouvé une anomalie génomique qui pourrait bénéficier d’un traitement personnalisé chez 51% des patientes. C’est une information très importante parce que ça peut nous dire que le profilage moléculaire, regarder les mutations du cancer du sein c’est quelque chose d’important dans la prise en charge des patientes puisque dans plus de 50% des cas, on peut agir avec un traitement."

Actuellement, pour des raisons, entre autres, de remboursement ou disponibilité des médicaments, ces médicaments ciblés n’ont été donnés que dans 7% des cas. Aurora promet d’être une mine d’or pour les recherches futures. Et un grand espoir, dans l’immédiat, pour toutes les patientes atteintes de cancer du sein métastatique.

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