Après deux mois de confinement, New Delhi et ses millions d’habitants respirent enfin

La plupart des Etats indiens entament leur déconfinement ce mardi, parmi lesquels se trouve celui de New Delhi. La capitale a enregistré 10.000 cas de Covid-19, soit 10% de tous ceux déclarés dans le pays, et la contagion demeure active. Mais les autorités ont décidé d’autoriser la réouverture de beaucoup de commerces et, surtout, de la plupart des transports en commun. Autobus et triporteurs sont de retour sur les routes de Delhi, avec certaines restrictions.

C’est un boucan qui nous manquait presque. Ce mardi, après deux mois de silence, les grandes avenues de New Delhi résonnent à nouveau du bruit des klaxons. Les quelque 100.000 "auto-rickshaws" de la ville, ces taxi-triporteurs jaunes et verts typiques des rues indiennes, ont refait leur apparition, tout comme les énormes autobus orange ou verts de la municipalité, aux avertisseurs graves et effrayants.

Avec, parfois, des améliorations : Vineed Kumar a ainsi installé un écran plastique au milieu de l’habitacle de son rickshaw, pour le séparer des passagers assis derrière. "Cela me protège et rassure les clients", explique-t-il fièrement.

Peu de clients

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Vineed Kumar a installé un écran plastique au milieu de l’habitacle de son rickshaw, pour le séparer des passagers. © Sébastien Farcis

Les autorités n’autorisent toutefois ces taxis à trois roues à ne transporter qu’une personne, au lieu de trois habituellement. "C’est un problème, car cela réduit le nombre de clients, réagit ce conducteur. Or nous avons besoin de revenus, après deux mois d’arrêt !"

Les files d’auto-rickshaw s’allongent donc, mais peu de clients à la ronde. Par chance, une famille qui attend depuis longtemps à un arrêt de bus s’impatiente. Et décide de monter, à quatre personnes plus bagages, dans l’un de ces triporteurs. Le conducteur accepte d’enfreindre ainsi la nouvelle loi sans broncher.

Les autobus, transports des classes populaires, ont également repris ce mardi. Mais très peu circulaient en ce premier jour. "Je prends habituellement un bus direct, mais il n’est pas passé ce matin, donc j’ai dû en prendre un autre et changer", explique Bal Mukund, un agent d’assurances qui vient de descendre d’un autobus orange.

Ce mardi matin, il a le sourire en se rendant au travail : c’est la première fois qu’il va à son bureau depuis le début du confinement, le 25 mars. "Cela fait du bien de sortir, après deux mois à la maison !"

"Si ces règles sont suivies, on se débarrassera plus vite du coronavirus"

Les autobus n’ont le droit de faire monter que 20 personnes, au lieu d’une centaine généralement agglutinées dans l’habitacle. Pour l’instant, cette mesure semble respectée, sûrement grâce au fait que les écoles, les édifices religieux et une partie des commerces ne sont pas encore ouverts.

"Il n’y avait pas plus de 20 ou 22 personnes dans mon bus, ce qui correspond à un siège par personne avec une place vide au milieu, confirme Bal Mukund. Si les gens continuent à suivre ces règles, on pourra se débarrasser plus vite du coronavirus."

Presque tous les commerces peuvent rouvrir, mais ceux dans des zones commerciales ne peuvent le faire que de manière alternée, un jour sur deux, afin d’éviter la cohue. Une mesure novatrice mais qui doit encore faire ses preuves.

Le métro de New Delhi, comme ceux de toutes les villes indiennes, n’est pas encore autorisé à circuler par le gouvernement fédéral.

10% des cas de Covid-19 enregistrés en Inde

New Delhi, qui compte environ 12 millions d’habitants intra-muros, est comme toutes les grandes villes indiennes, un épicentre de la contamination : la ville a enregistré environ 10.554 cas, soit 10% de tous ceux détectés en Inde depuis la mi-mars, pour 166 décès – et 3169 décès en Inde. Et le nombre de cas actifs serait en train de se stabiliser dans la capitale.

La situation est bien pire dans la deuxième plus grande ville du pays, Bombay, qui compte la même population mais deux fois plus de cas et 4,5 fois le nombre de décès – 757 morts. Dans la capitale financière de la côte indienne, la densité de population est bien plus élevée et une grande partie de sa population vit encore dans des bidonvilles serrés et insalubres.

A Bombay, la chape de plomb pèse donc encore lourdement sur ses 12 millions d’habitants : la levée du confinement n’est pas prévue avant le 31 mai, au minimum.

Sujet JT réalisé lors du début du confinement en Inde: