A cause du coronavirus, des Belges bloqués dans le monde : "surréaliste", "abandonnés" et "arnaqués"

Le ministre belge des Affaires Etrangères Philippe Goffin a encouragé ce mercredi soir les Belges à l’étranger à prendre leurs dispositions s’ils veulent revenir au pays et à contacter en premier lieu leur tour-opérateur, leur organisme de voyage ou leur compagnie aérienne.

Le ministre des Affaires Etrangères a aussi invité ces personnes à s’inscrire sur le site www.travellersonline.diplomatie.be, afin de permettre aux services consulaires d’être en contact direct avec ces Belges à l’étranger. 27.000 Belges se sont déjà inscrits. Le SPF Affaires Etrangères a également ouvert un centre d’appels : 02/501 4000.

La compagnie aérienne Brussels Airlines, de son côté, va rapatrier 9500 Belges en provenance de 14 pays sur 56 vols, indique-t-elle ce jeudi matin. Cinquante-six vols sont d’ores et déjà prévus notamment depuis la Gambie, le Maroc, l’Espagne et le Portugal. Quels Belges pourront être rapatriés ? Difficile à savoir pour l’instant. Dans le monde entier, ils sont des centaines inquiets et désespérés par la situation.

Aux Philippines : "Les compagnies aériennes se sucrent au passage"

Aux Philippines, le belge Hervé Guerrisi affirme que des centaines de touristes dont des dizaines de Belges sont bloqués à l’aéroport international de Cebu. Lui vient enfin de pouvoir prendre un vol vers l’aéroport de Manille, après de nombreux rebondissements : "On avait acheté 3, 4 voire 5 billets d’avion qui ont été annulés dans l’heure suivante. Le remboursement aura lieu dans 2 ou 3 mois nous a dit la personne au bureau d’Air Philippines. Je viens d’atterrir à l’aéroport de Manille avec un avion plein de personnes qui ont pu acheter un billet international de sortie des Philippines. Mais des centaines d’autres sont restées à Cebu." Ce sont des personnes qui n’avaient plus les moyens d’acheter un billet selon Hervé Guerrisi : "Ils ont acheté beaucoup de billets d’avion et ne peuvent plus se permettre d’en acheter des nouveaux. Les compagnies aériennes se sucrent au passage."

Hervé Guerrisi déplore la désorganisation et le manque d’information au niveau de l’ambassade belge : "Parfois on arrive à avoir une personne au téléphone qui est très embarrassée. Ils nous disent que la Belgique est complètement dépassée. Ils nous disent faire pression sur le gouvernement belge."

Hervé Guerrisi compare sa situation avec celle d’un Allemand, qui était assis à côté de lui dans le vol vers Manilles : "Il m’explique que l’Allemagne a envoyé un avion commercial vers Manille. Le principe a été simple, ils ont dû s’enregistrer par email et ils rentreront en Allemagne. Dans notre cas, ce n’est pas aussi facile."

Aux Philippines, on est considérés comme les responsables qui ont apporté le virus.

Pour la suite, le Belge ne sait pas encore ce qui va se passer, il espère prendre un vol vers Bangkok pour ensuite acheter un vol vers Bruxelles, "en courant le risque à chaque escale d’être mis en quarantaine. Aux Philippines, on est considérés comme les responsables qui ont apporté le virus au pays vu qu’on est des voyageurs, donc ce n’est pas facile en termes de contact social. On demande juste de pouvoir rentrer chez nous. L’Etat les moyens d’organiser cela."

Au Soudan : bloqués sur un bateau

On nous interdit de débarquer sinon nous serons confinés au moins 15 jours

Johan Vervekken est parti au Soudan pour faire de la plongée, il est désormais bloqué en mer sur un bateau face à Port Soudan : "Dans notre bateau il y a 5 Belges, 1 Suisse, 4 Allemands, 5 Portugais et 2 Autrichiens et un guide Français. Nous voyons qu’il y a encore 2 autres bateaux qui sont bloqués à Port Soudan comme nous." 

Le Belge explique que son vol de la compagnie Fly Dubaï vers Dubaï est annulé et le Soudan a fermé ses frontières : "On nous interdit de débarquer sinon nous serons confinés au moins 15 jours. Nous sommes dans l’impasse." 

Avec ses compatriotes, Johan Vervekken constate que Brussels Airlines rapatrie des Belges en Afrique. Il se demande si la compagnie peut aussi les rapatrier. Mais pour l’instant, il n’a aucune nouvelle.

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Photo de la famille faites en début de séjour en Gambie. © Laure Artamonow

En Gambie : "Seule proposition qui nous est parvenue : attendre jusqu’au 20 avril minimum"

Laure Artamonow est belge, elle affirme être bloquée en Gambie : "Aucune solution n’est trouvée pour nous, personne ne peut nous aider : ambassade, état belge, compagnies aériennes. Nous sommes bloqués en Gambie avec notre fils de 4 ans. Plus aucun contact avec Brussels Airlines depuis mardi. Ni mail ni appel de leur part. Leurs bureaux n’ouvrent même plus."

La Belge explique être désespérée : "Nous sommes abandonnés de tous côtés. Seule proposition qui nous est parvenue : attendre jusqu’au 20 avril minimum pour un vol de retour si Brussels Airlines reprend ses activités." Aux dernières nouvelles reçues cet après-midi, leur vol a été annulé. Et ces Belges ne savent pas non plus s’ils feront partie des personnes rapatriées ou pas.

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Devant les bureaux de Brussels Airlines en Gambie. © Laure Artamonow

En Equateur : "Aidés par l’ambassade française"

Vincent Bayi est Belge et sa compagne est originaire d’Equateur. Il raconte que début mars, ils sont partis sur place car la santé de la grand-mère de sa compagne se dégradait fortement. Mais "quelques jours après notre arrivée, le gouvernement équatorien a annoncé la fermeture de ses frontières." 

Leur vol de ce mercredi 18 mars a été annulé. Ils ont tenté de contacter leur compagnie aérienne (Air Europa), sans succès.

Ils ont ensuite tenté d’aller prendre un vol directement à l’aéroport de Quito, mais n’y sont pas parvenus :"Des milliers d’Européens sont dans le même cas, tout le monde tentait de prendre un vol. Nous avons tenté de contacter l’ambassade de Belgique pour l’Equateur, la Bolivie et Le Pérou qui se trouve à Lima. Nous avons reçu en réponse un mail automatique disant que l’ambassade belge était fermée 15 jours à cause des mesures de confinement annoncées."

Nous avons reçu en réponse un mail automatique disant que l’ambassade belge était fermée 15 jours à cause des mesures de confinement annoncées.

Le Belge raconte qu’ils ont pris contact avec l’ambassade française en voyant des Français à l’aéroport recevoir des messages WhatsApp de leur ambassade : "Ils ont été d’une aide remarquable. Nous avons été recontactés afin de nous prévenir que l’ambassade était en contact constant avec Air France et les autorités équatoriennes en vue de rapatrier les gens en Europe. Ils nous ont informés que des vols étaient confirmés par Air France et KLM."

Le couple a pris deux billets pour un vol le 22 mars, mais sans savoir s’ils pourront rentrer ou si le vol sera annulé ou surbooké et donc dans l’impossibilité de les embarquer.

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Nicole Voituron, à droite, avec son amie. Toutes deux sont bloquées à Gran Canaria. © Voituron

En Espagne : "Ma mère de 75 ans risque de se retrouver à la rue"

Kathy Voituron est en Belgique, mais sa mère de 75 ans, Nicole est bloquée avec une amie dans un appart hôtel à Gran Canaria, en Espagne. Nous avions relayé son témoignage ce mardi

Entre-temps, "aucune évolution, le numéro des affaires étrangères ne répond plus, TUI reste injoignable et l’ambassade nous dit que rien n’est prévu pour les Belges pour l’instant. Ma mère et ses amis sont inscrits sur Travel Online mais je ne sais pas si c’est d’une grande utilité."

Sa mère doit prendre des médicaments, mais "l’ambassade nous a dit qu’envoyer des médicaments par la poste ne servirait à rien, et que le colis en provenance du continent ne serait pas livré."

Kathy Voituron est très inquiète, d’autant plus que la société d’appart hôtel risque de fermer ses portes : "Nous sommes dans l’impasse, je ne sais plus à qui m’adresser pour obtenir une réponse."

A Montréal : " Je trouve surréaliste que les citoyens belges soient livrés à eux-mêmes "

Nicolas Laroche est arrivé à Montréal le jeudi 12 mars à Montréal, très vite, il a compris qu’il devait réagir, vu l’ampleur de la crise liée au coronavirus : "J’ai contacté l’ambassade qui n’avait aucune information. Ils m’ont conseillé de repartir le plus vite possible vers la Belgique, mais en me disant de me débrouiller seul. Aucun tour-opérateur n’est joignable (par téléphone, emails, twitter, Facebook…)".

Le Belge affirme être laissé à l’abandon : "Je suis parvenu par ma propre initiative à acheter un billet à un prix exagérément élevé pour ce jeudi 19 mars. Je trouve surréaliste que les citoyens belges soient livrés à eux-mêmes, sans information pratique alors qu’ils sont à 5500 km de chez eux, dans un pays où le virus vient d’entrer et où des mesures gouvernementales vont peut-être engendrer la fermeture des aéroports."

Nicolas Laroche s’inquiète de la suite en matière de soins de santé et du reste : "Quid des frais générés par un séjour prolongé dans des hôtels, des appartements touristiques… Alors que nous sommes en pleine crise mondiale où le bon sens est de mise, alors que nous sommes à l’ère où l’information est omniprésente, je suis véritablement atterré d’être totalement laissé pour compte".

 

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"Ce qui m’a le plus frappé dans ce voyage de retour, c’est l’absence totale de dépistage au départ de Dakar comme a l’arrivée à Bruxelles, ainsi que le non-respect flagrant des conseils de distanciation aux contrôles des douanes." © Delacroix

Au Sénégal : " Absence totale de mesures sanitaires"

Un médecin belge, le Docteur Gerard Delacroix, sa fille Margaux, experte en développement durable, ainsi que plusieurs accompagnants étaient jusqu’à hier soir au Sénégal pour une mission humanitaire pour l’ONG Mediraid : "Le jour de notre départ, nous étions loin de nous imaginer la tournure qu’allaient prendre les événements. Rapidement, la situation s’est dégradée […] Dès le samedi 14 mars, nous avons décidé de changer nos dates de retour des billets d’avion. Mon papa est médecin, il va de soi qu’il se devait de rentrer pour aider son pays."

A première vue selon les Belges, il était possible de changer les billets, puis c’est devenu impossible : "Le dimanche 15 mars, nous avons essayé des dizaines de fois de joindre Brussels Airlines, en vain."

Puis le Sénégal a interdit les vols vers la Belgique à partir de mercredi à minuit. Après contact avec l’ambassade et Brussels Airlines, les Belges ont obtenu les dernières places pour quitter le Sénégal mercredi à 23h30 : "Prix des billets, de l’ordre de 1300€ par personne ! Mais avait-on vraiment le choix ?"

Margaux Delacroix s’étonne en outre de "l’absence totale de dépistage au départ de Dakar et à l’arrivée à Bruxelles, ainsi que l’absence totale de respect des distances d’isolement à l’arrivée aux contrôles des douanes".

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