Questions à la Une - "Recycler les capsules Nespresso, c'est comme essayer de brûler de l'eau"

Plus de 10 milliards de capsules Nespresso sont produites chaque année dans le monde. Seulement 27,7% d’entre elles sont recyclées. Plus de 7 milliards de dosettes Nespresso, sans compter les milliers d’autres marques, valsent donc à la poubelle, sont incinérées ou partent en décharge. En Belgique, 1 capsule sur 4 est valorisée. Mais que redeviennent-elles exactement ? Et à quel prix? 

Ces petites capsules de café ont été créées dans les années 70 par un Suisse, Eric Favre, alors qu’il travaillait pour la société Nestlé. L’aluminium, selon lui, est la meilleure façon de conserver le café et, dès le départ, il pense au recyclage : "J’ai pensé immédiatement à éviter autant que possible le rejet de matériaux qui pourraient nuire à l’environnement. La preuve, j’ai cherché tout d’abord à extraire le mieux possible le café, insiste Eric Favre. Et deuxièmement, j’ai aussi cherché à avoir le minimum d’aluminium. Vous imaginez que pour 1 kg de café, on utilise que 167 gr d’aluminium avec des capsules Nespresso", se réjouit-il. Aucune des autres marques copies de ces capsules en aluminium ou même en plastique ne font de démarche pour recycler leurs capsules.  

100% recyclé ? Pas vraiment 

Il y a 25 ans, nos capsules belges partaient donc en Suisse pour être recyclées. Depuis 2009, le trajet est moins long : c'est la société Remondis qui les valorise à Lichtenvoorde, aux Pays-Bas. Le plastique, l’aluminium et le café sont récupérés et séparés. Stéphane Detaille, directeur marketing Benelux chez Nespresso, nous explique : "Toutes les capsules sont recyclées à 100% et donc toutes celles récoltées en Belgique, vont redevenir capsules. Les résidus du sac plastique sont brûlés et la chaleur est récupérée. Le marc de café séché est utilisé ici en biogaz ou en compost".

Mais la capsule contient aussi un plastique alimentaire, un thermoplastique pour fermer l’opercule, un petit filtre et une laque de couleur extérieur. Tout cela sera brûlé... en Italie. Plus de trajet, pour une valorisation énergétique qui n’est en outre même pas du recyclable. Ensuite, les blocs d’aluminium vont en Allemagne pour redevenir des "feuilles en aluminium", puis la matière va en Suisse pour redevenir capsule de café. 

Selon nos estimations, ce parcours avoisinerait les 3000 kilomètres. Sans compter le trajet effectué par l’aluminium brut lors de son premier cycle de vie. Extrait dans les mines de bauxites en Australie, il transite jusqu’au Québec avant d’arriver en Suisse… Bref, l'empreinte carbone de ces capsules se révèle très importante.  

Dans le sac bleu?  Pas pour demain 

Nespresso rêve que les dosettes puissent être recyclées via le sac bleu, destiné aux PMC. "Mais c’est impossible vu que ces petites capsules contenant du marc de café ne sont pas considérées comme des emballages, souligne Fatima Boudjaoui de chez Fost plus. Elles ne peuvent donc pas aller dans le sac bleu, notamment parce que le marc de café pourrait abîmer nos machines de tri", ajoute-t-elle. En attendant, Nespresso dit mettre tout en place pour éviter que le consommateur belge, champion du recyclage, ne les jette dans la poubelle blanche. Tous les clients reçoivent gratuitement le petit sac vert de recyclage et Nespresso met à leur disposition 1000 points de collecte sur le territoire. Depuis 1 an, les recyparcs du Brabant Wallon récoltent toutes les capsules en aluminium. D'autres recyparcs de Wallonie se disent intéressés mais Nespresso ne les a pas encore contactés. 

Du greenwashing?  

Malgré les bonnes intentions, les capsules de café en aluminium demandent beaucoup "d’attention" afin d’être recyclées. Pour Delphine Lévi Alvarès, Coordinatrice du mouvement "Break Free From Plastic" au sein de Zero Waste Europe : "Le recyclage a des limites techniques, physiques et énergétiques. En termes  d’efficacité ressource, recycler ces capsules, c’est comme essayer de brûler de l’eau. La responsabilité du producteur est immense car ils ont créé un besoin qui n’existait pas." Pour Jeroen Verhoeven, spécialiste du recyclage chez Greenpeace, "Nespresso vend plus l’emballage que le café". Selon lui, ce recyclage s'apparente à du greenwashing : "C’est plus du marketing qu’autre chose vu qu’ils n’arrivent pas à les récolter vraiment à 100 %, accuse Jeroen Verhoeven. Il faut vraiment que les entreprises comme Nespresso abandonnent ce modèle qui est de mettre sur le marché des emballages à usage unique et qu’ils adoptent la durabilité au cœur même de leur business model, au lieu de créer des déchets".

Pour Cédric Slegers, de Go4Circle, le challenge dans les années à venir est de penser à l’écodesign : "Dorénavant, il serait bon, lorsque l’on crée un produit, d’imaginer déjà sa fin de vie. Cela facilitera son recyclage et développer l’économie circulaire". Au 3 R existants, on peut donc en ajouter un quatrième: Réduire, Réutiliser, Recycler et Repenser ! 

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