Déchets wallons: votre santé en danger?

En février dernier, l’Office wallon des déchets surgissait dans l’actualité : René Tonneaux, un fonctionnaire, est accusé d’avoir détourné 2 millions d’euros. À la suite de ce scandale, c’est l’avalanche de révélations. Mauvaise gouvernance, proximité entre hauts fonctionnaires et secteur privé, l’administration de l’Environnement est accusée de tous les maux.

Un immense tas de sable sème le trouble

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19.000 tonnes de sable provenant d'une Fonderie Liégeoise sont entreposés illégalement à Farciennes © Tous droits réservés

Quelque part entre Sambreville et Farciennes, 19 000 tonnes de sables sont entreposées illégalement depuis presque 10 ans. Cet immense tas de sable provient d’une fonderie liégeoise et attend sagement que l'on décide de son sort. Selon l'entreprise, ces sables seraient ce qu'on appelle "des sables à vert", non toxiques et réutilisables sous nos autoroutes par exemple. Pourtant, des experts agréés par la Région wallonne analysent ce sable et y découvrent des traces d'arsenic, de cyanure et surtout de chrome VI considéré comme cancérogène. Un des rapports toxicologiques conclut d'ailleurs que ce dépôt peut être considéré comme un risque pour la santé humaine. De son côté, le parquet de Charleroi ouvre une enquête et le constat est assez clair : "il existe suffisamment d'éléments pour considérer que les sables de fonderie ne sont pas des sables dits à verts mais des sables chimiques pollués détournés sciemment et déposé sur le site SATEA à Farciennes."

L'enquête judiciaire et les rapports toxicologiques contestent donc la version de l'entreprise. Et pourtant, d’après des échanges de mails que nous nous sommes procurés, nous découvrons que de hauts fonctionnaires de l'Office wallon des déchets donnent raison à l'entreprise. Même le ministre wallon de l’Environnement, Carlo Di Antonio, maintient à la tribune du parlement: "Ces sables sont tout à fait utilisables. Il y avait contradiction entre un PV dressé localement par un service et d’autre part, une décision de l’Office autorisant, selon l’arrêté de 2001, à utiliser ce genre de matériau."

Entreprises favorisées, santé publique négligée ?

"Nous ne faisons pas de santé publique. Nous faisons de l’environnemental", cette affirmation est celle du porte-parole du Service Public de Wallonie, Christophe Corouge. Sur la question du dépôt de sables, il précise : "On ne vise pas les mêmes objectifs que les experts toxicologues qui ont été consultés et qui ont peut-être eu une analyse qui est plus de l’ordre de la santé publique."
D’après une dizaine de témoignages de fonctionnaires de l’administration wallonne que nous avons récoltés, il existerait des liens étroits entre certains fonctionnaires et les entreprises qu'ils sont censés contrôler. Certains hauts fonctionnaires wallons prendraient systématiquement la défense d’entreprises pourtant suspectées de pollution. Un agent de terrain affirme : "On a des interventions d’autres services. On a des dossiers qui sont sabotés par des prises de position de certains services normatifs qui vont à l’encontre des constats posés." Beaucoup des agents que nous avons rencontrés se disent aujourd'hui démotivés. Et pour eux, le constat est clair : une partie de l'administration wallonne joue avec la santé de la population.

"Déchets wallons: votre santé en danger?", l'enquête de Laurent Mathieu pour Questions à la Une, est à revoir ci-dessous:

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