Coronavirus et coupes budgétaires: le double combat des hôpitaux belges. L'exemple de Jolimont

La Belgique a-t-elle subi l'austérité en matière de soins de santé ?
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La Belgique a-t-elle subi l'austérité en matière de soins de santé ? - © DIRK WAEM - BELGA

La Belgique consacre un peu plus de 10% de son PIB (produit intérieur brut) aux dépenses de soins de santé. Notre pays se classe d’ailleurs dans le top européen, juste derrière la France, l’Allemagne, la Suède et l’Autriche.

Mais les chiffres ne reflètent pas toujours la réalité. Dans les équipes de soins intensifs, les soignants se sentent à bout aujourd'hui et le Covid-19 n’a fait qu’empirer une situation déjà critique auparavant.

Exemple à l'hôpital de Jolimont, à la Louvière. 

Une charge mentale accrue

Le jour de notre reportage, les couloirs des soins intensifs de l'hôpital grouillaient de monde.

Les équipes de soignants déplaçaient les patients atteints par le virus dans une aile de l’unité afin de pouvoir récupérer des espaces pour les autres patients. Mais ces déplacements ne sont pas simples car, depuis que le Covid-19 est arrivé dans l’hôpital, les habitudes ont changé. Des bâches ont été installées à l’entrée du service et devant chaque chambre.

"On doit constamment réfléchir à ce qu’on fait, comment on s’habille, comment on déshabille, ne pas toucher ce qui est propre si on est sale. On évite de propager le virus", nous explique Justine Pourbaix.


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Pour les équipes de soignants, c’est cette charge mentale et psychologique qui pèse aujourd’hui. "On n’a aucun contact avec le patient. On endort les patients, on intube sans jamais savoir s’ils vont se réveiller, poursuit l’infirmière. Ce côté-là est très difficile, parce qu’on voudrait avoir un échange."

L’avant Covid-19 était déjà éreintant

Cette situation pèse sur des équipes déjà très fatiguées en temps "normal". Car en dehors de la pandémie, les équipes sont sur le qui-vive. Principalement les infirmiers. "On est en flux tendu, observe Justine Pourbaix. On est parfois 9 infirmiers le matin pour 22 patients. Si on a de la chance, on peut être 11, mais si on est 9, c’est le minimum et on espère qu’il n’y a pas de certificats médicaux dans le tas." Depuis son arrivée aux soins intensifs il y a dix ans, environ dix équivalents temps plein ont disparu.


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"Nous avons affronté cette crise avec des équipes qui sont, déjà depuis des années, en sous-effectif", confirme le docteur Pierre Henin, responsable des soins intensifs de l’hôpital de Jolimont.

Pierre Henin fait les comptes: il y a 10 ans, son service accueillait un peu plus de 1000 patients par an. Aujourd’hui, les activités ont augmenté de 50%, soit 1600 admissions chaque année. "Mais dans le même temps, l’équipe a fondu de 20% en termes d’équivalent temps plein", ponctue le Dr Henin.


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Des financements rabotés

L’hôpital n’a pas eu d’autres choix que de diminuer les effectifs. Il colle désormais aux normes fédérales, c’est-à-dire le nombre minimum de soignants par patient. Dans l’unité de soins intensifs de cet hôpital, ce sont deux infirmiers par lit. La cause de ces diminutions serait liée aux restrictions budgétaires.

"Ces cinq dernières années, pour le Groupe Jolimont, les financements ont diminué de 10 millions d’euros", explique Stephan Mercier, administrateur délégué du groupe Jolimont. En 2019, le financement a été raboté de 4 millions d’euros.

Alors, avec ces diminutions, l’hôpital doit faire des choix. "C’est en permanence des arbitrages sur les priorités", rapporte le directeur. Notamment sur le matériel : "A quelle vitesse on remplace des vieux respirateurs, des centrales de monitoring, un ancien scanner".

Les budgets des soins de santé en augmentation

Pourtant, depuis quelques années déjà, on observe que les dépenses publiques en matière de soins de santé ont augmenté de plus de cinq milliards en sept ans. Alors quel est le problème ?

"Chaque année, il y a de plus en plus de personnes qui sont susceptibles de tomber malades, simplement parce qu’on est plus nombreux, décrypte Philippe Defeyt, économiste. Et d’autre part, le vieillissement de la population. Tout le monde sait que les dépenses de santé augmentent en fonction de l’âge.Les budgets n’ont donc pas augmenté autant que les besoins des Belges.

Augmenter les budgets, oui, mais surtout faire d’autres choix

Les budgets en matière de soins de santé sont importants chez nous. On l’a dit, ils représentent 10% du PIB. Alors certains nuancent. A l’intérieur de ce budget, on doit faire d’autres choix. "Par rapport à un virus, il faudrait plus investir en amont, suggère Jean Hermesse, vice-président des Mutualités Chrétiennes. Il faut éviter que trop de personnes ne soient contaminées." Le responsable plaide pour un dépistage massif : "Ça aurait pu nous protéger contre une contamination importante", conclut-il.

Après cette crise, les budgets des soins de santé seront certainement au centre des débats politiques. Refinancement, réorganisation, notre système de santé est performant, mais à quel prix ? Ce sera l’un des grands chantiers du prochain gouvernement.

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