Vu d'Anvers: retour sur une campagne électorale à couteaux tirés

Quel est le point commun entre un coca zéro, un dragon à quatre têtes et un boomerang ?
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Quel est le point commun entre un coca zéro, un dragon à quatre têtes et un boomerang ? - © Tous droits réservés

Quel est le point commun entre un coca zéro, un dragon à quatre têtes et un boomerang ? La campagne pour les communales à Anvers ! Vous n’avez pas suivi cette saga aux multiples rebondissements ? Pas de souci, on fait le point…

Alors que les élections communales ont lieu dans quatre semaines, la campagne pour ravir l’écharpe maïorale de Bart De Wever a commencé depuis bien plus longtemps. Remontons dans le temps.

17 novembre 2016. À la demande de son parti le CD&V, le vice-premier ministre Kris Peeters accepte de devenir tête de liste à Anvers. En janvier 2017, il déménage dans la métropole flamande. Il loue un appartement avec sa femme dans le sud d’Anvers, mais conserve sa maison à Puurs, à une vingtaine de kilomètres de là.

C’est un défi audacieux : un vice-premier ministre qui déménage pour défier le bourgmestre alors qu’ils sont ensemble en coalition. Bart De Wever le prend comme un affront. "Locataire", "passant", "transmigrant"… il ne manque pas de mots doux à l’égard de Kris Peeters.

Il ne cesse de souligner que son adversaire connaît mal la ville. Quand Kris Peeters visite des poissonneries dans le district de Borgerhout, Bart De Wever commente : "Il est entré dans le magasin de quelqu’un qui a été condamné pour trafic d’armes, d’êtres humains et de drogues."

Le coca zéro de 't Fornuis

Le 13 octobre 2017, Groen et sp.a s’associent avec des candidats indépendants pour former l’alliance progressive " Ensemble " (Samen). Objectif : offrir aux électeurs une alternative à la N-VA de Bart De Wever. Wouter Van Besien (Groen) mène la liste, Jinnih Beels (indépendante) et Tom Meeuws (sp.a) le suivent. Un nouveau vent souffle sur la politique anversoise.

Le 16 novembre 2017, le site d’information Apache diffuse une vidéo montrant une bonne partie du collège, dont Bart De Wever, arrivant à une fête d'anniversaire privée d'un lobbyiste du promoteur Land Invest Group dans le restaurant de luxe ‘t Fornuis. Le même promoteur qui a remporté de grands projets immobiliers anversois. Les soupçons de conflit d’intérêts planent.

Deux jours après, Bart De Wever minimise l’incident : "Je trouve vraiment grave de mettre mon intégrité en cause parce que je suis allé à une réception où j’ai littéralement bu un coca zéro."

La polémique enfle. Tom Meeuws critique par exemple les liens entre le monde immobilier et l’ex-échevin N-VA à l’Urbanisme, Rob Van Den Velde. Selon le chef du sp.a Anvers, le collège laisserait quartier libre aux promoteurs en échange d’argent.

La réaction de Bart De Wever ne tarde pas. Rarement on l’aura vu aussi ému que le 24 novembre 2017 : "Que l’on traine mon intégrité dans la boue, ça me rend particulièrement triste.

Samen, l’alliance éphémère

Le boomerang lancé par Tom Meeuws lui revient vite à la figure. On apprend que lui aussi avait des contacts personnels avec le lobbyiste Erik Van Der Paal… L’alliance progressiste Samen vacille, mais ne rompt pas.

Le 17 janvier 2018, le quotidien Het Laatste Nieuws jette un nouveau pavé dans la mare. Il révèle que Tom Meeuws, alors directeur de la société de transports de Lijn à Anvers, a effectué des manœuvres comptables pour exposer des dépenses sans devoir passer par son conseil d’administration. Une enquête judiciaire est ouverte.

Wouter Van Besien rencontre Tom Meeuws qui lui dit qu’il va se retirer de la liste Samen. L’écologiste annonce alors le départ du socialiste de l’alliance. Pourtant, quelques heures plus tard, retournement de situation : les socialistes anversois se sont réunis et veulent garder Tom Meeuws. C’est la goutte de trop pour Groen : les verts mettent un terme à Samen, moins de trois mois après sa création. S’ensuit une réorganisation : Wouter Van Besien reste la tête de liste Groen et la candidate indépendante Jinnih Beels mène la liste sp.a.

Le président des socialistes flamands John Crombez déclare que la N-VA est responsable de la fuite dans la presse sur Tom Meeuws. Il insinue que Marc Descheemaecker (N-VA), membre du conseil d’administration de De Lijn en serait à l’origine. Ce dernier réfute.

En mars 2018, l’hebdomadaire Knack vient renforcer cette théorie. Tom Meeuws a entretenu une relation extraconjugale avec Liesbeth Homans, ancienne échevine anversoise et ministre flamande N-VA. Une source anonyme N-VA déclare : "Il faut démolir Tom Meeuws pour ce qu’il a fait à Liesbeth." L’intéressée dément : "C’est une absurdité d’affirmer que toute la N-VA veut le détruire pour me venger, quatre ans après les faits."

Aron Berger, le mauvais choix

Un mois plus tard, Kris Peeters veut placer sur sa liste le juif ultra-orthodoxe Aron Bergen pour attirer les voix de la communauté juive. Seulement, le candidat a annoncé qu’il ne souhaitait pas serrer la main des femmes pour des motifs religieux et a aussi été condamné pour vol. Kris Peeters a finalement annoncé qu’Aron Berger ne se présenterait pas sur la liste CD&V.

Vidéo du JT du 17/04/2018 (avant le retrait d'Aron Berger de la liste) :

Méfiance au sein de la coalition

Pendant l’été, les différents partis fourbissent leurs armes en vue de la bataille finale… Et c’est Philippe De Backer, candidat-bourgmestre Open Vld, qui tire le premier.

Lors d’une interview fin août dans Le Soir, il s’en prend au style de communication du Bart De Wever. Il lui reproche d’être polarisant et "inadapté émotionnellement" pour exercer la fonction de bourgmestre. L’intéressé réplique : "C’est un cri pour attirer l’attention. C’est un coup bas, ce n’est pas beau à entendre."

Le 3 septembre, le quotidien néerlandais Volkskrant publie une interview avec Bart De Wever sur la guerre contre la drogue. Le bourgmestre y suspecte certains responsables politiques anversois d’avoir des liens avec la mafia de la drogue sans citer de nom. Médias et candidats s’enflamment.  

Une semaine plus tard, la presse dévoile que Rediart Canjka, tête de liste CD&V au district anversois d’Ekeren, a été arrêté à la frontière suisse dans un véhicule où se trouvaient trois kilos d’héroïne. Kris Peeters parle de "mots prophétiques" de la part de Bart De Wever, laissant sous-entendre que la police, proche du bourgmestre, ait laissé fuiter l’information.

Sans parler de la visite "par erreur" en pleine nuit de policiers à l’appartement du politique CD&V. Pour Kris Peeters, c’est un acte d’intimidation : "Tous ceux qui pensent que ce type d’attaques sous la ceinture vont m’affaiblir, il se trompent."

Alors que Bart De Wever souhaite reconduire la même majorité pour les six prochaines années, la méfiance entre les partenaires est à son comble. L’homme fort de la N-VA pense que Kris Peeters est venu à Anvers pour le déloger du "Schoon Verdiep" en formant un "dragon à quatre têtes" avec les partis de gauche sp.a, Groen, PTB. De son côté, le ministre CD&V nie en bloc : pas question de s’allier avec le parti communiste.

Scandales, attaques personnelles, révélations sur la vie privée… Tous ces coups bas prennent le pas sur les débats de contenu. Il ne reste plus que quatre semaines avant les élections. Le niveau de la campagne va-t-il s’élever ou va-t-on continuer à assister à une bataille sous la ceinture ?


Les élections communales de 2018 approchent à grands pas. Pour mieux comprendre les enjeux de la campagne électorale à Anvers qui aura un impact certain sur les élections fédérales de 2019, retrouvez chaque vendredi "Vu d’Anvers", une chronique hebdomadaire sur la métropole flamande.

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