Vu d'Anvers: quels défis attendent les partis en lice pour les communales?

Dave Sinardet, professeur de sciences politiques à la VUB, est spécialiste de la politique anversoise.
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Dave Sinardet, professeur de sciences politiques à la VUB, est spécialiste de la politique anversoise. - © Tous droits réservés

Après avoir présenté les différentes têtes de liste pour les élections communales à Anvers, c’est le moment d’analyser les enjeux électoraux de chaque parti à Anvers. Entretien avec Dave Sinardet, professeur de sciences politiques à la VUB et Anversois de souche.

Pour bien comprendre les défis de chaque parti, retour sur les résultats des élections de 2012. Près de 4 Anversois sur 10 ont alors voté pour la N-VA. Le sp.a, associé au CD&V dans la "stadslijst" (liste de la ville), devait se contenter de 28 %. En troisième position arrivait le Vlaams Belang, qui a perdu plus de 20 % en 6 ans. PTB-PVDA et Groen étaient juste en deçà des 8 % et l’Open Vld fermait la marche avec 5 %.

Pour le parti de Bart De Wever, le défi sera de rester près du score de 2012, "ce qui n’est pas nécessairement évident étant donné que c’était un très bon score", estime Dave Sinardet.

Pour lui, ce n’est pas sûr que le collège en place (N-VA, CD&V, Open Vld) obtienne de nouveau une majorité : "Si ce n’est pas le cas, ça pourrait créer des problèmes. La N-VA devrait peut-être s’associer avec des partis de gauche, ce qui n’est pas le but."

Selon le professeur à la VUB, le parti nationaliste flamand joue les funambules : "Idéologiquement, le parti doit trouver un équilibre entre le centre-droit et la droite extrême, et dans le même temps, entre parti de gouvernance responsable et parti anti-establishment."

Même si la N-VA parvient habilement à jouer les équilibristes depuis des années, la différence avec 2012 est que Bart De Wever était aux manettes ces 6 dernières années. "Il assure que "la force du changement" a fonctionné, mais en réalité, c’est plus nuancé."

Dans les sondages, les socialistes flamands sont en mauvaise posture. "Pour eux, il importe d’avoir un score respectable. Combien ? Je dirais 15 %, même si historiquement, c’est extrêmement peu."

Et le chemin est parsemé d’embûches pour le sp.a : le président de la section anversoise, Tom Meeuws, est par exemple soupçonné d'avoir falsifié des factures lorsqu'il était directeur de De Lijn Anvers.

Jinnih Beels, la tête de liste qui a décidé de rester indépendante, est novice en politique. "Elle fait bonne impression pour le moment. Dans Samen, elle a été recrutée pour son expertise, mais, ici, elle tire la liste, elle doit donc pouvoir parler de tous les thèmes. Elle aura besoin de recadrage et de formations", explique Dave Sinardet.

Avec tous les coups reçus à la suite de l’affaire Tom Meeuws, le politologue constate que l’esprit d’équipe a été renforcé : "Une nouvelle dynamique s’est créée. Ils ont réussi à présenter quelques candidats inattendus, plus que Groen, par exemple."

Pour le CD&V, l’objectif est de garder cinq sièges et d’atteindre environ 10 % des voix. Lors des communales de 2012, le cartel avec le sp.a a joué en faveur du parti démocrate-chrétien : "Ils ont obtenu cinq sièges, mais ils auraient dû en avoir deux si on se base sur les résultats des élections provinciales dans le canton. 5 % c’est le score maximal qu’ils auraient eu", analyse Dave Sinardet.

Selon lui, le CD&V veut, comme en 2012, endosser le rôle de faiseurs de roi : "Ce serait la position idéale, car ils pourraient décider de faire monter les enchères. Mais ce ne sera pas évident."

Ce ne sera pas évident au vu du faux départ pris par le CD&V avec l’affaire autour d’un candidat juif ultra-orthodoxe qui est tombée à l’eau. Kris Peeters, la tête de liste, a essuyé pas mal de critiques, ce qui pourrait entacher son score personnel : "Sa crédibilité est remise en question, même s’il y a encore le temps pour changer. À côté de lui, il n’y a pas de personnes très connues, ce qui est un handicap."

"Le défi du Vlaams Belang est de continuer à exister, car la N-VA a repris les thèmes de base du Vlaams Belang, comme la sécurité et l’identité, même si leurs programmes diffèrent", se demande Dave Sinardet. Cette logique vaut à Anvers comme au fédéral où la N-VA met en avant des personnalités comme Theo Francken et Jan Jambon.

Pourtant, le contexte à Anvers devrait être propice pour le parti d’extrême droite, d’après le professeur : "La N-VA est au pouvoir et elle n’a pas changé la politique d’immigration du tout au tout, il y a aussi eu la crise des réfugiés."

La N-VA a néanmoins fortement anticipé les critiques en mettant beaucoup de moyens de communication sur ces questions-là, il est donc difficile pour le Vlaams Belang de faire concurrence à la N-VA.

Autre élément pointé par Dave Sinardet : cela fait 30 ans que Filip Dewinter tire la liste. "Même si son talent rhétorique est toujours présent, il devrait peut-être penser à se renouveler."

Peter Mertens, tête de liste à Anvers, a récemment déclaré que l’ambition de son parti était d’arriver à la troisième place. "Ce ne sera pas facile", selon Dave Sinardet, "Venant de 1,5 % en 2006, le PVDA a obtenu un très bon score inattendu en 2012. Ce serait déjà bien de rester au même niveau."

À l’instar du district de Borgerhout, le PVDA rêve d’une majorité avec le sp.a et Groen, mais les chances d’y arriver sont très minces. Il faudrait très certainement faire appel au CD&V. Un scénario peu probable selon le professeur en sciences politiques : "C’est très difficile à vendre à quelques mois des élections fédérales. Ce serait difficile d'expliquer que le CD&V choisisse d’aller avec les communistes pour détrôner la N-VA qui sera probablement le plus grand parti."

Étant donné cette situation, Dave Sinardet estime que les Anversois de gauche qui voteront pour le PVDA risquent d’avantager Bart De Wever : "Ce sont des sièges qui ne peuvent probablement pas être utilisés pour former une majorité alternative. Ces voix, au lieu d’aller au sp.a ou à Groen, renforcent la N-VA."

Les sondages sont favorables pour le parti écologiste, il arrive à chaque fois en deuxième position. Mais le professeur met en garde : "Si Groen a un meilleur score qu’en 2012, mais en deçà des sondages, ce serait à la fois une victoire et une défaite. A contrario, un parti qui a de très mauvais sondages et obtient un meilleur score qu’attendu peut être dans la perception gagnante. "

La chute de Samen a un peu endommagé la tête de liste Wouter Van Besien, car c’était un projet qui lui tenait à cœur. Il se présente candidat-bourgmestre contre Bart De Wever et il y a du pain sur la planche selon Dave Sinardet : "Il doit être perçu comme un bourgmestre, mais va-t-il pouvoir tenir tête à Bart De Wever ? Il n’en a pour l’instant pas encore vraiment le charisme. Il devra redoubler d’efforts."

L’Anversois émet aussi l’hypothèse que la seule coalition mathématiquement puisse allier N-VA et Groen : "Ce n’est déjà pas le scénario rêvé de la N-VA, mais pour Groen, ce serait un cauchemar. Quelques mois avant les élections fédérales, ce serait très difficile de faire croire qu’ils sont l’alternative à la N-VA quand, à Anvers, ils sont en coalition avec Bart De Wever sous les feux des caméras nationales."

"Le défi de l’Open Vld, c’est de pouvoir jouer un rôle." Même si la situation du CD&V n’est pas mieux que celle du parti libéral à Anvers, Kris Peeters attire relativement plus d’attention médiatique que Philippe De Backer, estime Dave Sinardet.

Pour contrer cette situation, Philippe De Backer se présente comme candidat-bourgmestre, explique le professeur : "cela parait bizarre étant donné que l’Open Vld n’a que 2 sièges sur 55. Il se présente à cette position dans l’espoir de participer aux grands débats."

Il met cependant en avant un atout de Philippe De Backer : "Tous les autres candidats ont essuyé des scandales ou eu mauvaise presse. Il va peut-être réussir à être un plus visible et faire passer plus facilement ses messages, car c’est l’un des seuls candidats à ne pas avoir connu de problèmes."


Les élections communales de 2018 approchent à grands pas. Pour mieux comprendre les enjeux de la campagne électorale à Anvers qui aura un impact certain sur les élections fédérales de 2019, retrouvez chaque vendredi "Vu d’Anvers", une chronique hebdomadaire sur la métropole flamande.

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