Vu d'Anvers: "Les politiques sont devenus des vedettes" selon le journaliste Jambers

Paul Jambers, journaliste emblématique en Flandre, continue de travailler alors qu'il a 73 ans.
Paul Jambers, journaliste emblématique en Flandre, continue de travailler alors qu'il a 73 ans. - © Tous droits réservés

Il y a plus de 40 ans, Paul Jambers commençait sa carrière journalistique à la BRT pour l’émission Panorama. Il a réalisé de nombreux reportages sur des thèmes sensationnels qui ont rencontré un franc succès. Il est passé en 1989 sur la chaîne commerciale VTM où il a fait la série télévisée Jambers.

En 2014, il a réalisé la série "Jambers et la politique". Il a alors suivi six leaders de partis flamands pendant les élections. Il a même eu l’exclusivité pour suivre Bart De Wever.

Quatre ans plus tard, il remet le couvert, mais cette fois, il a suivi les sept têtes de liste à Anvers pendant six semaines. Le dernier épisode est diffusé ce vendredi. La RTBF s’est entretenue avec cette figure emblématique de la télévision flamande âgée de 73 ans.

Pourquoi avez-vous choisi de suivre les élections communales à Anvers ?

Les têtes de liste sont toutes des personnes connues au niveau national : Bart De Wever, bourgmestre et président de la N-VA, Wouter Van Besien, ancien président de Groen, Filip De Winter, connu depuis des années. Le vice-premier ministre Kris Peeters a aussi décidé de venir habiter à Anvers. Je trouvais captivant de réaliser une série sur le dessous des coulisses des élections anversoises.

Mélanger politique et divertissement, est-ce typiquement flamand ?

Oui, les politiques flamands sont des "Bekende Vlamingen" (célébrités flamandes), ils sont devenus des vedettes comme des chanteurs ou acteurs. Ces personnes participent toute l’année à des émissions de divertissement. À l’approche des élections, ils sont relativement accessibles et ne peuvent plus soudainement se cacher. J’ai voulu aussi montrer leur vie privée pour avoir un regard particulier sur les politiques.

Je pense qu’en Wallonie ou aux Pays-Bas, ça n’aurait pas été évident d’inviter les politiques à ce genre d’émission. Ils devraient dévoiler une partie de leur vie privée et ce n’est pas dans les habitudes.

Est-ce une manière de réduire le fossé entre les politiques et les citoyens ?

Oui en quelque sorte. Je réalise cette série pour les personnes qui ne sont pas intéressées par la politique. Ça doit être attirant pour que ce public puisse recevoir des informations sur les politiques de manière accessible. Mais cette série est aussi intéressante pour ceux qui suivent la politique. Ils peuvent ainsi analyser la situation au deuxième ou troisième degré.

N’influencez-vous pas les électeurs ?

Toute interview, toute apparition des politiques dans les médias influencent les électeurs. Évidemment que les images que je montre vont aussi les influencer. C’est bien, les électeurs peuvent utiliser toutes les informations disponibles pour déterminer son choix électoral.

Ce n’est pas non plus juste du divertissement. Dans certaines émissions, les politiques sont invités à danser sur scène, ce n’est pas pertinent. Ici, je fais vraiment attention à ce que chaque image que je choisis contienne du contenu politique. Lors du petit-déjeuner, je leur pose des questions sur l’actualité politique. J’essaie toujours de garder le contenu et le côté narratif.

Travaillez-vous différemment quand vous suivez exclus de la société et responsables politiques ?

Que ce soit une personne en difficulté ou un responsable politique, ce sont tous des êtres humains. Un politique va en premier lieu expliquer sa vision, ses actions, je le considère comme une personne. Ce qui donne un côté naturel. J’ai remarqué avec mon émission que les politiques se sentent plus détendus et qu’ils tiennent des propos qu’ils n’auraient pas tenus dans un débat politique. Ma série ne vient remplacer les émissions politiques, c’est un complément.

Une scène vous a-t-elle particulièrement marquée ?

Jinnih Beels et Filip De Winter ont accordé une interview croisée pour Het Laatste Nieuws. J’étais présent. Quand ils se sont rencontrés, Jinnih Beels lui fait la bise. C’est quand même unique, une politique socialiste qui embrasse un membre du Vlaams Belang. Je ne dis pas que cela a une valeur informative, mais on peut voir le type de relations qu’entretiennent les dirigeants politiques entre eux. Ce sont des petites choses qui font le cachet de cette émission.

À un moment, Kris Peeters sort les poubelles de son appartement. Pure mise en scène ?

Il faut connaître un peu l’histoire. En 2014, j’ai réalisé une série quand Bart de Wever a gagné les élections. Quand il est rentré chez lui après la victoire, je l’ai filmé en train de sortir les poubelles. C’était vraiment authentique. C’est devenu l’image finale de la victoire de Bart De Wever.

Cette fois-ci, je vais devant l’entrée du bâtiment de Kris Peeters et, sans que je ne sois au courant, il sort aussi les poubelles. Je pars du principe qu’il a voulu faire une blague et qu’il a fait référence à Bart De Wever quatre ans plus tôt. Ce n’était pas convenu avec lui, mais ça s’est passé devant les caméras. Chacun fait ce qu’il veut.

Comment voyez-vous la suite ?

Je vais aussi les suivre pendant la soirée électorale à Anvers. En fonction des résultats, les élections à Anvers vont avoir un retentissement national. Elles vont aussi avoir un impact pour la carrière politique de Kris Peeters, Filip De Winter, Bart De Wever, Philippe de Backer. Imaginez que Bart De Wever subisse une solide correction… ça provoquerait une crise au sein du parti, un parti qui fait partie de la coalition fédérale et flamande. Il ne faut pas oublier que l’année prochaine, il y a d’autres élections. Nous serons en mode "campagne électorale" dès le 15 octobre.

Retrouvez la bande-annonce de la série "Jambers in de Politiek" diffusée cette semaine:


Les élections communales de 2018 approchent à grands pas. Pour mieux comprendre les enjeux de la campagne électorale à Anvers qui aura un impact certain sur les élections fédérales de 2019, retrouvez chaque vendredi "Vu d’Anvers", une chronique hebdomadaire sur la métropole flamande.

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