Vu d'Anvers: BDW, le "faux bourgmestre", se présente aux élections en chanson

BDW appelle Bart De Wever "son imitateur" car l'acteur est né 6 mois avant l'homme politique.
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BDW appelle Bart De Wever "son imitateur" car l'acteur est né 6 mois avant l'homme politique. - © Tous droits réservés

Les cheveux gominés, un homme vêtu d’un costume bleu, d’une cravate jaune et d’un pin’s "Anvers" s’approche. Est-ce Bart De Wever ? Pendant un instant, on pourrait s’y méprendre, mais, non, il s’agit de Geert Beullens, aka. BDW. L’acteur est un as pour imiter les mimiques du bourgmestre: "Le regard strict, le visage indigné, les sourcils froncés, la lèvre supérieure hautaine, les roulements d’yeux..." Rencontre avec le "faux bourgmestre" d’Anvers.

Tout a commencé quand Bart De Wever a perdu du poids, les amis de Geert Beullens lui disaient : "Tu sais que tu lui ressembles ?". Notamment actif dans le milieu du théâtre satirique, il voulait faire quelque chose en rapport avec la politique anversoise à l’approche des élections communales.

Il s’est lancé le 22 janvier 2017. Ce jour-là, Bart De Wever organisait une réception de Nouvel An dans le centre d’Anvers. BDW a fait de même dans un café juste derrière l’événement du bourgmestre. Objectif : se faire connaître auprès des citoyens.

Depuis, il se rend quasi tous les jours à des événements dans la ville. Il va là où le vrai bourgmestre ne va pas. "Il n’aime pas trop visiter les quartiers socialement défavorisés, comme Borgerhout, Seefhoek, Kiel… Je veux montrer qu’il devrait y aller, car il doit être le bourgmestre de tous les Anversois. Je regrette qu’il ne soit pas très présent et préfère polariser", déplore Geert Beullens.

Exemple parlant : le Roi Philippe a rendu visite le 26 mars dernier à l’organisation sociale Samen Op straat à Borgerhout. L’acteur raconte : "Le bourgmestre était absent. J’y suis allé, mais les forces de sécurité m’ont jeté dehors !"

C’est la faute des autres

Geert Beullens trouve que le président de la N-VA jouit d’une "position de luxe" dans le monde médiatique : "Au moindre mot prononcé par Bart De Wever, tous les médias du pays réagissent au quart de tour, car ils savent que le nombre de pages vues sera en hausse."

Selon le sosie, on devrait plutôt relativiser ses propos et laisser place à l’humour : "Il est préférable de mettre une couche d’humour et de laisser tout décanter pour ensuite donner son avis. Alors, la colère n’est plus là et on peut parler de politique de manière beaucoup plus raisonnable."

BDW ne se contente pas d’imitations satiriques. Il va se présenter aux élections communales en octobre et va tirer la liste BDW. Il hésite néanmoins encore sur la signification de l’abréviation : "Burger, Democratisch, Welzijn" (Citoyen, Démocrate, Bien-être) ou "Bier, Drug, Wijf" (Bière, Drogue, Meuf) ?

Comme slogan, l’humoriste a opté pour "De Schuld van de anderen" (la faute des autres), il vient d’ailleurs de sortir une chanson portant ce titre. C’est sa manière de plaider pour une politique de conciliation et non d’affrontement : "Tout le monde connaît les problèmes de cette ville, essayons de les régler tous ensemble au lieu d’essayer de rejeter la responsabilité sur les autres."

Anvers deviendra un parc d’attractions

Au-delà des slogans, BDW a également un programme pour le moins original. S’il devient bourgmestre, Anvers deviendra un parc d’attractions et chaque quartier aura une fonction particulière.

Dans le village des Schtroumpfs, Filip De Winter, la tête de liste du Vlaams Belang, jouera Gargamel. Le centre-ville reviendra à l’âge médiéval, plus aucune voiture n’y circulera. Le nord d’Anvers deviendra un souk, où les Marocains pourront se croire dans le conte des 1001 nuits. "Le but est d’obtenir un mélange entre Disney et Bruges. Cela va attirer les touristes !", assure-t-il.

Il veut également légaliser les drogues : "On autorisera l’importation de cocaïne dans le port d’Anvers. Tous les barons de la drogue savent qu’ils peuvent venir ici. Les infrastructures existent déjà…"

Avec l’arrivée massive de touristes et les revenus du port d’Anvers, il garantit que la ville recevra suffisamment d’argent pour que tous les Anversois ne doivent plus travailler… "La seule chose qu’ils devront faire, c’est porter le costume de leur quartier."

Le latin comme langue officielle

Bart De Wever aime utiliser régulièrement des expressions en latin lors de ces interventions. Son alter ego commente : "Le problème avec Bart De Wever, c’est que personne ne comprend ce qu’il dit, c’est la raison pour laquelle je vais créer un latin que tout le monde comprend."

Il souhaite ainsi que sa version simplifiée de latin devienne la langue officielle d’Anvers. Il a d’ailleurs inventé différents slogans comme "Refacit Antverpia Greatus!", "Rendons sa grandeur à Anvers", référence à Donald Trump. "On supprime le néerlandais, mais on tolère l’anversois. Tout le monde peut parler sa langue, il y a 180 nationalités qui vivent ici", ajoute-t-il.

Toujours dans l’esprit romain, BDW souhaite construire un Colisée dans le parc de la ville : "Les voleurs de vélo et ceux qui jettent leurs déchets en rue devront se battre contre les animaux du zoo. Cela pourrait être un lion ou un pingouin s’ils ont de la chance !"

Il envisage aussi de conclure un accord avec la Wallonie, sur le modèle des Britanniques avec leurs anciennes colonies : "On enverrait les délinquants dans certaines villes wallonnes. À Charleroi, ça ne vaut même pas la peine de commencer…"

Relation amour-haine

Ses relations avec le chef de la N-VA étaient cordiales au départ : "Il m’aimait bien au début, il m’a même donné des conseils vestimentaires."

Mais, depuis le marathon de l’année dernière, les relations se sont un peu refroidies entre les deux bourgmestres. BDW avait couru aux côtés de Bart De Wever pendant les 5 premiers kilomètres et puis il l’a attendu pour le dernier kilomètre afin de passer la ligne d’arrivée… en costume.

"J’ai de l’admiration pour Bart De Wever, sinon je ne l’imiterais pas !" s’exclame BDW. Pour lui, la plus grande réalisation du bourgmestre anversois est son régime. "C’est un exemple en matière de santé. Malgré le reste de mes critiques, chapeau qu’il soit arrivé à perdre autant de poids et à courir un marathon."

D’après l’acteur, ils ont développé une relation "amour-haine". "Je remets en question sa politique de manière humoristique. Cela est déjà arrivé qu’il y ait quelques confrontations, il me tolère, mais n’aime pas trop quand je viens à des rassemblements N-VA", précise-t-il.

Peu importe les résultats

Même si BDW se présente aux communales, il n’accorde pas beaucoup d’importance à son score personnel : "Je ne souhaite pas trop perturber le paysage politique. De l’autre côté, si de nombreuses personnes votent pour moi, cela serait un signal important aux autres dirigeants politiques."

S’il est tout de même élu au conseil communal, il y siègera pour pouvoir poser ses questions en latin pendant les séances. Ce qui est sûr, c'est qu'il est prêt à prendre ses responsabilités : "Si Bart De Wever décide par tout hasard de devenir Premier ministre, c’est logique que je le remplace ici, personne ne remarquera la différence."


Les élections communales de 2018 approchent à grands pas. Pour mieux comprendre les enjeux de la campagne électorale à Anvers qui aura un impact certain sur les élections fédérales de 2019, retrouvez chaque vendredi "Vu d’Anvers", une chronique hebdomadaire sur la métropole flamande.

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