Vu d'Anvers: Alexander D'Hooghe, l'intendant qui a permis de boucler le ring anversois

L'intendant Alexander D'Hooghe a réussi à trouver une issue à une impasse qui durait depuis plus de 20 ans.
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L'intendant Alexander D'Hooghe a réussi à trouver une issue à une impasse qui durait depuis plus de 20 ans. - © Tous droits réservés

Après plus de vingt ans d’impasse autour de la " liaison Oosterweel ", le chaînon manquant au bouclage du ring périphérique d’Anvers, une solution voit enfin le jour. Alexander D’Hooghe a réussi là où les différentes instances politiques avaient échoué. Et ce, aussi grâce à la participation citoyenne.

L’idée de boucler le ring d’Anvers ne date pas d’hier. Déjà en 1995, le gouvernement flamand demande à son département des voiries et de la circulation de trouver une solution à la problématique de la mobilité autour du périphérique anversois.

En 2000, le gouvernement flamand, sous la houlette de Patrick Dewael (Open VLD), adopte le Masterplan prévoyant la construction d’une "liaison Oosterweel", une jonction entre rive gauche et rive droite. Après avoir commandé différentes études de faisabilité, l’exécutif flamand opte pour le tracé-BAM contenant le pont "Lange Wapper".

Pont ou tunnel?

S’en suivent des années de division entre société civile, gouvernement flamand et ville d’Anvers. Pont ou tunnel ? Impossible de trouver un compromis... Lors d’un référendum organisé en 2009, 60 % des participants ont voté contre le Lange Wapper, ce qui vient semer encore plus la pagaille.

En l’absence d’avancées, les mouvements citoyens bougent. stRaten Generaal, plateforme citoyenne participative, présente par exemple un autre plan avec un tunnel pour boucler le ring. Grâce à un crowdfunding de plus de 64 000 euros, Ringland commande plusieurs études sur le recouvrement du ring d’une zone verte en vue d’améliorer la qualité de vie et l’impact écologique du ring.

Le fossé entre responsables politiques et comités d’action ne cesse de se creuser. La Cour des comptes se pose aussi des questions sur la méthode de financement. Les citoyens intentent des procédures auprès du Conseil d’État pour empêcher le début des travaux…

Pour couronner le tout, la Commission européenne s’en mêle : le gouvernement flamand doit intégrer le projet Oosterweel dans son budget, ce qui pèse lourd. Bref, le blocage est total.

Débuts difficiles

En mars 2015, le gouvernement flamand, dirigé par Geert Bourgeois (N-VA), annonce qu’Alexander D’Hooghe a remporté l’appel d’offres pour devenir l’intendant du dossier. Le professeur d’architecture et d’urbanisme qui a passé 20 ans aux États-Unis entre en fonction le 1er janvier 2016. Sa mission : ramener les différents acteurs de la table pour trouver un compromis.

Au départ, le pessimisme est de rigueur : "On était très sceptique. Il y avait des actions de comités au Conseil d’État, des obstacles partout et il nous semblait vraiment impossible de transformer ce projet en réussite", se rappelle Alexander D’Hooghe.

Petit à petit, Alexander D’Hooghe enregistre des avancées. En juin 2016, il obtient un accord entre dirigeants politiques et comités d’action pour collaborer au dessin du ring sur toutes les parties qui ne font pas partie d’Oosterweel. "Une mesure pour établir la confiance", commente-t-il. Les critères d’évaluation du projet sont établis : qualité de vie, coûts/bénéfices, architecture, soutien citoyen et faisabilité.

Alexandre D’Hooghe a plus d’un tour dans son sac pour amadouer la société civile. Le comité d’action Ademloos voulait par exemple préserver la forêt Sainte-Anne qui risquait d’être détruite selon le projet initial. L’intendant garantit que la forêt sera sauvegardée. En décembre 2016, le Parlement flamand approuve, majorité ET opposition, la note d’ambition d’Alexander D’Hooghe.

La bataille d’Oosterweel

Le 15 mars 2017 est une date historique dans tout ce dossier. Les différentes parties prenantes se rassemblent pour signer le "convenant du futur" (toekomstverbond) qui contient une nouvelle vision pour le ring, mais aussi Oosterweel.

Et la symbolique est forte : chaque signataire porte une bague ("ring" en néerlandais) pour illustrer leur union autour du projet. Après plus de vingt ans de confrontation, un accord est trouvé.

Alexander D’Hooghe se souvient que Wim Van Hees d’Ademloos et le bourgmestre anversois ont cité la même référence lors de la conférence de presse : "Il y a exactement 550 ans, la bataille d’Oosterweel a eu lieu, elle était le début des hostilités contre les Espagnols et a entrainé la chute d’Anvers. On a perdu la bataille contre l’Espagne à ce moment-là. Mais cette bataille-ci, on l’a gagnée !"

Dans la foulée, le gouvernement flamand promet 1 milliard d’euros, la ville et le port d’Anvers 250 millions. Objectif : entamer la première phase de recouvrement du ring.

Les citoyens ont leur mot à dire

Des appels d’offres sont ensuite lancés pour mettre en place des consortiums. Les groupes sélectionnés ont neuf mois pour développer des projets grâce à des "tables d’atelier" où se retrouvent toutes les deux semaines représentants citoyens, experts, ainsi que membres de l’administration anversoise et flamande. Chaque groupe est constitué de 30 à 70 participants.

L’idée est de concevoir des plans en collaboration avec les citoyens pour éviter des conflits après avoir démarré les travaux. Au cours de ces ateliers, une coalition s’est formée contre un projet. "C’est très bien ! C’est pour ça qu’on le fait maintenant : en voyant l’opposition autour d’un projet, on sait qu’on ne va pas le sélectionner", indique Alexander D’Hooghe.

Les résultats de ces concertations (31 projets au total) étaient exposés pendant cinq jours lors des Journées du Ring. En plus des 3800 acteurs qui ont collaboré aux ateliers des 9 derniers mois, environ 2000 visiteurs ont répondu présents aux "Ringdagen".

La suite

Après ces journées du Ring, il reste encore une mission à l’intendant : envoyer son projet final avec ses recommandations au gouvernement flamand. La ville d’Anvers et l’exécutif flamand devront choisir parmi les 31 projets dont le coût total est estimé à 2,7-2,8 milliards d’euros.

Entretemps, les premiers coups de pioches pour la liaison Oosterweel ont été plantés en février 2018. La Banque européenne d’investissement a aussi accordé un prêt d’un milliard d’euros à la Flandre. Pour l’instant, le coût de la liaison Oosterweel avec le recouvrement du ring s’élève à près de 5 milliards d’euros.

Peter Vermeulen, de Ringland, défend le projet malgré son coût élevé : "On peut dire que c’est cher, mais il y a des bénéfices pour la mobilité, la qualité de vie, la santé, le développement urbain, etc. On devrait aussi pouvoir développer ce genre de projets à Liège, Courtrai ou Charleroi. Il ne faut pas donner l’impression qu’il n’y aura plus d’argent parce qu’Anvers a tout pris."

Prenant un peu de recul, Alexander D’Hooghe se dit satisfait du travail accompli : "Je suis super heureux d’avoir contribué à résoudre le dossier. Que ce soit au niveau de la mobilité ou de la qualité de vie des citoyens, il est indiscutable que les avantages du projet sont très clairs. Ma mission est bientôt terminée, mais le vrai travail doit encore commencer."


Les élections communales de 2018 approchent à grands pas. Pour mieux comprendre les enjeux de la campagne électorale à Anvers qui aura un impact certain sur les élections fédérales de 2019, retrouvez chaque vendredi "Vu d’Anvers", une chronique hebdomadaire sur la métropole flamande.