Elections communales: la Wallonie durcit le décumul des mandats

Combien de députés présents sur ce cliché seront encore parlementaires dans quelques semaines ?
Combien de députés présents sur ce cliché seront encore parlementaires dans quelques semaines ? - © Rudy Hermans - RTBF

On vote pour les élections communales ce dimanche 14 octobre. Un scrutin local qui devrait avoir des conséquences régionales, sur la composition du parlement de Wallonie et par ricochet du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en raison d’un renforcement des règles de décumul dans le sud du pays.

On résume : 25% maximum des députés régionaux (ils ne sont plus que 10 sur 75 actuellement) seront toujours autorisés à cumuler leur mandat parlementaire et un mandat de bourgmestre, d’échevin ou de président de CPAS. Mais les autres, désormais, devront choisir la fonction qu’ils souhaitent exercer, et abandonner définitivement l’autre. Choisir, c'est renoncer. Plus question, par exemple, de se déclarer "bourgmestre empêché" et de garder ce mandat au frigo.

Les Verts ravis

Ecolo a toujours été partisan de ce décret décumul. Ils en sont même les instigateurs. "La fonction de bourgmestre ou celle de député, on doit les exercer à temps plein, on doit s’y investir à temps plein, on doit être disponible à temps plein, justifie Matthieu Daele. Je suis candidat au maïorat de Theux. Si j’atteins mon objectif, je ne pourrai plus exercer pleinement mon mandat parlementaire, et donc je laisserai ma place de député à quelqu’un qui pourra s’y investir totalement".

La plupart des autres dépités

Mais on le sait : rien n’est jamais limpide dans ce dossier. Au contraire. Et le fait que le durcissement des règles de décumul arrive maintenant plutôt qu’après le scrutin régional du mois de mai n’est pas anodin, car d’autres députés, d’autres partis, qui ont toujours critiqué ce fameux décret, pourraient être forcés d’abandonner leur siège régional en cours de mandat. Contraints, à contrecœur.

"On savait depuis longtemps que le problème risquait de se présenter. Que ceux qui ont voté ce décret (NDLR : PS, Ecolo et cdH) en assument maintenant les conséquences, déplore Jean-Paul Wahl (MR), candidat à sa propre succession à Jodoigne. A titre personnel, j’ai toujours été opposé à ce texte tel qu’il existe. Mais c’est la loi, et il faudra la respecter. A titre personnel, si je reçois un signal clair des électeurs de ma commune, j’assumerai".

Des perchoirs peut-être désertés

André Antoine (cdH) souhaite rempiler comme bourgmestre de Perwez. Mais le cas échéant, il sera de son côté carrément obligé d’abandonner la présidence du parlement de Wallonie, à quelques encablures du terme de la législature.

"Je pense effectivement qu’il aurait été plus sage de faire coïncider la modification des règles de décumul avec le renouvellement du parlement de Wallonie, regrette-t-il. Le citoyen veut des parlementaires qui se concentrent exclusivement sur cette tâche ? Il aurait pu les avoir en mai 2019, ce qui nous aurait permis de terminer la législature. Ça n’a malheureusement pas été possible".

Reporter l’entrée en vigueur de la 2e phase du décret, PS, MR et cdH y ont pensé. Mais ils n’ont pas osé. Pétrifiés par la peur d'un retour de manivelle des Verts. Tétanisés par le risque d’une perception négative de la population. Paralysés par la crainte de commentaires acerbes dans la presse.

Pourtant, les médias n'ont cessé d’attirer l’attention sur la situation ubuesque qui se profilait au parlement régional.

Car chaque député qui s’en va a droit à des indemnités de sortie.

Car chaque député qui arrive aura droit à son traitement de parlementaire, puis également à des indemnités de sortie.

Car ce va-et-vient coûtera forcément de l’argent, et ce n'est pas un gage de saine gestion.

Car dans certains arrondissements, le risque existe aussi de ne plus avoir de suppléant pour remplacer le député sortant, et que des élections partielles seraient alors envisagées, pour des mandats de quelques mois à peine.

Car un tel appel impromptu aux urnes coûterait forcément également de l'argent, et que ce n'est pas davantage un gage de saine gestion.

Car si des élections anticipées ne sont pas organisées pour trouver des occupants aux sièges vides, l'assemblée wallonne pourrait rester incomplète.

Car, en définitive, tout ça n’est favorable ni au bon fonctionnement de nos institutions, ni à leur image.

Mais les partis réfractaires à cette forme de décumul ont décidé de ne rien décider. Pétrifiés, tétanisés, paralysés. 

"C’est vrai, tout cela est peu pertinent, reconnait Philippe Courard (PS), qui délaisserait la présidence du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’il s’installe à nouveau dans la maison communale de Hotton. Je l’ai aussi dénoncé à plusieurs reprises, mais sans succès. Les partis ont eu peur d’agir, alors qu’en politique il faut aussi apprendre à assumer. Je suis en plus intimement convaincu que les gens de bon sens conviennent qu’il serait mieux de ne pas provoquer de tels changement à quelques mois des élections".

Cerise sur ce gâteau surréaliste: les règles de décumul des mandats, faut-il le rappeler, ne s'appliquent qu'aux députés wallons. Les autres parlementaires du pays également engagés dans la course à l'écharpe maïorale se posent moins de questions...

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