Pourquoi le Vlaams Belang se présente-t-il en Wallonie?

Le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, a déclaré qu'il n'investirait pas un euro dans la campagne wallonne
Le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, a déclaré qu'il n'investirait pas un euro dans la campagne wallonne - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Pour la première fois de son existence, le parti d'extrême droite flamand se présente à la Chambre dans toutes les circonscriptions wallonnes. Une première à une si grand échelle mais le Vlaams Belang a déjà présenté des listes dans certaines circonscriptions wallonnes.

En 2014, le parti s'était, par exemple, présenté dans le Hainaut sous le nom "Faire Place Nette". Il  y avait tout de même obtenu un peu plus de 2% des voix. En 2007, il s'était présenté sous l'appellation VB en Brabant Wallon. À l'époque du Vlaams Blok, en 2003, l'extrême droite flamande avait déjà tenté sa chance dans le Hainaut également. Mais jamais le Vlaams Belang n'avait déposé ses listes dans les cinq provinces du Sud du pays. 

Un examen des listes publiées par le site officiel du SPF Intérieur permet de voir que le Vlaams Belang n'a déposé aucune liste complète en Wallonie pour le scrutin fédéral de mai 2019. Dans les circonscriptions du Luxembourg, de Namur et du Brabant Wallon, l'extrême droite flamande ne présente qu'un seul candidat effectif. Le Vlaams Belang aligne 6 candidats sur 18 dans le Hainaut et 6 candidats sur 15 à Liège.

La plupart des candidats n'ont à première vue pas d'ancrage local évident dans les circonscriptions où ils se présentent. Aucune tête de liste n'est par exemple domiciliée en Wallonie, ce qui n'est pas obligatoire pour les élections fédérales. 

Par ailleurs, le président du Vlaams Belang, l'anversois Tom Van Grieken, a annoncé, lors du dépôt des listes, que son parti n'investirait pas un euro dans la campagne en Wallonie. La tête de liste dans le Hainaut, le bruxellois Patrick Sessler, nous a confirmé qu'il ne mènerait pas campagne activement. 

Bref, sans investissement de campagne, avec des candidats inconnus du grand public et des têtes de liste qui ne viennent pas des circonscriptions dans lesquelles ils se présentent, les chances d'obtenir un élu en Wallonie sont réduites. Sans même évoquer la difficulté de faire passer un discours d'extrême droite nationaliste, séparatiste et anti-wallon de surcroît, auprès d'un électorat d'extrême droite wallon dispersé entre les différentes petites formations présentes à la droite de la droite francophone. 

Mais dans ce cas, pourquoi le Vlaams Belang se présente-t-il en Wallonie? 

Dénoncer la présence de partis francophones en Flandre

Officiellement, le Vlaams Belang entend protester contre le fait que des électeurs francophones des six communes à facilités de la périphérie bruxelloise ont encore la possibilité de voter pour des partis francophones à Bruxelles. Il s'agit de la justification du président du parti dans un communiqué publié lors de l'enregistrement de ses listes en Wallonie.

Cette possibilité d'élire des députés francophones depuis la Flandre est l'une des contreparties négociées dans le cadre de la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Halle-Vilvorde. Le Vlaams Belang n'apprécie pas non plus la présence d'une liste francophone Défi dans la circonscription du Brabant Flamand. 

Pour l'extrême droite flamande, cela constitue une incohérence institutionnelle belge qu'elle veut dénoncer en présentant à son tour des listes flamandes en Wallonie. 

S'assurer une certaine visibilité

L'autre motivation du parti est stratégique. En déposant des listes dans l'ensemble des circonscriptions wallonnes pour la Chambre, le Vlaams Belang sait qu'il fera parler de lui. Et le regain d'attention des médias pour le Vlaams Belang à cette occasion, y compris la nôtre, peut en témoigner.

Le parti fait le buzz et démontre qu'il est capable de déposer des listes, même incomplètes, dans l'ensemble du pays. Il s'assure une certaine visibilité à moindre coût dans un style provocateur qui peut faire recette auprès des électeurs qui comptent vraiment pour eux en Flandre. La raison officielle invoquée par le Vlaams Belang pour se présenter en Wallonie est d'ailleurs un message directement adressé à son électorat. 

L'argent, le nerf de la guerre

Pour le Vlaams Belang, le fait de se présenter en Wallonie peut aussi représenter un véritable intérêt financier. La dotation publique aux partis qui disposent d'un élu au moins à la Chambre comporte effectivement une partie variable. Cette partie variable dépend du nombre de voix obtenues par le parti.  

Les voix potentielles récoltées en Wallonie par le Vlaams Belang permettent donc de venir gonfler cette dotation. Les récentes décisions de la commission de Contrôle des dépenses électorales en ce qui concerne les dotations de Défi et du PTB renforcent cette hypothèse d'une stratégie financière poursuivie par le parti. 

Défi et le PTB ont effectivement obtenu le versement de la partie variable de leur dotation sur base des voix que les deux partis ont obtenu en Flandre, alors qu'il n'ont obtenu d'élus qu'à Bruxelles ou en Wallonie. 

En 2003 et 2007, le Vlaams Blok et le Vlaams Belang avaient d'ailleurs déjà vu gonfler leur dotation grâce aux bulletins de vote récoltés dans le Hainaut ou le Brabant Wallon. Les voix obtenues dans le Hainaut en 2014 n'ont elles pas été prise en compte dans le calcul de la dotation du Vlaams Belang car il s'était présenté sous l'étiquette "Faire Place Nette" avec un autre numéro de parti. 

Le parti ne cache pas cette motivation financière. Ce serait même un argument politique de plus pour le parti d'extrême droite, selon la tête de liste hennuyère Patrick Sessler. D'après le Vlaams Belang, gonfler sa dotation grâce à des voix wallonnes est une façon de rétablir les transferts d'argent entre le Nord et le Sud du pays. 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK