Le climat pourrait-il empêcher la formation d'un nouveau gouvernement?  

Est-ce que le climat va empêcher la formation d’un nouveau gouvernement ?  
Est-ce que le climat va empêcher la formation d’un nouveau gouvernement ?   - © HATIM KAGHAT - BELGA

La question est légitime et posée par plusieurs spécialistes.  Depuis quelques semaines et l’échec du vote de la loi climat par le Parlement, ce grand thème de campagne pourrait être le caillou dans la chaussure (vu que l'immigration et le communautaire sont au frigo) de la formation du prochain gouvernement fédéral.

Si l’urgence de prendre des mesures climatiques ne fait plus aucun doute chez les partis francophones, qu’ils soient attentifs à ce problème depuis des années où s’ils viennent de s’y intéresser, la situation est toute autre de l’autre côté de la frontière linguistique.

La N-VA mène la danse climatique?

On le sait, le point de vue des nationalistes flamands sur le climat est clair depuis toujours : la loi climat, c’est non. Pour Bart De Wever, les solutions sont à chercher d'abord dans le progrès technologique. Le dirigeant nationaliste est d’ailleurs revenu en janvier dernier avec une idée déjà évoquée par son parti : celle de nouvelles centrales nucléaires. "On ne peut pas avoir de tabou, y compris sur l'énergie nucléaire. Nous n'excluons même pas une centrale nucléaire de la 4e génération. Peut-être que d'ici 10 ans nous commencerons à la construire", expliquait le président de la N-VA.


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Avec ce genre de position, on voit mal comment la N-VA, donnée incontournable en Flandre, pourrait entrer dans une coalition avec des partis qui ne veulent plus du nucléaire où qui, à tout le moins, veulent répondre aux attentes des jeunes qui battent le pavé chaque semaine.

Mais le problème ne se situerait pas uniquement du côté des nationalistes flamands.  Si certains partis, comme le MR, ont fait marche arrière en matière de climat. D’autres, flamands encore, ont au contraire, bifurqué vers des positions plus radicales.

Invité de Rachel Crivellaro ce jeudi matin, Philippe Lamberts, député européen Ecolo explique : "L’échec de la loi climat est en effet inquiétante, pas tellement pour la Belgique francophone puisque la conscience écologique progresse aussi dans les autres partis et je m’en réjouis. Par contre, en Flandre je vois le degré de résistance et en fait la peur panique qu’inspire le climatoscepticisme de la N-VA dans des partis plus traditionnels comme l’Open VLD et le CD&V, ça c’est extrêmement inquiétant. Mon inquiétude est que tout cela rende la formation d’un gouvernement fédéral extrêmement compliqué après le 26 mai".

Un enjeu oui, un obstacle, peut-être pas

Pour Jean Faniel, directeur au CRISP (Centre de recherche et d’information sociopolitiques), le thème du climat est en effet central : "Ça fera partie des enjeux de la campagne, on voit que les partis se positionnent. Mais un éventuel blocage dépendra du rapport de force après les élections".

"En Flandre, on ne sait pas encore quelle sera la position des autres partis par rapport à la N-VA. On sait que la N-VA sera forte, mais il faut voir si les autres montent une coalition avec elle, où peuvent plutôt la renvoyer dans l’opposition, explique Jean Faniel. Il faut aussi voir quelle sera la force des partis verts. Si Groen devient le 3ème parti en Flandre, ce sera un message important pour les autres. Et on peut supposer que pour entrer dans une coalition, Groen mettra sur la table des exigences en matière de climat qui ne conviendront pas à la N-VA", ajoute-il.

Il y aurait en fait plusieurs rapports de force qui vont jouer : "Le rapport nord-sud d’abord, le clivage gauche droite ensuite et le choix entre fédéralisme et régionalisme aussi", estime le directeur du CRISP. "Pour la loi climat, certains des rapports se sont conjugués. Par exemple le sp.a et Groen ont voté pour la loi climat avec les francophones, et au départ, le MR, avait choisi de privilégier la droite, pour finalement se rallier aux francophones."

Mais alors est-ce que l’Open-VLD et le CD&V ont vraiment peur de la N-VA ? "Il y a une double volonté dans le chef des partis flamands, explique le directeur du CRISP. D’abord, ne pas lâcher de terrain dans des mesures qui mettraient des bâtons dans les roues de l’autonomie flamande. Et puis, une volonté de mener une politique économique et d’emplois. C’est-à-dire, imposer le moins de contraintes possibles aux entreprises, qui parfois polluent beaucoup."

Ce ne serait donc pas une crainte de trop s’investir dans la défense climatique, mais plutôt de défendre le socio-économique avant le climat qui pourrait conduire certains partis flamands à freiner des quatre fers.

"Cela dit, il ne faut pas remonter bien loin pour se rendre compte que les partis francophones ont fait pareil", estime Jean Faniel. "Du temps du gouvernement Di Rupo, il n’y avait pas de programme climatique ou il fallait bien chercher. On prévenait pourtant déjà qu’on allait dans le mur si des changements profonds n’étaient pas rapidement mis en place. Mais le gouvernement de l’époque appuyait plutôt sur le champignon… De toute façon, je n’ai pas trop d’inquiétude, en Belgique, on a l’habitude de trouver des compromis."

Pour Jean Faniel la formation de ce futur gouvernement sera aussi un test pour savoir quels sont les partis qui ont inscrit le climat dans leur programme par conviction ou pour surfer sur la vague.

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