Pourquoi les principaux partis français organisent-ils des primaires présidentielles?

Pourquoi les principaux partis français organisent-ils des primaires présidentielles?
Pourquoi les principaux partis français organisent-ils des primaires présidentielles? - © STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

Depuis plusieurs semaines, on vous rabâche les oreilles avec les primaires françaises. Mais si on est habitué à les voir passer tous les quatre ans au Etats-Unis, juste avant les élections présidentielles, c'est un concept assez récent dans le "pays des Droits de l'homme". Marc Sirlereau, journaliste RTBF, éclaire notre lanterne sur le fonctionnement et la raison de ces primaires françaises.

Depuis quand les primaires existent-elles en France?

"Elles ont été lancées officiellement pour la première fois en 2011, chez les socialistes et les radicaux de gauche. Des primaires ouvertes à tout le monde, mais les socialistes avaient déjà organisé par le passé ce qu’on appelait une élection interne pour désigner leur candidat à la présidentielle.

Rappelez-vous, en 1995, Jospin contre Emmanuelli... C’est Jospin qui gagne. Et en 2007, on l’oublie parfois, ils étaient trois en lice : il y avait Ségolène Royal, Dominique Strauss Kahn et Laurent Fabius. Et c’était Ségolène Royal qui avait gagné, mais là – on le rappelle – ce n’était que des élections internes réservées aux affiliés du Parti".

A quoi servent ces primaires en France ? 

"C’est sans doute un bon moyen pour dynamiser une campagne, pour impliquer les affiliés, les militants traditionnels, mais aussi pour aller chercher des gens plutôt proches, peut-être en termes d’idées d’un Parti ou d’un candidat, mais qui étaient jusque-là moins impliqués. Les partis ratissent beaucoup plus large. Ça dynamise, ça permet aussi de créer des réseaux.

Vous allez voter, vous signez, on connaît votre nom, donc le parti peut vous récupérer après en demandant 'Est-ce que vous ne voulez pas vous impliquer dans la campagne ?'. C’est un bon moyen de créer un véritable réseau pour les élections. Pour rappel, en 2011, pour les primaires des socialistes et des radicaux de gauche, près de trois millions de personnes étaient allées voter".

Sur les Primaires qui vont arriver, qui peut voter ?

"Il suffit d’être inscrit sur les listes électorales, avec une demande en plus du côté socialiste. On doit signer une charte d’adhésion aux valeurs de la gauche. La droite qui organise des Primaires en novembre fait la même chose. Elle demande aux gens qui vont venir voter de signer un document d’adhésion 'aux valeurs républicaines de la droite et du centre et de s’engager pour l’alternance pour réussir le redressement de la France'.

Nous avons rencontré un Français qui m’a dit qu’il avait toujours voté à droite et, en 2011, il est allé voter aux Primaires socialistes. Il a voté Manuel Valls au 1er tour et François Hollande au second et il nous a précisé que c’était 'pour battre Martine Aubry'. En 2012, il a voté Sarkozy..."

On dit souvent de la présidentielle française que c’est le rendez-vous entre un homme et la France. Est-ce qu’on ne dénature pas l’esprit de la présidentielle avec ces primaires ?

"Oui et non, mais ne tournons pas autour du pot, si on recourt aux primaires en France, c’est parce que chaque camp n’a plus aujourd’hui un leader naturel qui se dégage pour son camp. Est-ce qu’on pourrait imaginer que De Gaulle ou Mitterrand aient dû passer par une Primaire pour être candidat, le candidat de leur camp ? Non. Donc, derrières ces élections avant l'Election, il y a une recherche de savoir qui est le leader naturel, à gauche comme à droite.

Le risque, bien sûr, c’est qu’il y ait de telles tensions durant ces primaires qu’il est difficile après pour un parti de vraiment se réunir, de se retrouver. C’est un peu le risque que des gens évoquent avec les primaires de la droite où on sent bien qu’entre le camp de Sarkozy, Juppé, Fillon, Lemaire et tout ça, il y a déjà qu’il y a de fortes tensions".   

Est-on obligé de passer par la primaire pour se présenter à la présidentielle ?

"Non. Pour Marine Le Pen il n’y a pas de doute, on sait que c'est le leader du Front National. Par contre, Mélenchon ne passe pas non par une primaire : il s’est directement déclaré candidat. Il ne sait pas vraiment de quoi parce que le Parti Communiste ne le soutient plus vraiment.

On a évoqué le cas d’Emmanuel Macron qui pourrait être candidat, mais sous quelle étiquette et sans passer par une primaire. Arnaud Montebourg, on ne sait toujours pas s’il va être candidat en passant par les Primaires de la gauche ou si ce sera un candidat qui va se lancer au-delà des Partis. Vous voyez, on n’est pas obligé de passer par des Primaires et heureusement".

Quand auront lieu ces primaires ?

"Il y en a du côté de la droite et du centre, donc en novembre, en deux tours comme toujours, 20 et 27 novembre.

Il y en a pour les socialistes et les radicaux de gauche en janvier, deux tours aussi, les 22 et 29 janvier.

Il y aura aussi une primaire chez les verts. On ne connaît pas encore la date, mais ça fera donc au moins trois primaires".

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