Le livre de François Hollande: courage ou suicide politique?

Un livre surprenant qui ne fera pas que des amis au président sortant.
Un livre surprenant qui ne fera pas que des amis au président sortant. - © FREDERICK FLORIN - AFP

Voilà qui devrait devenir le best-seller des livres politiques en France, dans les semaines à venir. Les confessions de François Hollande sortent aujourd'hui en librairie chez nos voisins.

Publié chez Stock, le livre est intitulé "Un président ne devrait pas dire ça. Les Secrets d'un quinquennat". Le dirigeant français s'est livré auprès des deux journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Ces propos proviennent également d'un entretien à paraître jeudi dans l'hebdomadaire l'Obs sous le titre "Je suis prêt".Les premiers extraits, divulgués mercredi, font déjà beaucoup réagir.

663 pages et comme l’impression que François Hollande a dit tout ce qui lui passait par la tête. Principale cible : son prédécesseur, Nicolas Sarkozy. Grossier, méchant, cynique, fasciné par l'argent, selon le président français. Il y a les femmes aussi : Valérie Trierweiler, son ex-compagne, qui aurait pourri deux ans de réflexion de François Hollande d’après un proche.

Islam

"Le 23 juillet 2014, nous avons posé au chef de l'Etat la question suivante, de manière volontairement provocatrice: "Est-ce que c'est tabou aujourd'hui, en étant de gauche, de dire qu'il y a trop d'immigration? " Nous ne nous attendions pas à cette réponse: 'Je pense qu'il y a trop d'arrivées, d'immigration qui ne devrait pas être là', lâche-t-il", écrivent les deux journalistes.

"Qu'il y ait un problème avec l'islam, c'est vrai. Nul n'en doute", dit François Hollande. "Ce n'est pas l'islam qui pose un problème dans le sens où ce serait une religion qui serait dangereuse en elle-même (...) ce qui peut poser un problème, c'est si les musulmans ne dénoncent pas les actes de radicalisation, si les imams se comportent de manière antirépublicaine...", ajoute-t-il.

Dans un autre extrait, le chef de l'Etat ose une "formule choc", écrivent les journalistes. "La femme voilée d'aujourd'hui sera la Marianne de demain. Parce que, d'une certaine façon, si on arrive à lui offrir les conditions pour son épanouissement, elle se libérera de son voile et deviendra une Française, tout en étant religieuse si elle veut l'être, capable de porter un idéal".

Ces propos ont fait bondir Laurent Wauquiez, président par intérim des Républicains (droite), qui l'a accusé de vouloir "troquer" les "symboles les plus forts de la République" contre "l'islam politique".

Dans l'entretien accordé à l'Obs, François Hollande regrette d'avoir proposé d'inscrire dans la constitution la déchéance de nationalité pour les auteurs "d'actes de terrorisme". Cette proposition a heurté l'électorat de gauche et divisé la société française pendant plusieurs mois avant d'être abandonnée en mars.

"Je mesure le trouble que cette initiative a pu créer" et "non", ce n'était pas une bonne méthode "puisque les terroristes veulent mourir" et que "la déchéance de nationalité n'a donc aucune valeur dissuasive", concède-t-il.

"Les juges, une institution de lâcheté"

Dans ce livre, on retrouve également les commentaires du chef d’Etat sur les Verts : des cyniques et des emmerdeurs. Les juges, une institution de lâcheté. Ou les footballeurs à qui François Hollande donnerait bien des cours de musculation du cerveau.

Les réactions n’ont évidemment pas traîné. L’Union syndicale des magistrats, "consternée", demande au chef de l’Etat de retirer ses propos. L’Union des footballeurs professionnels taxe le président français de populisme. Quant à une candidature pour un nouveau mandat, oui si personne d’autre à gauche ne peut faire mieux. Toujours rien de concret donc.

Transparence

Le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll a lui défendu point par point l'"exercice de transparence" du président, le Premier secrétaire du parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis affirmant que ces confidences permettaient de "se débarrasser de la phase du bilan".

Sur le plan personnel, l'ex-compagne du président Valérie Treiweiler, a publié mercredi un nouveau SMS datant de 2005 et attribué à Hollande sur les "sans-dents" (les pauvres). Dans les extraits du livre des journalistes du Monde, le chef de l'Etat qualifie de "trahison" la publication par Treiweiler en 2014 d'un premier SMS sur ce thème et qui avait fait scandale.

"J'ai été courageux"

"J’aimerais que l’on dise de moi, puisque c’est la vérité, que j’ai été courageux", confie François Hollande. Avec ce livre, difficile de dire s’il s’agit de courage ou d’un suicide politique.

Ils seront 7 ce jeudi soir sur le plateau télé pour le premier débat de la primaire à droite en vue de la présidentielle. Parmi les candidats : Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Fillon, Jean-François Coppé ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet. D'ici le premier tour, il y aura 3 débats.

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