Tendu, le débat Trump/Clinton a donné lieu à des échanges musclés (vidéo)

Echanges musclés, ambiance électrique: le premier débat entre Hillary Clinton et Donald Trump a donné lieu à un affrontement tendu, parfois confus, à six semaines d'une élection présidentielle américaine à l'issue totalement indécise.

Dès la première question, centrée sur les inégalités aux Etats-Unis, les deux prétendants à la Maison Blanche au parcours et au style radicalement différents, se sont écharpés dans un débat où le candidat républicain a accaparé près des deux tiers du temps de parole mais est apparu moins affûté que son opposante directe. 

"Nous perdons nos bons emplois, ils vont au Mexique, dans beaucoup d'autres pays. Je ferai revenir nos emplois, vous ne pouvez pas le faire", a lancé le candidat républicain, très offensif sur le fond mais un peu plus posé qu'à l'habitude sur la forme.

"Donald, vous vivez dans votre propre réalité", a rétorqué avec calme l'ancienne Première dame, ancienne sénatrice et ancienne secrétaire d'Etat, qui aspire à devenir la première présidente des Etats-Unis.

Ce débat entre une démocrate hyper-expérimentée qui peine à susciter l'enthousiasme, et un républicain néophyte, au caractère imprévisible, ancienne star de télé-réalité, pourrait battre des records d'audience, et des millions d'Américains étaient rivés lundi soir à leur écran de télévision ou d'ordinateur.

Seuls sur scène, debout derrière un pupitre, face au modérateur, le journaliste Lester Holt, les deux candidats ont vite abandonné le ton conciliant des premiers échanges, même si Hillary Clinton a été plus concrète en déclinant son programme, réussissant souvent à mener le débat dans la direction qu'elle souhaitait.

Il cache quelque chose (...) Peut-être qu'il n'est pas aussi riche qu'il le dit

Interrompant régulièrement sa rivale, le magnat de l'immobilier a mis en cause cette dernière sur l'utilisation de sa messagerie privée lorsqu'elle dirigeait la diplomatie américaine. "C'était plus qu'une erreur (…) ce pays pense que c'est une honte", a-t-il asséné.

En retour, cette dernière s'est longuement attardée sur le refus obstiné du républicain de publier sa déclaration d'impôts.

"Il cache quelque chose (...) Peut-être qu'il n'est pas aussi riche qu'il le dit", a lancé la candidate démocrate,rappelant que tous les candidats à la Maison Blanche depuis 40 ans avaient diffusé leurs déclarations d'impôts.

En réponse, Donald Trump a d'abord prétexté un contrôle fiscal en cours pour avancer que dès la fin de celui-ci, il divulguerait sa déclaration. Avant de trouver une autre parade: "Dès qu'elle publiera ses 33 000 emails, je publierai ma déclaration fiscale", a-t-il finalement lâché. 

Quand vous essayez de faire la sainte nitouche, cela ne fonctionne vraiment pas

L'ancienne chef de la diplomatie a aussi accusé son rival d'avoir bâti sa carrière politique sur un "mensonge raciste" mettant en doute la nationalité américaine du président Barack Obama.

Elle a accusé son vis-à-vis d'avoir une "longue histoire de comportements racistes", rappelant par exemple des ennuis avec la justice suite à des discriminations à l'embauche envers les Noirs.

Selon elle, Donald Trump a "vraiment démarré son activité politique sur la base de ce mensonge raciste (selon lequel) notre premier président noir n'était pas un citoyen américain", a déclaré la candidate démocrate. "Il n'y a absolument aucune preuve de cela (mais) il l'a répété, il l'a répété année après année". En effet, alors que le président Obama a produit publiquement son certificat de naissance en 2011, attestant de sa nationalité américaine, le milliardaire new yorkais n'a reconnu les faits que très récemment, continuant pendant plusieurs années à jeter la suspicion sur un fait pourtant établi.

De son côté, Trump l'a renvoyée à sa campagne de 2008 où elle était opposée à Obama. "Vous l'avez alors traité avec un terrible manque de respect (...) donc quand vous essayez de faire la sainte nitouche ('holier than thou', ndlr), cela ne fonctionne vraiment pas".

Mon tempérament est bien meilleur que le sien

"L'un de mes meilleurs atouts est sans doute mon tempérament. Il est bien meilleur que le sien", n'a pas hésité à lancer Donald Trump. "Waouw, d'accord", a simplement ironisé Hillary Clinton dans un sourire.

Donald trump a également attaqué son adversaire sur le fait qu'elle n'ait ni "le look (sic)", ni la "force morale (stamina, en version originale)" pour être présidente.

"Dès qu'il sera parti dans 112 pays négocier des accords de paix, la libération de dissidents ou qu'il aura subi onze heures de commission d'enquête, il me reparlera de force", rétorque Hillary Clinton. "D'accord Mme Clinton a l'expérience pour elle, mais c'est une mauvaise expérience", a immédiatement répondu le candidat des Républicains.

Dès la fin du débat, le New York Times a immédiatement publié un fact-checking des déclarations des deux protagonistes. Sans surprises, Hillary Clinton est plus fidèles aux faits que son rival. 

Nous avons suivi ce débat en direct commenté cette nuit. Pour le relire, scrollez simplement à travers la console ci-dessous:

Opposition de styles

Ce débat organisé à l'université Hofstra près de New York, a d'abord été celui d'une opposition de style.

"Oui, je me suis préparée pour ce débat et je me suis aussi préparée pour la présidence et je pense que c'est une bonne chance", a lâché la candidate dans un sourire, dans une pique à celui qui met inlassablement en avant sa spontanéité et son franc-parler.

Donald Trump "est un débatteur naturel. Il a des dons et des compétences qui échappent parfois à des politiciens traditionnels", avait commenté avant le débat sa directrice de campagne Kellyanne Conway.

Mme Clinton, qui a déjà participé à plus de 30 débats politiques depuis 2000 et connaît ses dossiers sur le bout des doigts, s'est préparée minutieusement, y passant encore deux heures lundi.

Les sondages restent serrés

Un sondage Quinnipiac donnait lundi les deux candidats dans la marge d'erreur, 44% pour la démocrate et 43% pour le républicain, si l'on prend en compte les deux autres petits candidats, Gary Johnson (parti libertarien, 8%) et Jill Stein (parti des Verts, 2%).

L'avance de Mme Clinton est passée de quelque 7 points début août à 1,5 aujourd'hui.

Mais traditionnellement, les débats n'ont pas un impact significatif sur les intentions de vote, à l'exception du débat de 1980 entre Reagan et Carter qui avait eu lieu à une semaine du scrutin, dans un contexte où les deux candidats étaient au coude-à-coude.

Dans plusieurs Etats clés, où se jouera l'élection, l'avance d'Hillary s'était aussi réduite avant ce débat, notamment en Pennsylvanie, au Colorado et en Virginie. Et M. Trump est en tête dans l'Ohio, selon une moyenne des récents sondages.

Le scénario d'une course aussi serrée était inimaginable il y a six mois, d'où l'énorme pression sur ce premier débat.

Mme Clinton, qui veut gouverner dans la continuité du président Obama, peine à convaincre de son honnêteté.

Donald Trump, qui se présente comme l'homme du changement contre l'establishment, a lui hérissé de nombreux Américains avec ses attaques contre les femmes, les musulmans, les Mexicains, et son comportement volontiers agressif.

Deux autres débats présidentiels sont prévus les 9 et 19 octobre.

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