Raphaël Liogier, sociologue: "Donald Trump a gagné car les autres n'ont rien à proposer"

Pour Raphaël Liogier, Donald Trump répond à cette vision angoissée de la population.
Pour Raphaël Liogier, Donald Trump répond à cette vision angoissée de la population. - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Comment éviter que l’histoire bégaie encore ? Comment empêcher d’autres candidats populistes de prendre les commandes d’un pays ? La question se pose, au lendemain de l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Raphaël Liogier est sociologue et philosophe, spécialiste du populisme.


Pourquoi est-ce que Donald Trump a gagné ?

Je crois qu'en définitive, Donald Trump a gagné parce que les candidats qui sont supposés être des candidats du système n'ont rien à proposer, que ce soit du côté des démocrates ou du côté des républicains. Aujourd'hui, on a des programmes politiques qui sont relativement vides, qui promettent, par exemple, le plein emploi, que ce soit à droite ou à gauche, et qui ne peuvent pas le tenir. Qu'ils soient socio-démocrates ou libéraux, ils sont à peu près pareils.

Le programme de Donald Trump est vide aussi, mais c'est un programme réactif, anti-étrangers, anti-immigration,... C'est un programme qui ne s'exprime qu'en négatif,  alors que les candidats du système ne proposent rien en positif. Et Donald Trump répond à cette vision angoissée de la population.

Ce que j'essaye de montrer dans mon livre, c'est qu'il faut sortir de la logique de la création d'emplois dans les sociétés post-industrielles comme les nôtres parce que de toute façon, on ne peut pas tenir. On fabrique de plus en plus de richesse aujourd'hui, mais cette richesse est de moins en moins distribuée car il y a de moins en moins d'emplois. Il y a une concentration du capital pendant que de plus en plus de gens sont laissés sur le côté. En gros, le système capitaliste ne fonctionne plus, la sociale-démocratie ne fonctionne plus, donc il faut transformer complètement le système, à la fois dans notre rapport au travail avec un revenu d'existence, par exemple, et à la fois dans notre rapport à la fiscalité. L'impôt sur le revenu ne sert plus à grand chose puisque le revenu est essentiellement lié au travail donc il faudrait un impôt sur le capital pour empêcher les concentrations et financer le revenu d'existence. Cela permettra de transformer complètement notre rapport à la société, et, à ce moment là, on n'aurait plus ce décrochage de toutes ces parties de la population avec d'un côté les chômeurs, et de l'autre, les gens qui travaillent. 

Vous proposez, par exemple, la mise en place de l'allocation universelle...

La mise en place de l'allocation universelle de haut niveau qui permet à tout le monde de participer. Cela ne veut pas dire que les gens ne seront pas actifs, mais plutôt qu'on sera dans une logique de pleine activité où on n'aurait plus vraiment besoin de contrat de travail si on a un haut niveau de revenu d'existence. De nouveaux rapports s'établiraient entre les patrons et les employés, et les individus pourraient recomposer leur activité à un autre niveau sans être bloqués par cette nécessite d'avoir absolument un contrat de travail.

Cela changerait tout dans la société, cela rendrait beaucoup plus désirable d'exister, d'être actif avec tous les revenus complémentaires possibles qui pourraient exister. Ce serait ce qui a été décrit par certains économistes comme la pleine activité. Mais cela ne peut pas fonctionner si on n'a pas en même temps une transformation fiscale, et une transformation de notre rapport au social. Aujourd'hui, tout est fondé sur le travail, même le social est lié au travail. Mais comme il y a de moins en moins de travail, il y a de moins en moins de contributeurs, mais de plus en plus de demandeurs. Du coup, le système s'effondre. Il faut sortir de cette logique négative de la faillite alors que sur le fond, on produit de plus en plus grâce aux machines, la productivité s'accroît sans nécessite du travail. En réalité, c'est un bien, mais comme on ne sait pas le gérer, c'est une catastrophe. Donc il faut tout changer, c'est ça que je propose. 

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