Pour défendre sa position sur les armes, Ben Carson dérape sur Hitler

Ben Carson est candidat à l'investiture républicaine, au même titre par exemple que Donald Trump, Ted Cruz ou Rand Paul. Et au même titre que ses concurrents précités, Ben Carson est un avocat intangible de la défense du Second amendement américain, celui qui consacre le droit des citoyens américains à posséder des armes.

Il connaît actuellement une dynamique très positive, tant au niveau des sondages (qui le placent deuxième derrière Donald Trump dans la course à l’investiture) que des récoltes de fonds. Dans son enthousiasme de la défense du droit à détenir des armes et de la dénonciation de toute tentative d’encadrer ce droit un peu plus strictement, il a cependant peut-être commis un faux pas qui risque de mettre fin à cette ascension en cours.

"Hitler n'aurait pas été capable d’atteindre ses objectifs si les gens avaient eu des armes"

Il a en effet tenu des propos qui ne sont pas seulement aberrants pour tout qui connaît ne fût-ce que très superficiellement l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, mais également potentiellement très insultants pour les millions de victimes du nazisme.

Le seul candidat noir de la primaire républicaine, un fervent chrétien conservateur, soutient dans un ouvrage que si les citoyens allemands victimes du nazisme, dans leur immense majorité des Juifs, avaient été armés dans les années trente et quarante, ils auraient pu résister à Hitler.

Appelé sur CNN à clarifier son point de vue, Ben Carson a très sérieusement répondu : "Je pense que la probabilité que Hitler soit capable d’atteindre ses objectifs aurait été grandement diminuée si les gens avaient eu des armes… Je vous dis qu’il y a une raison pour laquelle la première chose que font les dictateurs est de prendre les armes aux gens". Citant le penseur américain du 19ème siècle Noah Webster, Ben Carson avance que l'Amérique ne pourra jamais connaître la tyrannie, "parce que les gens ont des armes".

Voir la vidéo ci-dessous à 4'29'' :

Face à Hitler, il y a avait bien des armes. Des armées entières, en fait

L’ancien neuro-chirurgien semble ignoré ou oublié que le Fürher du IIIème Reich a bel et bien rencontré des armes face à lui. Des armées entières. Comme souvent dans une guerre, a fortiori quand celle-ci a l’ampleur du conflit qui a déchiré l’Europe, une partie de l'Afrique et de l’Asie de 1939 à 1945. Et ces armées nationales n’ont elles-mêmes pas réellement été en mesure de contrecarrer "les objectifs" de la très puissante Wehrmacht et de ses alliés avant l'entrée en guerre des États-Unis et la fin du pacte germano-soviétique.

Il ignore ou oublie également que d'avancer qu'Adolf Hitler a "pris les armes aux gens" est une description très curieuse des faits. Ce dernier a très tôt décidé de massivement réarmer son pays, au point de disposer au moment du conflit de l’armée la plus puissante d’Europe.

Avant cela, il avait mis sur pied des milices armées fanatiquement dévouées à la cause nazie (les Schutzstaffel, plus connus sous le sigle S.S., créés dans les années 20 et les Sturmabteilung, les S.A.).

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