Meurtres, actes racistes et violents: les États-Unis face à la montée de l'islamophobie

Les Etats-Unis face à l'islamophobie, comme après les attentats du 11 septembre 2001
Les Etats-Unis face à l'islamophobie, comme après les attentats du 11 septembre 2001 - © DON EMMERT - AFP

Le meurtre d’un jeune Américain d’origine libanaise à Tulsa vendredi, et celui d’un imam et de son assistant quelques heures plus tard à New York ont un point commun : l’origine étrangère et musulmane ou supposée telle des victimes.

Les enquêtes dans l’un et l’autre cas ne sont pas encore bouclées. Mais ces faits tragiques surviennent coup sur coup, et dans une ambiance délétère, émaillée par des manifestations anti-racistes et des déclarations publiques de plus en plus islamophobes. Faut-il y voir l’expression d’une société en proie à une augmentation du racisme et de l’islamophobie ?

Pour l’historien Francois Durpaire, ces faits mettent en tous cas la lumière sur une réelle poussée de l’islamophobie aux États-Unis aujourd’hui : "Dans une récente enquête d’opinion, plus de 50% des Américains reconnaissaient avoir une image négative de l’islam", souligne-t-il.

Mais ce n’est pas la première fois que les États-Unis sont secoués par ce genre d’attaques qui vont jusqu’au meurtre ou à l’assassinat, et sont qualifiés de hate crimes dans le jargon judiciaire. "Quand on fait l’histoire de l’islamophobie américaine, on constate qu’elle se développe surtout après les attentats du 11 septembre 2001, précise l’historien et spécialiste de la diversité aux États-Unis. On avait alors constaté une multiplication d’actes qui vont du refus par des magasins de servir une femme parce qu’elle porte un voile, jusqu’à la tentative de meurtre parce qu’une personne est de religion musulmane." On se souviendra notamment du lancement de bombes à l’acide dans une école islamique de l’Illinois en 2012, ou de l’attaque à coups de couteau d’un taximan à New York en 2010.

12 actes islamophobes par mois

Les États-Unis seraient-ils à nouveau confrontés à une augmentation de ce genre d’actes haineux ? François Durpaire en est persuadé : "Lors des dernières années l’islamophobie avait tendance à baisser. Or, on constate, au cours des derniers mois, une nouvelle poussée de l’islamophobie". L’historien se base sur une étude menée par l’université de Californie, qui analyse des chiffres du FBI. Cette étude montre qu’un peu plus de 12 crimes qualifiés d’islamophobes ont lieu tous les mois aux États-Unis. "C’est évidemment considérable."

Le contexte politique américain est un élément qui explique cette nouvelle montée de l’islamophobie. Les discours à connotation raciste du candidat républicain Donald Trump favoriseraient l’expression raciste et anti-musulmane. Le candidat avait par exemple affirmé que s’il était élu, il ne serait pas opposé à ce que chaque musulman soit testé sur les valeurs dont il se réclame. Il avait aussi affirmé vouloir interdire l’entrée sur le territoire américain à toute personne de confession musulmane.

François Durpaire souligne aussi l’influence du contexte international, avec les "faits d’armes" du groupe terroriste État islamique en Syrie et en Irak, mais aussi les attentats qui ont eu lieu tant en Europe, que sur le sol américain. L’attaque d’une discothèque d’Orlando il y a quelques mois, dans laquelle 49 personnes sont décédées, a profondément marqué les esprits aux États-Unis.

Une liberté d'expression très américaine

En même temps, précise l'historien, "les discours qui peuvent être qualifiés d’islamophobes de la part de dirigeants politiques importants, notamment au sein du parti républicain, mais également de gens qui sont hors de la classe politique, sont des signes d'expression qu’on ne connaîtrait pas dans nos sociétés modernes, puisqu’il faut rappeler qu’aux États-Unis le premier amendement à la constitution américaine reconnait la liberté de tout dire de tout exprimer, y compris la peur la haine, le racisme".

Le pasteur Terry Jones avait, par exemple, suscité la polémique en 2010 en appelant ses concitoyens à brûler le Coran tous les 11 septembre. Il s'est rétracté peu après, mais ce n'est pas parce qu'il aurait été accusé par la justice d'incitation à la haine, ni d'aucun autre délit. "Ça parait évidemment très exotique pour nos sociétés européennes. S'il est évidemment interdit de commettre un crime, exprimer sa réprobation, même de manière raciste ou violente, est défendu par la constitution américaine. Il n'est pas illégal aux États-Unis de brûler le Coran, comme il n’est pas illégal de brûler le drapeau américain."

Une constatation qui peut être relativisée? Après le meurtre du jeune Khalid Jabara il y a trois jours, le hashtag #khalidjabara se classait en tête des citations sur Twitter (voir ci-dessus). Pour François Durpaire, "si on regarde de près les sondages qui mesurent l’islamophobie, on constate que les Américains ont une mauvaise image de l’islam, mais, en même temps, quand on leur pose la question : 'Connaissez-vous des musulmans et avez-vous de bonnes ou de mauvaises relations avec eux ?', on a au contraire un sondage qui s’inverse".

"Une majorité d'entre eux disent 'Oui, nous connaissons une famille musulmane ou des amis musulmans dans notre travail, et nous avons de bonnes relations avec eux'. Il y a donc une différence entre la perception que les Américains ont de l’islam et la perception qu’ils ont des musulmans. C’est quelque chose qui permet de relativiser cette poussée de l’islamophobie."

@wafayoumi

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