Le parti de la boucle temporelle

Désormais tous ceux qui suivent la politique ont entendu parler de la performance de logiciel qui bugge de Marco Rubio lors du débat républicain de samedi. (Je dirais une performance digne d’un disque rayé mais cela trahirait mon âge). Non seulement il a répondu à un défi de Chris Christie à propos de son manque de résultats en répétant, mot pour mot, la même phrase issue de son discours de campagne qu’il avait utilisée quelques minutes auparavant mais lorsque Christie s’est moqué de son discours tout prêt, il a une nouvelle fois répété la même phrase.

En ce qui concerne d’autres nouvelles, la semaine dernière – le jour de la marmotte pour être précis ­ les républicains de la Chambre des représentants ont tenté de faire passer une motion pour abroger l’Obamacare, alors que tout le monde savait que c’était purement symbolique et sans l’ombre d’un contenu. C’était leur 63ème tentative.

Ces deux histoires sont liées.

L’incapacité de Rubio à faire quoi que ce soit à part répéter des choses toutes prêtes fut très frappante. Pire encore, ce fut drôle, ce qui signifie que c’est devenu viral. Et cela n’a fait que renforcer l’histoire selon laquelle il n’est rien qu’un costume vide. Mais vraiment, est-ce que ce n’est pas le cas de tout le monde dans son parti, peut-être de façon un peu moins évidente ?

La vérité c’est que le GOP tout entier semble être coincé dans une boucle temporelle, disant et faisant les mêmes choses encore et encore. Et à l’inverse de Bill Murray dans le film "Un jour sans fin", les républicains ne donnent pas du tout l’impression de tirer des leçons de leurs erreurs.

Pensons aux doctrines que chaque homme politique républicain actuel doit soutenir sous peine d’être excommunié.

Tout d’abord il y a cette dénonciation rituelle de l’Obamacare considéré comme une loi terrible, vraiment néfaste, rien de bon et tueuse d’emploi. Je vous ai dit qu’elle détruisait des emplois ? Étrange à dire mais cette phrase n’a pas changé du tout en dépit du fait que nous avons créé 5,7 millions d’emplois dans le secteur privé depuis janvier 2014, qui est la date à laquelle l’Affordable Care Act est pleinement entré en vigueur.

Puis il y a cette assomption selon laquelle taxer les riches a des effets terribles sur la croissance économique et à l’inverse que des coupes d’impôts pour les plus riches sont là pour produire un miracle économique.

Cette doctrine a été testée il y a plus de vingt ans lorsque Bill Clinton a relevé les taux d’impôts pour les hauts revenus ; les républicains ont prédit un désastre mais ce qu’on a obtenu fut la meilleure période économique depuis les années 1960. Elle fut testée à nouveau lorsque George W. Bush instaura des crédits d’impôts pour les gens aisés ; les républicains avaient prédit un "boum Bush" mais ils ont plutôt obtenu quelque chose de terne suivi de la pire crise depuis la Grande Dépression. Et elle fut testée une troisième fois après la réélection du Président Barack Obama et que les taux d’imposition au haut de la pyramide furent relevés de façon significative ; depuis nous avons créé 8 millions d’emplois dans le secteur privé.

Ah et il y a aussi l’échec spectaculaire de l‘expérience du Kansas, là où de gigantesques crédits d’impôts ont créé une crise budgétaire sans amener la moindre trace du miracle économique promis.

Mais la foi des républicains dans le fait de réduire les impôts et que cela devienne un élixir économique universel n’a fait qu’augmenter, notamment avec Rubio, qui va même plus loin que ce que promettent les autres candidats en promettant d’éliminer tous les impôts sur les gains de capitaux.

Pendant ce temps, la position requise par le GOP en termes de politique étrangère est celle d’une confiance totale en l’efficacité de la force militaire. Comment cela s’est-il passé en Irak ? Peu importe : la seule raison pour laquelle personne dans le monde ne fait exactement ce que souhaite l’Amérique doit être parce que ceux qui nous dirigent n’ont rien dans le ventre quand ils ne sont pas proches de la trahison. Et peu importe le succès de la diplomatie, elle est dénoncée comme de l’apaisement.

Ce n’est pas fortuit si la position partagée chez les républicains en termes de politique étrangère est en gros la même que celle que Richard Hofstadter a décrite de façon célèbre dans son essai intitulé "Le style paranoïaque dans la politique américaine" : dès que l’Amérique n’arrive pas à imposer sa volonté au reste du monde, cela doit être parce qu’elle a été trahie. Le cercle de John Birch a gagné la guerre pour l’âme du parti.

Mais est-ce que tous les politiciens ne débitent-ils pas des réponses toutes prêtes qui n’ont que peu de rapport avec la réalité ? Non.

Que l’on aime Hillary Clinton ou non, c’est une véritable experte en politique, qui a la tête sur les épaules et qui sait clairement ce dont elle parle sur un grand nombre de sujet. Bernie Sanders est bien davantage le candidat d’un thème mais, au moins, le combat qui le caractérise - les inégalités grandissantes et les effets de l’argent sur la politique – est le reflet de préoccupations bien réelles. Lorsque l’on revoit des débats démocrates après ce qui s’est passé samedi, l’on n’a pas l’impression de regarder un autre parti, l’on a l’impression d’avoir intégré un univers intellectuel et politique différent.

Qu’est-il donc arrivé au GOP ? De manière directe, je crains que cela ne soit en grande partie lié à la "Foxification", la façon dont les électeurs de base des républicains vivent dans une bulle médiatique dans laquelle les faits un peu embarrassants ne peuvent entrer. Mais il doit y avoir des causes plus profondes derrière la création de cette bulle.

Cependant, quelle que soit la véritable raison, ce qu’il faut retenir c’est que même si Rubio s’est ridiculisé samedi, il n’était pas le seul sur scène à débiter des choses toutes prêtes qui sont déconnectées de la réalité. Ils l’ont tous fait, même si les autres candidats ont réussi à éviter de se répéter mot pour mot.

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