Donald Trump vu du Mexique: "Ce type est le nouvel Hitler!"

Ne plus permettre l'accès aux musulmans sur le territoire américain, déporter les personnes en situation illégale, sécuriser les frontières extérieures des USA, tout cela fait partie du programme sur lequel Donald Trump construit sa campagne électorale populiste.
Il a notamment l'ambition de construire un mur de séparation entre le Mexique et les États-Unis afin de mettre fin au trafics incessants de drogue et d’êtres humains qui rendent la zone frontalière extrêmement dangereuse.

Sur le terrain, dans la région, des crispations apparaissent.

"No trespassing": on ne passe pas! Le panneau est sans équivoque. Nous en sommes à quelques mètres seulement mais le mur qui sépare les États-Unis du Mexique est déjà bien réel au sud de la Californie.

Il y a des patrouilles de police partout. Elles surveillent toute la zone

Entre l’Américaine San Diego et Tijuana, la Mexicaine, la barrière est infranchissable. Sévèrement gardée par la police des frontières. Et pour les randonneurs américains qui adorent flâner dans les environs, c’est une bonne chose.

"Il y a une barrière là", explique cette cavalière en promenade. "On peut même aller jusqu’à la plage en longeant la frontière. Il y a des patrouilles de police partout. Elles surveillent toute la zone. Cette barrière est importante pour nous. Elle garde ceux qui ne sont pas les bienvenus de l’autre côté et nous maintient en sécurité".

Cet autre couple en ballade partage l'ambition de Donald Trump de renforcer tout au long de la frontière le mur entre les deux pays. Lui est un ancien G.I. : "Je ne suis pas certain du coût total que représenterait cette construction et combien de taxes en plus nous devrions payer pour cela. Mais si cela peut se faire à un prix raisonnable. Je suis définitivement pour".

Trump est un nazi, ne votez pas pour lui!

Pour passer au Mexique depuis les États-Unis, il ne faut pas longtemps. L’affaire est faite en quelques minutes à peine.

De l’autre côté, cette frontière de ferrailles a été peinte avec des couleurs vives et des mots d’espoir. La perception de ce mur de séparation des Amériques est très différente côté mexicain. Le long des grilles cet homme est plutôt déçu : "en tant que Mexicain, je n’en pense rien de bon. Il y a tant de Mexicains qui aimeraient simplement aller travailler là-bas et les Américains eux ne pensent qu’à se protéger". 

Quant à Donald Trump, il n’a pas du tout la cote au Mexique. Sur les marchés on trouve désormais des piñatas à son effigie. Ces poupées de papier mâché farcies de fruits et de bonbons que les enfants reçoivent pour leur anniversaire. "Celles-ci sont plutôt faites pour les adultes", nous explique le vendeur, un sourire au coin des lèvres. "Ce sont les adultes qui ont vraiment envie de lui taper dessus".

Et de fait, les adultes prennent un malin plaisir à se défouler sur les piñatas Trump. Au nez et à la barbe des patrouilles des frontières de l’autre côté du mur… Ceux-ci ont accroché la piñata sur la plage de Tijuana. A coups de bâton, ils vont éventrer le démon, pour faire tomber les bonbons.

"Nous frappons la piñata pour chasser le mauvais esprit. C’est pour cela que nous le frappons. C'est avant tout symbolique".

Un autre homme embraye bien moins poétique: "Ce type est un dingue, un lunatique, un raciste, un nazi ne votez pas pour lui ! S’il est élu nous aurons un nouvel Hitler. Il va déclencher une guerre"

Des milices privées proches de l'extrême droite

Des deux côtés de la frontière, le ressentiment va croissant. Il faut dire qu’à ce stade les vexations, les contrôles, le durcissement des conditions d’entrée s’intensifient: il faut compter 3 heures d’embouteillages pour rentrer aux États-Unis depuis le Mexique.

Sécuriser 3500 km de frontière n’est évidemment une mince affaire. Elle n’est par endroit qu’une simple palissade sillonnant en plein désert et les patrouilles de police sont incapables d’être partout.

Du coup, de simples citoyens prétendent leur venir en aide. C’est le cas de Robert Crooks. Avec ses jumelles et son arme, il scrute la frontière sans relâche.

"Je cherche les migrants illégaux, les trafiquants de drogue, qui essaient de passer notre frontière. Pour entrer de manière illégale aux États-Unis. Et il y en énormément. C’est une invasion!".

Sous sa bannière étoilée, Robert n’y va pas par 4 chemins. Ses thèses racistes sont proches de l’extrême droite. Les étrangers, ils n’aiment pas ça d’où qu’ils viennent. Et son favori pour l’élection sera Donald Trump sans hésitation. Il a d'ailleurs planté son panneau sur le grillage qui marque la frontière.

"Cette palissade ici est juste une blague. Ils passent tous au travers comme si elle n’existait pas. Nous avons besoin d’un mur ! Donald Trump va rendre sa grandeur aux États-Unis. Il va mettre les Mexicains derrière ce mur ils en paieront la construction".

Il faut dire que la zone est bel et bien sous le feu des cartels de drogue mexicain. Peu commodes et ultra violents. Robert n’entend pas leur céder de terrain.

Le "Friendship park" lui aussi menacé de fermeture

A ce stade, les États-Unis concèdent seulement une petite enclave, ouverte quelques heures chaque weekend. Dans le "Friendship park", le parc de l’amitié, les familles séparées par le mur peuvent avoir un contact pour le moins limité, au travers du maillage extrêmement serré du grillage et sous l’œil vigilant de l'agent du "Border control".

Un homme, côté mexicain, nous souffle avoir ses fils et sa femme aux USA. Un autre, côté américain, vient tous les weekend depuis 15 ans pour voir ses proches déportés des États-Unis.

Mais ce qui ressemble surtout à un parloir à ciel ouvert est lui aussi menacé de fermeture définitive. Au profit d’un mur hermétique. Les ONG présentes dans le parc dénoncent. C'est le cas des "Border Angels", le directeur de cette ONG, Enrique Morones, est extrêmement préoccupé : "Tout le monde connait l'histoire du petit Aylan, cet enfant Syrien de trois ans, mort noyé sur une plage de la mer Méditerranée. Cela se passe ici tous les jours, mais personne ne parle jamais de ce mur-ci. Depuis sa construction, en 1994, 11 000 personnes sont mortes de soif dans le désert en risquant la traversée, ou noyées dans l'Océan Pacifique".

Si ce projet démesuré aboutissait d'ériger un grillage tout au long des 3500 km de frontières entre le Mexique et les États-Unis, ce mur deviendrait la plus grande construction de l'histoire de l'Humanité depuis la grande muraille de Chine.

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