Présidentielle américaine 2020 : pourquoi les sondages ne se sont pas (tellement) trompés

Trump-Biden : les sondages se sont-ils trompés ? Pas tellement…
Trump-Biden : les sondages se sont-ils trompés ? Pas tellement… - © Tous droits réservés

Joe Biden devait remporter l’élection présidentielle américaine confortablement. C’est en tout cas ce qu’annonçaient les sondages. Le site spécialisé en journalisme de données FiveThirtyEight agrège tous les sondages américains d’avant élections. Verdict : Joe Biden gagnant avec 51,8% et Donald Trump perdant avec 43,4%. Pourtant, ça se joue finalement dans un mouchoir de poche. Conclusion de Donald Trump sur Twitter le jour des élections : "Les sondeurs se sont complètement et historiquement plantés". Alors, rebelote, les sondages, comme en 2016, se sont-ils trompés ? En fait, pas tellement. On vous explique pourquoi.

  • Parce que les "Etats-pivots" sont, par définition, dans la marge d’erreur

Outre les "swing states" habituels, les Etats qui ont été annoncés comme très indécis cette année par les sondages l’ont été : le Michigan, le Wisconsin, la Pennsylvanie… En vertu du système américain "winner takes it all", le gagnant dans un Etat remporte tous ses électeurs même si le vote est très disputé. Quand cela se joue à quelques milliers de voix, les sondages sont bien en peine de prédire les résultats. Or, qu’ils basculent d’un côté ou d’un autre avec tous les grands électeurs de l’Etat concernés, ça aura un impact significatif sur le résultat final.

Pour pousser le raisonnement à l’extrême, si un sondage prévoit un résultat de 50,1% pour un candidat et 49,9% pour un autre avec une marge d’erreur de 1%, on retiendra que le sondage annonce le premier candidat gagnant. En réalité, les résultats se trouvent dans la marge d’erreur, un candidat pourrait aussi bien l’emporter que l’autre. Quand cela se passe dans des Etats avec 15 ou 20 grands électeurs, qu’il bascule d’un côté ou l’autre, ça bouscule vite les prévisions au niveau national et le résultat final.


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Emilie van Haute, présidente du département des sciences politiques à l’ULB, comparait d’ailleurs les résultats avec les sondages dans l’émission CQFD, sur La Première : "Les Etats donnés comme acquis à l’un ou l’autre candidat l’ont bien été, et les états-balances se sont révélés effectivement être en balance. En fait, il n’y a pas eu de surprise. La Floride par exemple, on la donnait à 50,8% pour Biden et 48,8% pour Trump, c’est dans la marge d’erreur. Si on les appelle les "swing states", c’est précisément parce qu’ils sont dans la marge d’erreur. Et il y en a une série, des Etats où on est à 49-49 dans les sondages, où ça se joue à quelques centaines de voix".

  • Parce que les sondages sont mal utilisés ou interprétés

Il ne faut donc pas négliger la marge d’erreur pour bien comprendre ces sondages et les utiliser pour ce qu’ils sont. "On peut bien plus se tromper dans la manière dont on comprend ou présente un sondage que dans le sondage lui-même", note Emilie Van Haute.

A cet égard, les médias et les journalistes ont une grande responsabilité : "Les journalistes n’ont de cesse de parler tous les jours des sondages, regrette François Hendrickx, professeur de communication politique à l’ULB. On leur donne une importance extraordinaire et on finit par commenter les sondages plus que les programmes des candidats. A force de se focaliser là-dessus, on prend le risque d’un accident. C’est une belle leçon, pas seulement pour les instituts de sondage mais aussi pour les journalistes".

Et puis, les élections sont un exercice particulier pour les sondeurs. C’est le seul pour lequel on peut confronter leurs résultats avec les résultats réels. "Prenez n’importe quel sondage d’opinion sur quelque question que ce soit ou une étude marketing, vous ne pourrez jamais contester les résultats. Ici, le moindre décalage remet en cause leur crédibilité", remarque François Hendrickx.

  • Parce que le "vote caché" pour Trump est difficile à appréhender

C’était la grande erreur des sondages en 2016, ils avaient complètement sous-estimé les votes trumpistes. C’est de nouveau le cas, pourtant, cette année explique à l’AFP Christopher Wlezien de l’University of Texas : "cette fois il semble que les sondages nationaux ont sous-évalué le score de Trump tout comme les sondages dans les Etats. L’erreur est assez systématique et ne peut s’expliquer uniquement par la marge d’erreur".

Parmi les possibles explications, Christopher Wlezien mentionne la possibilité que des électeurs de Donald Trump aient refusé de répondre aux sondeurs, ou que les indécis se soient prononcés in extremis pour le président sortant. A cet égard, Régis Dandoy, chercheur à l’UCLouvain, expliquait dans un précédent article sur la question que "non seulement, l’électorat de Trump est effectivement plus difficilement accessible – un électorat blanc, rural et avec un niveau d’éducation moins élevé – mais qu’en plus les électeurs de Donald Trump ont eu peur [en 2016] d’indiquer leurs intentions de vote aux sondeurs. Lorsque l’intention est de voter pour un extrême, on dit en général moins souvent la vérité. Certains électeurs ont donc menti".

Malgré ça, les sondeurs en crise

"L’industrie du sondage est en crise" nuance quand même François Hendrickx. En 2016, aucun institut n’avait vu venir Donald Trump. C’est énorme erreur a laissé des traces, a écorné leur crédibilité. "Tout ce secteur a fait un gros travail pour essayer de comprendre ce qui n’avait pas fonctionné et tenter de corriger le tir cette fois-ci".


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Cette crise dont le secteur n’est pas encore remis provient aussi des techniques en pleine évolution : "pendant si longtemps, les sondages se faisaient en face-à-face, en allant frapper chez les gens ou par téléphone, rappelle le chercheur. Aujourd’hui cela se fait en partie sur internet ou sur les téléphones portables mais ce n’est pas légal partout t donc la constitution des échantillons devient très problématique, particulièrement sur un comportement de vote qui est très difficile à sonder".

Ces difficultés d’échantillonnage, de ne pas interroger des groupes de personnes suffisamment représentatives de l’ensemble de la population d’électeur, pourraient aussi expliquer cette sous-représentation systématique des électeurs de Donald Trump dans les sondages préélectoraux.

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