Etats-Unis : peut-on dire que Donald Trump a fait des choses bien au cours de son mandat ?

Etats-Unis : peut-on dire que Donald Trump a fait des choses bien au cours de son mandat ?
Etats-Unis : peut-on dire que Donald Trump a fait des choses bien au cours de son mandat ? - © KEREM YUCEL - AFP

Le mandat de Donald Trump à la Maison Blanche se termine. Ces quatre années auront été marquées par des prises de décisions souvent attaquées, critiquées ou moquées aux Etats-Unis et dans le reste du monde.

Peut-on pour autant dire que Donald Trump a fait des choses bien en tant que président des Etats-Unis ? Le sujet était évoqué dans la séquence "Le Parti pris" ce mercredi matin sur La Première. Mais aucun des intervenants ne s’est risqué à pointer des choses positives dans les choix politiques du milliardaire.

La question est complexe et en amène d’autres : qu’est-ce qu’on peut qualifier de "bonne action" ? En fonction de quel point de vue ? Une action qui bénéficie à ses électeurs avant tout ? A toute la population des Etats-Unis ? Au monde entier ?

Sans oublier que ce qui pourrait être qualifié de décision positive pourrait être taxé d’opportunisme, de calcul politique… ou être contrebalancé par une autre décision bien plus dommageable.

Sur internet, des listes d’"accomplishments" de Donald Trump circulent. Le site internet de la Maison Blanche proposait même en 2018 un compte rendu des réussites du président des Etats-Unis. Sur fond de musique triomphale, le candidat assure que "le meilleur est à venir". De nombreux outils sur la toile permettent de vérifier la véracité de ces affirmations.

Salaire, santé, anciens combattants… nous avons malgré tout sélectionné quelques mesures qui pourraient sembler positives dans l’action du président américain. Tout en les remettant dans le contexte de la politique qu’il a menée au cours de ses quatre dernières années.

Ne pas toucher son salaire de président

La promesse date de 2015 : Donald Trump jurait qu’il ne toucherait pas son salaire de président. Cette rémunération s’élève, selon la Constitution, à 400.000 dollars bruts par an. Comme l’explique le site internet politifact.com, cette même Constitution ne permet pas au chef de l’Etat de renoncer à son salaire.

C’est pourquoi l’homme d’affaires en fait don, depuis 2017, à différents départements fédéraux. En 2020, il a versé de l’argent au département de la Santé et des Services sociaux. Son souhait : que ses dons servent à la lutte contre les opioïdes et contre le Covid-19.

Un geste à mettre en regard de cette information dévoilée par le New York Times fin septembre dernier : Donald Trump n’a payé que 750 dollars d’impôts fédéraux l’année de son élection.

Vouloir lutter contre le VIH aux Etats-Unis

C’était l’un des grands projets de Donald Trump : mettre fin à l’Obamacare, la réforme du système de santé voulue par son prédécesseur. Le président des Etats-Unis n’y est pas parvenu au cours de son mandat. Dernier épisode en date : une demande devant la cour suprême d’abroger le texte.

Dans le même temps, Donald Trump a mis en avant des questions de santé publique. Dans son discours sur l’état de l’Union de 2019, il déclarait : "Ces dernières années, nous avons fait de remarquables progrès dans la lutte contre le VIH et le SIDA. Les découvertes scientifiques ont mis à portée de main un rêve autrefois lointain. Mon budget demandera aux démocrates et aux républicains de prendre l’engagement nécessaire pour éliminer l’épidémie de VIH aux États-Unis dans les dix ans à venir. Ensemble, nous vaincrons le sida en Amérique."

Pour y parvenir, il mettait aussi sur la table un budget de 291 millions de dollars. Un budget bien en dessous de ce qui serait nécessaire pour éradiquer la maladie, selon des calculs effectués par le New York Times.

Fin décembre, la société pharmaceutique Gilead annonçait que quelque 200.000 patients bénéficieraient gratuitement chaque année (et pendant 11 ans) de la PrEP, le traitement préventif contre le VIH. Mais l’opération concerne uniquement le médicament, pas les frais de visites médicales ou de testing.

Se féliciter d'une baisse historique du chômage

Le chômage à un plus bas historique, des millions d’emplois créés depuis l’élection de Donald Trump… C’était vrai jusqu’à ce que l’épidémie de Covid-19 débarque sur le sol américain. Cette embellie (avant la chute) sur le front de l’emploi est-elle uniquement le résultat de l’action de Donald Trump ?

"Les performances économiques qu’on observe aujourd’hui aux États-Unis, ne sont pas uniquement le fait de la politique économique de Donald Trump, c’est aussi celle de son prédécesseur, c’est aussi celle de la Banque centrale américaine. La croissance américaine a redémarré dès le début de l’année 2009. Finalement, on a à peu près 10 années de cycles économiques favorables et de croissance positives", analyse Christophe Blot, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et professeur associé à l’université Paris Nanterre, interrogé par France Culture.

Les prochains mois s’annoncent compliqués pour les Etats-Unis et pour de nombreux autres pays qui ont pris des mesures - parfois dan l'urgence - contre le virus. De quoi creuser le fossé entre les Américains les plus riches et les plus pauvres. Si Donald Trump s'est félicité des bons résultats collectés lors de son mandat, assumera-t-il aussi les conséquences de la crise sanitaire en cas de réélection ?


►►► À lire aussi : La fracture entre les 20% d’Américains aux revenus les plus élevés… Et tous les autres


 

Venir en aide aux vétérans de l’armée américaine

Stress post-traumatique, anxiété, chômage… le retour à la vie civile n’est pas toujours facile pour les anciens combattants. D’autant que l’administration fédérale n’a pas toujours mis ce dossier dans les priorités. En 2018, le président des Etats-Unis a signé un "executive order" demandant une meilleure coordination des différents services de l’Etat pour offrir un soutien psychologique aux militaires retournés à la vie civile. Le Washington Post souligne cependant que Donald Trump n'a fait que reprendre à son compte des décisions prises par Barack Obama.

Donald Trump a aussi créé la "White House VA hotline", une ligne téléphonique pour venir en aide aux vétérans. Le projet figurait dans ses promesses de campagne. En 2016, dans son style tout personnel, le candidat déclarait même : "Je demanderai à mon équipe que, si un problème n’est pas réglé, on me le soumette. Je décrocherai le téléphone et je réglerai les choses moi-même si c’est nécessaire."

Un article du Washington Post notait cependant en 2018 que "pour l’instant [ceux qui règlent les problèmes ressemblent à] Mary, une veuve de 44 ans aux cheveux blonds, une croix autour du cou et de longs ongles bleus qui claquent sur le clavier de son ordinateur". Champ d’action limité, capacité à résoudre les problèmes en dessous des attentes… Le quotidien dresse un portrait mitigé de ce call center où travaillent des vétérans ou des proches de vétéran.

Ordonner de construire rapidement des respirateurs artificiels

Par ses paroles, par ses actes, Donald Trump s’est attiré les critiques concernant sa gestion du coronavirus sur le sol américain. La Maison Blanche se félicite pourtant d’avoir rapidement fourni aux hôpitaux des respirateurs pour soigner les malades.

"La success story, c’est que l’administration a mobilisé des efforts les plus importants depuis la Seconde Guerre mondiale. Nous avons fourni quelque chose comme 4000 respirateurs à New York", a déclaré Kayleigh McEnany, la porte-parole de la Maison Blanche citée par la BBC. Selon elle, "pas un seul Américain n’est mort dans ce pays à cause d’une pénurie de respirateurs".

Fin mars, le président des Etats-Unis invoquait en effet une loi remontant à la guerre de Corée pour contraindre General Motors (GM) à produire des respirateurs artificiels pour faire face au coronavirus. "GM perdait du temps. Cette décision permettra d’assurer une production rapide de respirateurs artificiels qui sauveront des vies américaines", avait alors déclaré Donald Trump.

Ce qui pouvait passer pour un acte fort s’est cependant dégonflé dans les semaines qui ont suivi. La BBC note en effet qu'"en fin de compte, la pénurie de respirateurs ne s’est pas matérialisée. Les Etats qui n’en avaient pas besoin ont partagé leurs stocks, la demande a baissé et les professionnels des soins de santé ont changé d’avis sur l’intérêt de ces machines étant donné le faible taux de survie des patients qui en bénéficiaient".

Du point de vue de Donald Trump, c’est évidemment une réussite. Le 25 avril dernier, il écrivait sur Twitter que les Etats-Unis étaient désormais le pays "roi des respirateurs".


►►► À lire aussi : Les respirateurs, ces appareils au centre de la lutte contre la pandémie

►►► À lire aussi : Le New England Journal of Medicine prend position contre Donald Trump


 

Vidéo : paroles d'électeurs de Donald Trump à Miami (Texas)

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK