Elections américaines 2020 : les "swing states", quels sont ces Etats de l’incertitude qui pourraient faire basculer l’élection ?

L’élection présidentielle américaine a débuté ce mardi 3 novembre. Sur les 50 Etats du pays, environ 15 sont considérés comme des "swing states" ou autrement appelés des Etats pivots, voire les "battleground states", les Etats de la bataille. C’est dans ces Etats que règne la plus grande incertitude. C’est dans ces Etats que l’élection présidentielle va se jouer.

Qu’est-ce que les "swing states" ?

Les "swing states" sont les Etats où les intentions de vote sont encore floues, ils pourraient basculer dans un camp comme dans l’autre, à la fois par tradition, par évolution démographique ou encore en raison de l’incertain taux de participation le jour J.


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Aux Etats-Unis, l’élection présidentielle est en fait "décentralisée", explique François Heinderyckx, professeur en communication politique à l’ULB. C’est-à-dire que chaque Etat organise son élection, avec ses règles d’enregistrement et de participation. Dans le système électoral américain, les citoyens votent dans leurs Etats respectifs pour un candidat, ce qui détermine un Collège d’électeurs, ce sont les grands électeurs. Chaque Etat a un nombre de grands électeurs impartis, proportionnellement à sa population.

Vient avec cela, le principe du "winner takes all", le gagnant prend tout. Ainsi, si un candidat remporte l’élection, il remporte l’ensemble des grands électeurs de l’Etat. Il y a en tout 538 grands électeurs, le gagnant doit en remporter 270.

Donc qu’importe qu’un candidat remporte l’élection dans un Etat avec 95% des suffrages ou 50,1% du moment qu’il gagne, il remporte l’intégralité des grands électeurs (sauf pour les Etats du Maine et du Nebraska, où les règles diffèrent).

L’impact sur la campagne et le résultat

Mais dans la grande majorité des Etats, les intentions de vote sont déjà clairement définies. C’est le cas par exemple de la Californie avec ses 55 grands électeurs où les citoyens votent généralement en faveur du candidat démocrate. A l’inverse l’Oklahoma est en général un bastion républicain.

Ainsi, les campagnes des candidats auront tendance à s’attarder un peu moins sur les Etats considérés comme "acquis" et davantage sur ceux qui pourraient faire la différence ou susceptibles de créer la surprise : les "swing states".


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Mais les "swing states" ne sont pas nécessairement une liste figée dans le marbre, comme un bon itinéraire de campagne. Chaque élection vient avec son lot de surprises. En 2016 par exemple, le Michigan n’était pas considéré comme un "swing state", il est était considéré comme acquis aux démocrates. Et c’est pourtant Donald Trump qui l’a remporté avec une très courte avance d’à peine 20.000 voix. Mais comme il y a ce principe du "winner takes all", il y a remporté les 16 grands électeurs. Et c’est d’ailleurs cette surprise de la précédente élection qui classe désormais le Michigan dans les "swing states".

Selon le Cook of political report, qui fait référence en la matière, "pour que Trump puisse remporter cette élection il doit remporter tous les Etats les plus indécis, les "tossup", plus le 2e district du Maine* et le Texas (désormais ajouté dans les swing states) ainsi que deux Etats qui penchent en faveur des démocrates", comme un des Etats de la "ceinture de rouille"(Michigan, Pennsylvanie ou Wisconsin).

Les swing states et plusieurs raisons de l’être

Ces "swing states" sont des enjeux clés pour les deux candidats, et ce sont eux qui déterminent les stratégies de campagne de Donald Trump et de Joe Biden. En effet, pourquoi Donald Trump se rendrait-il en Californie, déjà acquis aux démocrates ? A l’inverse, alors que le Texas pourrait bien vaciller côté démocrate, Joe Biden pourrait avoir un intérêt à aller tenter de conquérir ce bastion traditionnellement républicain.

Entre évolution démographique, situation économique, population rurale ou urbaine… Conquérir un Etat revêt d’un savant calcul politique : entre prise de risque et économie des efforts inutiles.

Les plus indécis : les "tossup"

Les "tossup" sont les Etats les plus "indécis", qui ne penchent ni d’un côté, ni de l’autre. Ils le sont pour différentes raisons.

  • La Floride : la Floride c’est tout de même 29 grands électeurs à remporter pour les candidats. Mais c’est un Etat où les électeurs ne sont pas constants dans leurs votes. Ils avaient plébiscité Georges W. Bush en 2001, puis en 2005, avant de soutenir les deux mandats d’Obama et enfin de porter Donald Trump au pouvoir. C’est un Etat pour le moins divisé et où la démographie y est en pleine évolution. En effet, Joe Biden et Donald Trump se disputent l’électorat hispanique de Floride. Et entre 2016 et 2020, l’ouragan Maria qui a ravagé Porto Rico a poussé des milliers d’habitants à rejoindre la Floride. De plus l’action de Donald Trump a la suite de cette catastrophe a été vivement critiquée. Cet état a été déterminant au cours des trois dernières élections. Pour l’heure, selon le Cook Political Report, centre d’analyse non partisan qui fait référence, Joe Biden serait en avance avec une courte majorité de 5 points.
  • L’Ohio : 18 grands électeurs à prendre dans cet Etat qui a généralement tendance à voter républicain. Les Ohioains ont d’ailleurs voté pour Donald Trump en 2016. Selon le New York Times, "il faudra une mobilisation importante de l’électorat noir pour faire basculer cet Etat". Il représente 12,4% des électeurs. Trump est en avance de 2 points dans cet Etat. Pourtant Barack Obama l’avait emporté pour ses deux mandats.
  • La Géorgie : Ici c’est l’urbanisation de cet Etat à tendance républicaine qui pourrait bien faire pencher la balance. En effet, autour de la ville d’Atlanta, les quartiers résidentiels se sont particulièrement développés et la minorité afro-américaine y est importante, un électorat qui représente plus du tiers des électeurs. Pour l’heure, Joe Biden est en avance de 2 points dans cet Etat et s’y est rendu pour des meetings. Mais l’écart est mince. Et aucun démocrate ne l’a emporté depuis Bill Clinton. C’est un véritable "pari" de miser sur cet Etat, souligne Le Monde.
  • L’Iowa : Dans l’Iowa, les deux candidats à la maison blanche sont pour l’heure au coude-à-coude, selon les sondages. C’est un Etat rural, majoritairement blanc, où la classe moyenne blanche s’est beaucoup développée a permis au camp républicain de consolider une base solide. Donald Trump avait remporté cet Etat en 2016.
  • La Caroline du Nord : Dans cet Etat c’est le grand écart en raison des évolutions démographiques et géographiques. D’un côté, une population blanche, rurale et traditionnellement conservatrice, de l’autre une population urbaine, une forte minorité afro-américaine et une communauté étudiante importante. Pour l’heure Trump est en tête d’un point dans les sondages qui évoluent tous les jours. 15 grands électeurs sont à remporter dans cet Etat.

Les "nouveaux" swing states

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Joe Biden en meeting dans le Michigan © AFP

Trois Etats étaient donnés gagnants pour les démocrates en 2016. Et pourtant, c’est Donald Trump qui les avait remportés, de très peu et à la surprise générale. Il s’agit de la Pennsylvanie, du Michigan et du Wisconsin. Ces Etats de la "ceinture de la rouille" seront déterminants pour les élections. D’autant qu’ils sont tous des Etats avec un nombre important de grands électeurs.


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  • La Pennsylvanie : dans cet Etat, on vote pour les démocrates depuis 1992. Mais aux dernières élections, Donald Trump l’a emporté avec moins de 1 point d’avance. Mais l’Etat est aussi très divisé : d’un côté des grandes villes à tendance démocrate, comme la ville de Philadelphie. De l’autre, un Etat rural et des quartiers résidentiels majoritairement républicains. La population ouvrière, assez critique à l’égard du président en exercice aura aussi un rôle à jouer. Pour l’heure, selon le site qui recense la grande majorité des sondages FiveTheirthyEighty, Joe Biden est en avance de 6 points sur son rival.
  • Le Michigan : Le Michigan a été la grosse surprise en 2016. Environ 20.000 voix ont fait la différence donnant la victoire à Donald Trump. Or c’est un Etat qui vote traditionnellement assez largement pour les démocrates. Mais les choses pourraient rebasculer en faveur des démocrates. L’Etat est composé d’une importante communauté blanche, urbaine et diplômée et d’une importante minorité afro-américaine. Joe Biden possède une large avance de 13 points sur son adversaire.
  • Le Wisconsin : Là aussi, c’est un Etat où Donald Trump l’avait emporté de très peu en 2016. L’Etat vote pour le camp démocrate depuis 1988. Mais l’incertitude est encore présente pour cette élection, notamment du point de vue démographique. Selon le New York Times, "l’Etat se compose de deux énormes villes libérales, Milwaukee et Madison, le nord et l’ouest de l’Etat sont plutôt ruraux, et une communauté blanche vivant en quartiers résidentiels vit au milieu". Pour l’heure, Joe Biden semble partie pour faire tourner la vapeur, il est donné gagnant à 54%.

Les Etats républicains qui pourraient basculer

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L’électorat latino au Texas pourrait faire la différence. © AFP

En raison de l’évolution démographique, urbanistique ou politique, certains Etats, traditionnellement acquis aux Républicains, pourraient tomber dans les mains des démocrates.

  • Le Texas : Le candidat vainqueur dans cet Etat remportera 38 grands électeurs. Cet Etat du sud est traditionnellement donné aux républicains. Mais il pourrait éventuellement changer de camp. La raison ? Une évolution démographique importante avec la présence de plus en plus grande des minorités : afro-américaine, hispanique et asiatique. Pour l’heure, Donald Trump devance son rival de 4 points, selon FiveThirthyEight. "Les sondages au niveau de l’Etat et des districts montrent que Joe Biden est en bonne place dans les banlieues métropolitaines de l’Etat mais ne performe pas tant que ça auprès des électeurs hispaniques", analyse le Cook of the political report. Les hispaniques représentent, 22,4% des électeurs au Texas. De plus, malgré des règles assez dissuasives, le vote anticipé a eu un énorme succès puisque 51% des personnes enregistrées ont déjà voté. Un élément qui ajoute de l’incertitude à l’incertitude concernant cet Etat.

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  • L’Arizona : Là encore, il s’agit d’un bastion républicain pur jus. Aucun démocrate n’a remporté l’élection dans cet Etat depuis Bill Clinton en 1996. Même si, la victoire de Donald Trump n’a pas été si éclatante que ça en 2016, en comparaison de ses prédécesseurs républicains. En effet, il n’a remporté l’Etat qu’avec 4 points d’avance. Il y a 11 grands électeurs à prendre dans cet Etat. Là encore, la présence des minorités afro-américaine, des Amérindiens mais surtout de l’électorat latino pourrait changer la donne. FiftyEightThirty explique qu’en 2016, "Hilary Clinton y a remporté 80% du vote latino". Enfin le vote des classes moyennes dans les zones périurbaines, zones qui se développent, est incertain. Au regard des dernières élections l’écart entre les deux camps politiques tend à réduire à la faveur des démocrates. D’ailleurs, les derniers sondages donnent Biden gagnant à 52%.

Les Etats démocrates qui pourraient basculer

Certains Etats qui votent généralement pour les démocrates, pourraient, dans une moindre mesure, passer du côté républicain.

  • Le Minnesota : 10 grands électeurs à remporter dans cet Etat. C’est aussi dans cet Etat que George Floyd est décédé en mai dernier provoquant une vague mondiale de manifestation contre le racisme et les violences policières. Il y a quatre ans, Hilary Clinton remportait de très peu cet Etat, qui a pourtant pour tradition de voter démocrate. C’est qui le place dans les swing states. Bien que pour l’heure, Joe Biden y soit donné gagnant à 55% des suffrages, selon les sondages. Selon le New York Times, cet Etat est caractérisé par "des villes votant principalement pour les démocrates, des habitants de zones périurbaines plutôt modérés et une partie rurale votant de plus en plus à droite".
  • Le Nevada : Dans cet Etat, il y a 6 grands électeurs à remporter. Traditionnellement acquis aux démocrates, Donald Trump y a également des supporters. D’ailleurs, c’est l’un des Etats que le président a régulièrement visité. Dernière visite en date, le 26 octobre dernier. Selon Le Monde, Donald Trump espère tirer profit des mesures anti-covid qui ont été mises en place contraignant la fermeture des hôtels, restaurants et bars. En 2016, Hilary Clinton l’avait emporté mais avec l’un des plus mauvais scores depuis 2004. Pour l’heure, Joe Biden a une avance de 6 points sur son rival, selon les sondages.
  • Le New Hampshire : Ce petit Etat de la côte-est compte 4 grands électeurs à remporter. Il est qualifié par le New York Times comme étant l’un des Etats les plus "changeants". En 2016, Hilary Clinton l’a emporté de très peu (avec 0,4% des suffrages). Les derniers sondages montrent une percée importante de Joe Biden dans cet Etat, où il devancerait Donald Trump de 19 points, soit déjà 9 points de plus que la semaine précédente.

Des modes de scrutin différents

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Donald Trump s’est rendu cette semaine dans le Maine et dans le Nebraska. © AFP

Deux Etats ont un mode de scrutin différent du reste des Etats-Unis. Il s’agit de Maine et du Nebraska. En fait, dans ces Etats, le gagnant de l’Etat ne remporte pas tout. Comme l’explique le site 270towin, "ces deux Etats ont adopté une méthode du district lié à la carte électorale du Congré. Ils attribuent deux grands électeurs au vainqueur de l’Etat puis un électeur au gagnant de chaque district (il y en a 2 dans le Maine et 3 dans le Nebraska)".

Et à cet égard, particulièrement le Maine, pourrait compter parmi les "swing states".

  • Le Maine : Cet Etat est divisé en deux districts et compte 4 grands électeurs. Le Maine est normalement un bastion démocrate. Selon les règles électorales qui s’appliquent deux iront au gagnant de l’Etat et deux seront attribués en fonction du vote des deux districts. Ces deux districts sont fort différents, l’un est urbain, l’autre rural. Comme l’explique Le Monde, en 2016, Donald Trump l’avait remporté dans le 2e district alors que Hilary Clinton avait remporté les deux grands électeurs de l’Etat.
  • Le Nebraska : Pour cet Etat, comptez deux grands électeurs pour l’Etat et trois pour chaque district. C’est un bastion traditionnellement républicain. Mais un de ces cinq grands électeurs pourrait revenir à Joe Biden. Mais au moins les deux grands électeurs de l’Etat devraient revenir à Donald Trump, il est pour l’heure en avance de 7 points dans les sondages.

 

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