100 millions de votes anticipés pour la présidentielle américaine : un succès inédit qui risque de provoquer le chaos

Le scrutin qui oppose Donald Trump à Joe Biden ne ressemble à aucun autre. La personnalité clivante du président sortant et l’insécurité sanitaire provoquée par l’épidémie de Covid-19 ont poussé les Américains à voter massivement avant le jour officiel de l’élection. Cet engouement jamais vu pour le vote anticipé provoque une cascade de problèmes humains, techniques et légaux qui risquent de prolonger l’incertitude sur le nom du vainqueur après la fermeture des bureaux de vote.


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Selon un calcul de l’université de Floride, ils sont exactement 100.298.838 à avoir voté anticipativement, soit par correspondance (environ deux tiers des votes anticipés), soit en personne. La présidentielle de 2016 avait enregistré au total 139 millions de votes, dont 33 millions de votes par correspondance. La participation cette année s’annonce historiquement élevée.

Le dépouillement du vote postal sera déterminant

Les démocrates avaient appelé à voter par avance pour éviter le risque sanitaire d’une affluence dans les bureaux de vote. Les républicains sont plus enclins à se déplacer aux urnes le jour dit, même si Donald Trump lui-même a déjà voté en avance, mais en personne.

Le dépouillement du vote anticipé sera donc déterminant : il pourra faire changer le nom du vainqueur dans certains Etats clés. Chaque Etat organise le scrutin selon ses propres règles et attribue l’ensemble de ses grands électeurs au candidat qui l’a emporté. Pour être élu à la Maison-Blanche, un candidat doit obtenir au moins 270 des 538 grands électeurs. Et la course est restée serrée jusqu’au bout dans les Etats-pivots qui feront pencher la balance d’un côté ou de l’autre.

Donald Trump refuse d'attendre

Le président Donald Trump pourrait exploiter à son avantage le temps qu’il faudra avant d’obtenir des résultats fiables. Il met en doute la validité des votes par la poste, dont on sait qu’ils sont majoritairement démocrates. Le président sortant estime que seuls les résultats disponibles au soir de l’élection devraient être pris en compte. "Je ne crois pas que ce soit juste de devoir attendre pendant une longue période après l’élection", a-t-il lâché. Il a annoncé qu’il mobiliserait ses avocats dès la fermeture des bureaux de vote, tout en niant vouloir revendiquer la victoire dès mardi soir. Signe des craintes provoquées par ces incertitudes, des boutiques se sont barricadées ces dernières heures dans différentes villes dont Washington et New York.

Les votes anticipés effectués en personne sont comptés automatiquement et seront annoncés quelques heures, voire quelques minutes après la fermeture des bureaux de vote. En revanche, les bulletins par correspondance impliquent un laborieux travail de dépouillement et de vérifications qui prendra des jours, voire des semaines.

Certains Etats ne compteront que les bulletins reçus jusqu’au jour de l’élection. D’autres les accepteront jusqu’à 10 jours après la date du scrutin, s’ils ont été envoyés avant ou le 3 novembre. L’une des inconnues est la capacité de la poste américaine à gérer rapidement cet afflux de courrier. Il faudra parfois attendre que l’ensemble des enveloppes arrivent par la poste avant de commencer à dépouiller. Les procédures de vérification des signatures, d’ouverture des enveloppes et de comptages retarderont encore l’annonce d’un résultat définitif.

La bataille de Pennsylvanie

L’organisation du scrutin en Pennsylvanie fait en particulier l’objet d’une bataille acharnée. L’Etat natal du candidat démocrate Joe Biden avait été remporté d’un cheveu par Donald Trump il y a quatre ans. Les intentions de vote sont à nouveau favorables au candidat démocrate, mais avec une avance proche de la marge d’erreur. Cet Etat-pivot désigne 20 grands électeurs qui pourraient être déterminants. Il y a eu en Pennsylvanie 10 fois plus de votes anticipés cette année qu’en 2016. Le maire de Philadelphie a déjà appelé ses administrés à la patience et au calme dans l’attente de l’annonce du résultat qui prendra " facilement plusieurs jours ".

Pour Donald Trump, ce délai est intolérable. Il a attaqué la décision prise en Pennsylvanie de prendre en compte les bulletins arrivés par voie postale jusqu’à trois jours après la fermeture des bureaux de vote. Le président sortant a affirmé que cette procédure entraînerait une vaste fraude, sans expliquer comment.

Saisie par les républicains, la Cour suprême américaine ne s’est pas opposée à ce que les bulletins postés le 3 novembre soient dûment comptés s’ils sont reçus d’ici le 6 novembre. Mais trois de ses juges conservateurs n’ont pas exclu de réexaminer le dossier après l’élection.

De mauvaises choses vont arriver, et de mauvaises choses mènent à plein d’autres choses

Donald Trump a immédiatement appelé la Cour suprême à revoir sa décision, en lançant des accusations aussi vagues que lourdes de sous-entendus. "De mauvaises choses vont arriver, et de mauvaises choses mènent à plein d’autres choses", a-t-il annoncé sur Twitter en prévoyant que cette décision allait "entraîner des violences dans les rues". Le réseau social a apposé une mention prévenant que le contenu de ce message était "contesté" et "pouvait être trompeur".

Les républicains ont lancé par ailleurs de nombreuses actions en justice pour contester l’assouplissement des règles du vote anticipé. 300 procédures ont été lancées dans 44 Etats. Jusqu’à présent, le vote par correspondance n’avait jamais posé de problème significatif aux Etats-Unis. Environ 1% des bulletins postés étaient refusés. Par le passé, cette possibilité était réservée à ceux qui étaient empêchés de se déplacer le jour du scrutin, mais la pandémie a changé la donne.

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