L'international belge et capitaine de Charleroi Cécifoot partage sa détresse : "La vie nous a privés d'un sens, voilà qu'on nous prive de notre oxygène, le handisport..."

Sur la table du salon traîne une pile de mails, imprimés par Michel Bertinchamps. L'entraîneur de Charleroi Cécifoot, une équipe de footballeurs déficients visuel, tente d'obtenir une dérogation pour retrouver le chemin des terrains. Les acteurs qu'il a contactés - Ligue Handisport, Adeps, Ministère des Sports…- se renvoient la balle. "On n'a pas eu de mot pour le sport pour les personnes handicapées...", regrette le Carolo. "On parle beaucoup du foot amateur, mais les conséquences pour les joueurs déficients visuels sont encore plus importantes. Les réflexes acquis à force de travail se perdent très vite. Tout le travail réalisé pendant cinq ans va finir par être réduit à néant…" Au-delà de l'aspect sportif, Michel Bertinchamps s'inquiète pour le moral de ses troupes : "Pour certains, le cécifoot est une échappatoire. Psychologiquement, c'est une épreuve terrible qu'ils doivent surmonter, parfois complètement isolés. On ne leur donne aucune perspective."

 

Le cécifoot se dispute à 5 contre 5. L'entraîneur, ancien préparateur physique du Sporting de Charleroi, est conscient que la situation nécessite des adaptations : "Je ne demande pas de reprendre la compétition, mais au moins de leur permettre de s'entraîner par bulles de 2 ou 4. Livrés à eux-mêmes, certains joueurs prennent du poids et cessent toute activité physique. Travailler les réflexes, les repères spatiotemporels, c'est vraiment capital."

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Pour Charleroi Cécifoot, l'année 2020 se résume à un tournoi disputé à Sankt Pauli (Allemagne) en octobre dernier. © Stefan Groenveld
Jean-Michel Bertinchamps estime qu'une dérogation avec des conditions strictes serait justifiée. © Stefan Groenveld

Son fils, Jean-Michel, a largement contribué au développement de l'équipe et du cécifoot en Belgique. Il est capitaine de Charleroi et défend aussi les couleurs de l'équipe nationale. Faute de pouvoir toucher du ballon, l'attaquant s'entraîne chaque jour individuellement à l'étage : "J'ai de la chance d'être équipé et de pouvoir travailler ma musculation et mon équilibre. Malheureusement, c'est loin d'être le cas de toute l'équipe." En pleine série d'abdominaux, le Carolo s'interrompt, las : "En Belgique, on ne semble pas vouloir se mettre à la place d'une personne en situation de handicap. On nous prive de notre oxygène, le handisport, alors que la vie nous a déjà privés d'un sens et de beaucoup de choses qu'on ne pourra jamais faire..."

En France, les footballeurs déficients visuels bénéficient d'une dérogation pour s'entraîner.

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