Une cinquantaine de personnes bientôt expulsées des anciens bureaux de la FGTB

Une cinquantaine de personnes, certaines sans papiers, se sont installées dans un bâtiment de la FGTB, en juillet 2019. Parmi elles, on retrouve principalement des femmes et leurs enfants. L’immeuble est vendu à une société de logement. La FGTB a donc demandé un ordre d’expulsion. D’ici le 9 mars, tout le monde doit être parti.

Un bon début

En juillet 2019, une cinquantaine de personnes se sont installées dans les anciens bâtiments de la FGTB, près du Sablon. Ils viennent principalement d’Afrique et sont, pour la plupart, sans papiers. Dans l’immeuble, on retrouve surtout des femmes et leurs enfants. Une fois le bâtiment occupé, le mot et l’adresse tournent. "Le bâtiment s’est très vite rempli. Il y a beaucoup de demandes et un tas d’immeubles vides. On veut simplement que les gens trouvent un toit" explique Naël Daibes, habitant de la maison.

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Le bâtiment est situé sur la rue Joseph Stevens, à deux pas des bureaux actuels de la FGTB. © Rim Id Miloud

Le dialogue est ensuite établi entre les occupants et la FGTB. "Au début, les négociations se passaient bien donc on a proposé de signer une occupation temporaire", rajoute l’habitant. Ce type de document permet aux deux partis d’écrire noir sur blanc leurs demandes après s’être mis d’accord. D’après Sotieta Ngo, directrice du CIRE (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers), cette convention est tout à fait adaptable aux volontés de chacun. "Il existe autant de réalités que de lieux occupés, ce document permet une sécurité". Cependant, la FGTB refuse de le signer.

Au début de l’occupation, le syndicat a fait acter la présence de ces personnes dans leur bâtiment. "Non pas pour les expulser mais notre vente devait être concrétisée six mois plus tard. Nous voulions nous assurer que tout se passerait comme prévu" assure Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB. Un acte compréhensible pour la directrice du CIRE : "Signer ce document ne signifie pas donner le bâtiment, mais ça fait peur. C’est accepter de mettre un doigt et souvent on n’en voit pas la fin." La FGTB et les habitants se sont donc mis d’accord. Le syndicat paierait les charges et les habitants pourraient rester dans le bâtiment, sans faire de dégâts.

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Dans les six étages de la maison, les habitants vaquent à leurs occupations. © Rim Id Miloud
Dans les six étages de la maison, les habitants vaquent à leurs occupations. © Rim Id Miloud

Une communication qui se complique

Au fil des mois, le dialogue entre les habitants et le syndicat se complique. Au début, les conversations étaient suivies par une asbl qui s’est ensuite retirée. "Tout s’est dégradé progressivement. Puis le discours de la FGTB a changé et la communication a été proche de 0. Ils ne nous ont plus informés de ce qu’il se passait", raconte Naël Daibes. La FGTB déplore aussi ce manque d’échanges.

En novembre 2020, une rencontre a été organisée, à la demande d’un policier. "Lors de cet entretien, nous avons prévenu les occupants que la concrétisation de la vente était prévue pour le mois d’avril 2020". Tous les partis se rejoignent sur un fait : cette entrevue s’est très mal déroulée. Quelques personnes du collectif de la voix des sans papiers de Bruxelles y ont assisté. Pour Moudou Ndiaye, le problème principal était la présence de la police sur place.

Par la suite, l’association a interpellé la FGTB. Elle souhaitait avoir une réponse quant à la nécessité de la présence de policiers, mais elle n’a jamais eu de retours. Les habitants ont eux aussi tenté de joindre la FGTB. Ils ont envoyé une lettre ouverte au secrétaire général, Thierry Bodson, dans laquelle il est possible de lire : "Quitter le bâtiment en pleine période hivernale, au milieu de l’année scolaire et à un moment où il est clair que la pandémie et sa batterie de mesures sanitaires contraignantes seront loin d’être terminées est impossible à moins de provoquer un véritable drame social." Aucune réponse n’a été donnée par la FGTB.

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17 enfants vivent sur place. © Rim Id Miloud
© Tous droits réservés

Un rouge moins flamboyant ?

Cette situation est d’autant plus interpellante qu’il s’agit d’un bâtiment appartenant à la FGTB. Dans la lettre ouverte des habitants à destination du syndicat, ceux-ci s’étonnent. "Que valent dès lors vos publications, communiqués de presse et autres campagnes en faveur du droit des plus démunis, face aux intérêts manifestement supérieurs de l’économie et de la gestion financière et immobilière de votre organisation ?" Moudou Ndiaye, porte-parole du collectif de la voix des sans papiers de Bruxelles, renchérit "C’est étonnant de la part de la FGTB. On n’arrive pas à comprendre."

La FGTB rappelle qu’elle est dans son bon droit. Christine Bartholomi, directrice administrative : "Il n’y avait pas la possibilité de garder ce bâtiment vide de locataires et servant de logement à ces personnes en toute illégalité. On ne peut pas imaginer une pérennité de cette occupation. Je préfère voir les choses de manière positive et me dire que ça aura évité deux ans dans la rue à ces personnes".

Une vie illégale

Une véritable organisation a été créée dans la maison. "C’est vrai qu’avec toutes ces histoires, j’en oublie que c’est une belle réussite !" se confie Naël Daibes. "On essaie de créer une vie communautaire et une solidarité. Il faut déposer les enfants à l’école ou à la crèche. Chercher des moyens de subsistances avec du travail au noir. Aller récupérer des colis alimentaires. C’est de la débrouille. Puis, il faut aussi penser aux démarches de régularisation qui se terminent généralement par un ordre de quitter le territoire."

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"C’est vrai qu’avec toutes ces histoires, j’en oublie que c’est une belle réussite !" se confie Naël Daibes. © Rim Id Miloud
"C’est vrai qu’avec toutes ces histoires, j’en oublie que c’est une belle réussite !" se confie Naël Daibes. © Rim Id Miloud
"C’est vrai qu’avec toutes ces histoires, j’en oublie que c’est une belle réussite !" se confie Naël Daibes. © Rim Id Miloud

D’après Sotieta Ngo, directrice du CIRE, "Investir ce genre de bâtiments permet aussi d’alerter sur l’urgence dans laquelle se trouvent ces personnes. On ne respecte pas ce droit fondamental qu’est le droit au logement. Les places manquent."

Maintenant, les habitants de la rue Joseph Stevens tentent de trouver une solution. Ils ont toujours su qu’ils ne pourraient pas rester sur place et que le projet allait devoir se terminer. La fin de leur séjour sur place est accélérée. La signature définitive de l'acte de vente devrait se faire au début du mois d'avril, d'après la FGTB.

Un planning de départ n'a pas pu être négocié. Les habitants vont devoir trouver une nouvelle solution de logement. Pour Naël Daibes, la situation est critique. "Les sans-papiers constituent une catégorie de personnes qui est ici, en Belgique. Une bonne partie d’entre elles est sur le sol depuis plusieurs années mais leur existence est niée par les autorités et les responsables. Il n'y a aucune solution envisagée si ce n’est de les laisser vivre une existence illégale aux yeux de l’Etat Belge." 

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