Zeebruges, Furnes: nouvelle étape vers l'Angleterre pour les migrants

Un trou dans un grillage, à quelques mètres à peine d'une zone de stationnement de poids lourds, sur le zoning industriel de Furnes. Le spectacle n'étonne plus le bourgmestre de la localité, Peter Roose. Depuis plusieurs semaines, le phénomène se répète presque quotidiennement. "C'est le signe qu'il y avait ici des illégaux hier ou avant-hier. Ils se cachent ici en attendant un camion pour prendre la route jusqu'en Angleterre".

L'Angleterre. L'eldorado de milliers de migrants, qui veulent y reconstruire leur vie. Depuis que les mesures de sécurité ont été renforcées autour du port et de la gare Eurostar de Calais, les réfugiés cherchent des alternatives. Et la côte belge en est une.

De Calais à Furnes et Zeebruges

Arriver en Belgique depuis le nord de la France: rien de plus simple. Il existe notamment une navette de bus entre Dunkerque et La Panne. Une fois arrivés, les migrants prennent la direction de Furnes (en train et à pied), ou de Zeebruges (grâce au tram de la Côte). Objectif: grimper dans des camions stationnés dans ces deux villes et rejoindre l'Angleterre, cachés dans le chargement, grâce à des passeurs grassement rémunérés. Après s'être assurés de bien être en Belgique, des migrants rencontrés dans ce tram nous le confirment: "On vient d'Iran, d'Irak, de Syrie et d'Afghanistan. Nous on va à Zeebruges. On veut aller en Angleterre. Y'a des camions qui y vont. On a déjà essayé de rejoindre l'Angleterre, mais c'est la première fois qu'on essaie par ici."

1000 migrants interceptés

Une fois sur le territoire belge, commence alors une partie de cache-cache avec la police dans la zone portuaire de Zeebruges ou dans la zone industrielle de Furnes. Rien qu'au mois de décembre, environ 700 migrants ont été interceptés à Zeebruges, plus de 330 à Furnes. Le phénomène prend de l'ampleur. De quoi alerter les autorités locales, qui demandent 40 policiers en renfort, une unité mobile d'identification et des fonctionnaires supplémentaires pour enregistrer les personnes interceptées. "Le problème, ce n'est pas l'insécurité, c'est un problème de moyens policiers", explique Peter Roose. "Si on en intercepte 20 ou 30 en même temps, nos policiers sont totalement dédiés à cette tâche, au détriment de leurs missions de base." Des migrants qui, une fois interceptés, sont identifiés grâce à leurs empreintes, et qui reçoivent un ordre de quitter le territoire dans les 5 jours. En général, ils retournent alors en France. 10% environ retentent ensuite leur chance via la Belgique.

Zeebruges, un nouveau Calais?

Les bourgmestres des villes côtières, soutenus par le gouverneur de la province de Flandre occidentale ont dès lors écrit au ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, pour lui adresser leur demande. Et la demande est urgente, explique le gouverneur, Carl Decaluwé. "Ma crainte, c'est que si le nombre d'illégaux et de migrants continue à augmenter - et j'en suis convaincu, tout le monde en est convaincu- et qu'on ne reçoit pas de soutien supplémentaire... Le gros risque c'est qu'ici à la côte belge, on commence à avoir des camps de tentes comme à Calais et Dunkerque et ça, nous voulons l'éviter à tout prix."

Les renforts ont été accordés par le ministre de l'Intérieur, mais on ne sait pas encore quand ils seront disponibles. Et les autorités locales s'inquiètent déjà des répercussions sur le tourisme dans la région, qui a accueilli 17 millions de touristes en 2015 et qui redoute un scénario à la grecque. "Qui a encore envie d'aller à Cos dans de telles circonstances?", demande le gouverneur.

L'hiver, motivation suprême

Les patrouilles sillonnent jour et nuit les routes et les sous-bois des abords du port et du zoning industriel. Hors de question que la moindre tente soit installée et qu'un camp prenne forme. Les migrants, eux, continuent à tenter leur chance sur notre sol, car vu le froid et les conditions déplorables dans lesquelles ils vivent dans les camps du nord de la France, ils sont déterminés à rejoindre l'Angleterre le plus rapidement possible.

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