Réfugiés à Anderlecht: le parcours du combattant pour une domiciliation

De nombreuses familles syriennes, ayant obtenu le statut de réfugiés, attendent depuis des mois de se faire domicilier dans la commune d’Anderlecht. Mais les obstacles semblent infranchissables. Hilo, sa femme et leurs 3 enfants vivent dans un appartement rudimentaire d’Anderlecht depuis plus de 6 mois. Tout est en bonne et due forme. Contrat de bail signé, loyer de 700 euros payé. Mais l’agent de quartier n’est passé qu’une seule fois et Hilo n’a plus jamais eu aucune nouvelle.

Près de 200 réfugiés syriens seraient concernés par cette situation. L’agent de quartier évoque des raisons d’insalubrité, mais aussi de fautes sur le nom inscrit sur la boite aux lettres de certains. Des raisons qui étonnent l’asbl Service droit des jeunes. "La seule raison légale pour laquelle on peut refuser d’inscrire ou de constater la résidence, c’est que les gens ne vivent pas sur place", nous confie Xavier Polfliet de l’asbl. La commune devrait au minimum procéder à une inscription provisoire.

Délibérément?

Sans domiciliation, les réfugiés n’ont pas accès à leurs droits sociaux fondamentaux. Ils ne peuvent donc pas inscrire leurs enfants à l’école, obtenir des allocations familiales ou encore accéder au marché de l’emploi. Hilo se dit démuni et pense même à changer de commune si la situation ne s’arrange pas.

Alors, la commune pousse-t-elle délibérément les réfugiés à se tourner vers une autre commune ? L’échevine de l’État civil et de la population à Anderlecht, Monique Cassart (MR), parle de retards administratifs. Légalement, l’agent de quartier doit passer dans les 8 jours pour constater qu’une personne vit bien à son domicile. Mais certains réfugiés attendent depuis près d’un an. La commune dit aussi vouloir lutter contre les marchands de sommeil. Mais les réfugiés sont locataires et non propriétaires. "C’est légitime de la part de la commune de vouloir lutter contre les marchands de sommeil mais ce n’est pas aux réfugiés d’en payer le prix", dit Alexis Polfliet.

"Risques réels en matière de sécurité publique, de salubrité et d’hygiène"

Nous nous sommes procuré un document étonnant dans lequel la commune stipule que le nombre de réfugiés syriens a augmenté de 300% en quelques mois sur son territoire. Et ajoute : "Cet afflux concentré dans un même quartier, engendre des risques réels en matière de sécurité publique, de salubrité et d’hygiène. Cette situation a déjà donné lieu à des conflits ethniques où la police a du intervenir. Les habitants se plaignent de cette transposition du conflit syrien dans la vie quotidienne de leur quartier." Un document à la frontière de la légalité et de la discrimination pour Alexis Deswaef, le président de la Ligue des droits de l’Homme. "Visiblement, ce courrier montre qu’on veut leur rendre la vie plus difficile et dans cette logique de chasser les réfugiés vers une commune voisine."

La commune dit vouloir protéger les réfugiés syriens des problèmes d’insalubrité. Reste à savoir pourquoi la commune rechigne à leur octroyer la domiciliation sur son territoire. Anderlecht donne en tout cas l’impression de traîner les pieds quand il s’agit de gérer les réfugiés.

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