Plus de 3200 morts en Méditerranée depuis janvier: "Il faut délivrer des visas humanitaires"

Plus de 3200 morts en Méditerranée depuis janvier: "Il faut délivrer des visas humanitaires"
Plus de 3200 morts en Méditerranée depuis janvier: "Il faut délivrer des visas humanitaires" - © HO - AFP

Ils sont plus de 300 000 à avoir traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Ce chiffre a été annoncé, mardi, par le Haut-Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés. Le HCR annonce que 2016 pourrait être l’année la plus meurtrière dans la Méditerranée. Les naufrages ont déjà fait depuis le 1er janvier plus de 3200 morts ou disparus.

François Gemenne, spécialiste des flux migratoires, chercheur en sciences politiques à l’Université de Liège et à Sciences-Po Paris, répond aux questions de la RTBF. 

300 000 personnes qui ont traversé la Méditerranée depuis le 1er janvier, est-ce qu’on est loin de l’invasion que certains avaient annoncée ?

"On en est, effectivement, relativement loin. C’est un chiffre qui a été quantitativement réduit par rapport aux arrivées de 2015. Par contre, ce qui est choquant c’est que le nombre de morts ne cesse d’augmenter. Et donc, on peut avoir l’illusion que la crise est réglée, que la crise est derrière nous. La réalité c’est qu’elle n’a jamais été aussi dense qu’aujourd’hui puisqu’alors que le nombre de traversées a diminué de plus de moitié, le nombre de morts en Méditerranée, lui, continue d’augmenter. Il y a aujourd’hui, chaque jour, 11 personnes qui meurent en tentant de traverser la Méditerranée".

Est-ce que les migrants et les réfugiés vont continuer à traverser en masse la Méditerranée dans un futur proche, dans les mois à venir, avant la fin de l’année ?

"Oui. Tant que les frontières extérieures de l’Union Européenne resteront aussi fermées, aussi hermétiques qu’elles le sont aujourd’hui, les réfugiés, les migrants, continueront de prendre des bateaux pour traverser la Méditerranée, continueront de risquer leur vie et de l’y laisser bien souvent".

Plus de 3200 morts ou disparus dans la Méditerranée depuis le début de l’année. Que faut-il mettre en place pour faire fondre ce chiffre de toute urgence ?

"Je dirais qu’il y a d’abord une urgence en termes humanitaires. La priorité aujourd’hui, c’est de mettre un terme à ces morts et donc de rétablir des voies de passage sûres vers l’Union Européenne. A mon sens, le plus sûr pour y arriver c’est de délivrer des visas humanitaires sur le modèle de ce que fait le Canada. Cela permettrait aux gens d’arriver en avion plutôt que de devoir prendre les bateaux. C’est une solution qui existe déjà, qui devrait être mise en œuvre immédiatement, mais qu’aucun gouvernement ne veut mettre en œuvre de peur de donner l’impression d’organiser une arrivée des réfugiés vers l’Europe. Et plutôt que donner l’impression d’organiser cette arrivée, on préfère laisser le chaos s’installer".

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