Plan UE-Turquie sur les réfugiés: "Le risque, c'est de faire de la Grèce un immense Calais"

Une série de mesures prises par le gouvernement Michel "rongent" le droit d'asile, selon le directeur du Centre fédéral migration Myria François De Smet, qui a porté plainte contre l’État belge auprès de la Commission européenne. Ces mesures sont détaillées dans une lettre ouverte publiée sur RTBFInfo.

Le gouvernement semble craindre que l'opinion publique le soupçonne de laxisme. Le retour des contrôles à la frontière avec la France en est une preuve selon François De Smet: "Il est impossible de rendre hermétique la frontière à la côte entre la France et la Belgique. C'est d'abord un message vis-à-vis de notre population, mais aussi vis-à-vis des migrants pour les décourager de venir".

Corridor humanitaire

Le sommet de lundi entre l'Union européenne et Ankara a échoué à finaliser l'accord qui permettrait de renvoyer en Turquie les migrants arrivés illégalement. La finalisation de ce plan est reportée au prochain sommet du 17 mars. "La chose intéressants dans ce plan c'est qu'on voit arriver pour la première fois quelque chose qui pourrait être le début du commencement d'un corridor humanitaire. Dans le deal, il y a l'idée que, depuis la Turquie, on autoriserait les Syriens à introduire une demande vers les pays de l'Union européenne, ce qui permettrait de couper l'herbe sous le pied des passeurs et d'offrir une vraie chance" aux candidats réfugiés, selon François De Smet.

"Un troc inquiétant"

Mais le directeur de Myria pointe aussi des aspects "inquiétants" à "cette sorte de troc": "Comment faire la différence entre un migrant économique et un demandeur d'asile? Un Syrien qui avait une profession libérale et qui est depuis deux ans dans un camp en Turquie parce qu'il avait décidé de tenter sa chance ailleurs : vous le classez où? Dans les demandeurs d'asile parce que son pays n'existe plus? Ou dans la migration économique? Ce n'est pas si simple. On oublie tout le temps le facteur humain: les gens ont un libre-arbitre. Que fait-on avec les gens qui sont en Grèce? On les prend de force pour les ramener en Turquie? Comme ils savent que cela se fera, ils se disperseront. Le risque, c'est de faire de la Grèce un immense Calais, c'est que les gens se dispersent et fassent des camps par-ci, par-là et essayent de passer là où c'est possible: par l'Adriatique, par la Macédoine où par d'autres endroits. Le droit d'asile c'est: 'quelle que soit ma nationalité, quels que soient les motifs réels qui me font venir, j'ai le droit qu'un État membre de la Convention de Genève examine complètement ma demande'".

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