Limitation des allocations familiales pour les réfugiés: du "populisme malsain"

Si cela ne dépendait que de la N-VA, les allocations familiales ne seraient versées totalement qu'après un séjour légal d'au moins quatre ans en Belgique. "La vague de réfugiés est un fait et de cette manière, nous voulons garantir la sécurité sociale pour tous les Belges", explique la députée Sarah Smeyers, dans les colonnes de De Morgen et Het Laatste Nieuws.

Cette proposition de loi qui sera déposée par la députée indique que la totalité des allocations sociales serait octroyée après un séjour légal de quatre ans au moins en Belgique durant les 10 dernières années. Concrètement, la N-VA propose d'octroyer 25% du montant des allocations familiales après un an. Après deux ans, la moitié du montant serait octroyée, puis 75% après trois ans et 100% après quatre ans.

"Les allocations familiales sont un droit inconditionnel"

Du côté du réseau flamand de lutte contre la pauvreté, Netwerk Tegen Armoede, ont est contre cette proposition de loi. "Les allocations familiales sont un droit inconditionnel pour chaque enfant et c'est un outil important contre la pauvreté infantile", estime Frederic Vanhauwaert, coordinateur de Netwerk Tegen Armoede.

"Proposer de n'accorder le droit à la totalité des allocations familiales seulement après quatre ans est, selon nous, étrange. La pauvreté infantile en Flandre est déjà assez élevée. Nous devons éviter que des gens se retrouvent dans le cercle de la pauvreté. Ce sont des personnes pour lesquelles un soutien dès le début est essentiel", ajoute Frederic Vanhauwert.

L'impact est minime selon Kris Peeters

Le vice-Premier ministre Kris Peeters (CD&V) ne soutient pas non plus la proposition de son partenaire de la majorité fédérale, la N-VA. Selon lui, cette mesure ne resprésente qu'un montant de 6 millions d'euros, "ou à peine 0,1% du pot total de 6 milliards".

"L'impact financier est donc encore tout à fait gérable", a-t-il réagi lundi lors d'un déplacement à l'UHasselt.

"Il s'agit du droit de l'enfant, cela n'a rien à voir avec la situation des parents", a-t-il ajouté, soulignant l'importance de la solidarité: "La solidarité a effectivement des limites, mais dans le cas de la sécurité sociale, ces limites n'ont certainement pas encore été atteintes. Une fois que ces gens intègrent notre système, ils doivent évidemment rejoindre la population active. Mais c'est la même chose pour tout le monde."

"First things first. Il faut d'abord accueillir et enregistrer correctement les gens", souligne-t-il, renvoyant ainsi la balle à la N-VA et plus précisément au secrétaire d'État à l'Asile et la Migration Theo Francken.

L'Open Vld veut lui aussi une période d'attente

L'Open Vld est lui aussi partisan d'une période d'attente avant l'octroi complet des allocations familiales, a indiqué la députée flamande Freya Saeys.

La présidente de l'Open Vld Gwendolyn Rutten avait, elle, déjà formulé une proposition similaire. "La N-VA repique notre débat", a commenté Freya Saeys. "Nous trouvons fort étrange que ce parti le fasse depuis la Chambre, alors que le débat doit être mené au niveau flamand".

Si l'Open Vld partage la volonté de la N-VA de ne pas attribuer immédiatement l'entièreté des allocations familiales, la durée du séjour légal qui serait nécessaire à cet égard reste à ses yeux sujet à débat. L'Open Vld estime en outre que le montant de l'allocation ne peut augmenter en fonction du rang de l'enfant. Il souhaite aussi y adjoindre des conditions, comme une inscription effective à l'école.

Des sorties que le MR met sur le compte du "racolage électoral"

La N-VA s'est distinguée ces dernières semaines par une succession de sorties visant les réfugiés. Le MR met cette attitude sur le "compte du racolage de l'électeur flamand".

Les derniers sondages ont montré une perte d'intentions de vote pour la N-VA à l'avantage du Vlaams Belang. Vendredi et au cours du week-end, plusieurs personnalités de la N-VA ont tenu des déclarations controversées sur les réfugiés et la gestion de la crise par la Ville de Bruxelles. Lundi, une députée fédérale a proposé de restreindre l'octroi des allocations familiales aux familles de réfugiés, une matière qui relève pourtant des compétences des entités fédérées.

"Je mets cela sur le compte du racolage de l'électeur flamand. La N-VA perd quelques électeurs à sa droite", a souligné le président du MR, Olivier Chastel.

Le président du MR rappelle toutefois qu'à ce jour, ces idées ne se sont pas transformées en projets déposés sur la table du gouvernement. "Pour en avoir discuté avec le Premier ministre, je peux vous assurer que cela n'affecte en rien le travail du gouvernement", a-t-il ajouté.

Quant aux propositions elles-mêmes, même si elles se succèdent, elles sont rejetées par le MR. "Cela ne m'émeut pas et cela ne me fera pas changer d'avis", a affirmé Olivier Chastel.

"Populisme malsain"

Le ministre wallon de l'Action sociale Maxime Prévot (cdH), compétent en matière d'allocations familiales depuis la sixième réforme de l'État prévoyant le transfert de cette compétence vers les entités fédérées, dénonce lundi "le populisme particulièrement malsain" dont fait "à nouveau" preuve la N-VA. Selon lui, dès lors qu'un candidat réfugié devient un réfugié de guerre, il a le droit de bénéficier d'allocations familiales pour ses enfants, "car chaque enfant en Belgique doit être considéré de la même façon".

Pour Maxime Prévot, le parti flamand tient une nouvelle fois "des propos d'exclusion désobligeants et indignes" alors qu'il devrait "se battre pour maintenir le système de sécurité sociale qui a toujours soudé notre pays."

"Je tiens à leur rappeler que les réfugiés de guerre en provenance de Syrie, d'Irak ou d'Érythrée, n'arrivent pas chez nous pour se dorer la pilule et venir profiter de notre système de sécurité sociale, mais bien pour fuir une situation de guerre, pour fuir la mort, les viols, les assassinats, d'hommes, de femmes mais aussi d'enfants", insiste le ministre wallon. "Dans ce contexte, nous avons le devoir de les accueillir dignement. La solidarité doit se concrétiser dans les actes et ne pas être un slogan."

"Une telle mesure pourrait provoquer un risque d'appauvrissement"

Le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté s'est également opposé lundi à la proposition. "Ces allocations font aujourd'hui partie de l'indispensable pour de plus en plus de familles. Elles permettent d'équilibrer le budget des ménages. Adopter une telle mesure pourrait provoquer un risque d'appauvrissement", estime sa secrétaire générale Christine Mahy.

Le réseau flamand de lutte contre la pauvreté, Netwerk Tegen Armoede, a lui aussi rejeté la proposition de la N-VA. "Les allocations familiales sont un droit inconditionnel pour chaque enfant et c'est un outil important contre la pauvreté infantile", a-t-il ainsi rappelé.

Dans le cadre du transfert de la compétence des allocations familiales vers les entités fédérées décidé lors de la sixième réforme de l'Etat, Christine Mahy insiste sur la place qu'occuperont ces allocations dans les débats à venir en Wallonie sur la manière de mieux réduire les inégalités. "Comment peut-on les revaloriser? C'est là tout l'enjeu", conclut-elle.

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