"La Belgique a limité le nombre quotidien de demandes d'asile, alors que rien ne l'y autorise"

Le Myria, Centre fédéral Migration, publie son rapport annuel. François De Smet, son directeur, est l'invité de la Matinale de la Prem1ère, pour nous faire un tour d'horizon de la migration durant l'année 2015, assez exceptionnelle avec ses 38 990 demandes d'asile.

2015, pas une année record

Mais ce n'est pas une année record, car "en 2000, la Belgique avait accueilli 46 000 demandeurs d'asile", note le docteur en philosophie. C'était l'époque du conflit des Balkans, notamment au Kosovo. "A l'époque, il y avait une grande palette de nationalités différentes, avec des taux de reconnaissance pas si élevés."

"Par comparaison, en 2015, les Syriens, les Irakiens et les Afghans font à eux seuls 70% de toutes les demandes. Et cette migration n'aura pas les mêmes conséquences, le taux de reconnaissance étant beaucoup plus fort. Par exemple, si vous êtes Syrien, vous avez 98% de chance d'être reconnu. Avec un impact sur la société, au niveau du processus d'intégration et sur le marché de l'emploi, plus important. Mais il ne faut pas négliger le nombre de gens qui veulent rentrer chez eux une fois que la situation s'est stabilisée chez eux."

Les migrants sont là mais n'arrivent plus jusque chez nous

Le pic d'arrivée de réfugiés a eu lieu entre septembre et décembre 2015. Aujourd'hui, on voit que le flux s'est tari en Belgique mais aussi pour le reste de l'Europe. "Depuis février, mars, on a l'impression que la crise est finie. On pourrait croire que c'est une bonne chose, mais le problème c'est que ce n'est pas dû à un tarissement des conflits internationaux." 

"Les migrants sont toujours là, mais ailleurs", ayant de moins en moins de facilités à atteindre l'Europe. "Ces gens-là n'arrivent plus jusque chez nous." En cause, la fermeture des Balkans et de l'accord passé entre l'UE et la Turquie. "C'est sans doute la conjonction de ces deux événements, qui a fait en sorte que ce flux se tarit."

"Mais il y a encore beaucoup de gens qui meurent en mer, on a déjà à 2900 pour 2016 alors qu'on en comptait 3700 pour toute l'année 2015. Donc on va encore vers un nouveau record. Et rappelons qu'il y a toujours 57 000 personnes qui sont bloquées en Grèce, d'une manière ou d'une autre. Il y a ceux qui sont en attente de relocalisation, et plus de 8000 personnes sur les îles grecques, dans ce que l'on appelle des hotspots. Ce sont des sortes de centres fermés, semi-fermés, leur statut est assez opaque. Les gens y sont dans des conditions assez précaires, il y a un certain chaos."

La migration, ce phénomène imprévisible

La fin de cette crise est-elle une illusion, une perception purement européenne qui refuse de voir plus loin que ses frontières? "La migration est quelque chose de très imprévisible. Il y a un an pile, la Belgique était en train de fermer des places d'accueil."

Avant de les rouvrir en urgence… Avec cette promesse de Theo Francken, le secrétaire d'Etat à la Migration et l'Asile, qu'il n'y aurait pas de demandeurs d'asile dans la rue. "Une promesse en partie tenue, il faut reconnaître que le secrétaire d'Etat a vite réagi en ouvrant énormément de places d'accueil, il a quand même fallu avoir un réseau de 30 000 places d'accueil en très peu de temps."

La Belgique, pour gérer ses capacités d'accueil a limité les flux à l'entrée. Alors que rien ne l'y autorise

"Mais c'est pas tout à fait vrai que personne ne s'est retrouvé à la rue. Des initiatives citoyennes ont dû ouvrir des places, comme au Parc Maximilien. Un pré-accueil s'est laborieusement mis en place, notamment parce que l'office des étrangers a limité le nombre quotidien de dossiers à introduire, ce qui normalement n'est pas permis par le droit belge et européen. Donc il y a tout de même eu une série de personnes qui ont dû attendre avant de pouvoir introduire un dossier. La Belgique, pour gérer ses capacités d'accueil, a limité les flux à l'entrée. Alors que rien ne l'y autorise."

Maintenant que moins de migrants viennent frapper à nos portes, "le gouvernement est en train de refermer près de 10 000 places d'accueil, des places créées dans l'urgence, c'est donc normal qu'elles se ferment à terme. Mais là où le bât blesse, c'est qu'il ferme aussi 500 places structurelles, des logements individuels notamment gérés par le Ciré (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers.)"

"C'est assez étrange comme décision, ces places existaient depuis 17 ans et fonctionnaient bien. On ne comprend pas très bien la justification, d'autant plus que la décision a été prise sans concertations avec les principaux concernés. C'est dommage car ce type d'accueil, individuel et personnalisé, participe à la meilleure intégration et à une plus rapide autonomisation. En plus, l'accueil individuel coûte généralement moins cher que l'accueil collectif."

La migration économique, "c'est l'avenir"

La migration est croissance depuis les années 80, et aujourd'hui 20% de la population belge est d'origine étrangère. "Et dans ces 20%, la moitié a pris la nationalité belge", commente François De Smet.

"Plus de 60% des flux viennent de l'UE, et pour la première fois, en 2015, on a accueilli plus de Roumains que de Français", précise François De Smet. Notamment à cause des travailleurs détachés. "La migration économique, c'est l'avenir. C'est une manière de nous rassembler un peu plus sur la migration qui divise tout le monde. Les gens migrent pour mieux vivre, de manière générale. Et il y a du travail à faire pour nous rassembler là-dessus."

On a besoin de migration pour éviter un déclin démographique

En conclusion, le directeur du Myria commente les politiques migratoires européennes et belges, assez... inexistantes. "Il existe une politique d'asile cohérente, il y a une politique des étrangers, et le Myria trouve qu'il manque une politique migratoire, de préférence au niveau européen, qui globaliserait convenablement la politique d'asile, qui tirerait les leçons de cet accord UE-Turquie. Et une politique migratoire qui offre un peu plus de canaux migratoires disponibles aux travailleurs, notamment ceux à bas revenus".

"Il y a un événement statistique intéressant qui vient de tomber, depuis 2015, il y a plus de décès que de naissance en Europe. C'est la première fois, et cela montre que l'on a besoin de migration pour éviter un déclin démographique."

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