Migrant, demandeur d'asile ou réfugié: débat sur la terminologie

De plus en plus d'observateurs dénoncent l'utilisation du terme "migrant"
De plus en plus d'observateurs dénoncent l'utilisation du terme "migrant" - © ROBERT ATANASOVSKI - AFP

Ces termes sont utilisés tous les jours dans nos articles et nos reportages radio et télévisés. Derrière ces mots, se trouve à chaque fois une personne, un parcours, une histoire. Mais ils ne recouvrent pas la même réalité et leur utilisation fait aujourd'hui débat.

Le terme migrant ne plaît pas à tout le monde. La chaîne d'information Al-Jazeera a même renoncé à l'utiliser pour qualifier les personnes qui fuient un pays en guerre.

Le mot migrant n'a pourtant, au départ, rien de stigmatisant. Théoriquement, il désigne toute personne qui quitte son pays, va d'un lieu à un autre, quelle que soit la raison de ce départ. Le migrant peut se rendre à l'étranger pour étudier, travailler ou rejoindre un membre de sa famille. Mais cette terminologie serait trop générale pour plusieurs observateurs du phénomène migratoire.

Sur son blog, le sociologue de l'ULG, Marco Martiniello, écrit que lorsqu'on parle de "migrant", "on juge qu'il n'est guère utile de faire la distinction entre les personnes qui fuient la misère, les conflits et les personnes mobiles, hautement qualifiées. (...) En revanche, si on parle de 'réfugiés', on inscrit d’emblée dans l’espace des droits de la personne humaine et de leur protection, le socle prétendu de nos démocraties". 

Le HCR, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, estime d'ailleurs qu'il faut aujourd'hui parler d'une crise de "réfugiés", dans la mesure où la majorité de ces personnes fuient pour l'instant des régimes instables où leurs libertés ou même leur survie ne sont pas garanties.

Interrogé par Le Figaro, le chercheur liégeois François Gemenne, spécialiste des migrations, estime que le terme migrant revêt une connotation négative. "Ce terme était au départ plutôt positif : il évoquait la recherche d'une vie meilleure et la contribution à la vitalité d'un pays. Désormais, il est associé à l'idée que les migrants sont des hors-la-loi, une association renforcée par des expressions telles que migrant illégal."

C'est aussi le point de vue du professeur de sociologie de l'ULB Andréa Réa. "Le mot migrant a un effet néfaste, parce que, parfois, il est associé à une idée de menace. Il faut faire attention au mot migrant. Il est aussi utilisé pour faire peur, à des fins électorales, à des fins politiques." Pour Andréa Réa, il faut plutôt parler de demandeurs d'asile.

Demandeur d'asile

En Belgique, une personne devient "demandeur d'asile" lorsqu'elle a rempli une demande en bonne et due forme auprès de l'Office des Étrangers. Par cette inscription, elle demande la protection de la Belgique dans l'espoir d'obtenir le statut de réfugié. La demande est transmise au CGRA, le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides. Il vérifie, au cours de plusieurs entretiens, que le demandeur d'asile remplit tous les critères internationaux pour être considéré comme réfugié.

Pendant toute la durée de la procédure qui peut s'étendre sur plusieurs mois, la Belgique offre une aide matérielle au demandeur d'asile. Cette aide se traduit, notamment, par la mise à disposition d'un logement, le plus souvent dans un centre d'accueil collectif dans le cas de la Belgique. 

Réfugié

A l'issue de la procédure, si le demandeur d'asile répond à la définition fixée par la Convention de Genève, il obtient le statut de réfugié. Cette convention des Nations Unies, signée en 1951, précise qu'un réfugié "est une personne qui, craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, sa religion, sa nationalité, son appartenance à un certain groupe social, ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité. Cette personne se trouve dans l'incapacité de réclamer la protection de son pays".

Le statut de réfugié ouvre la porte à certains droits. Le réfugié reçoit, entre autres, un permis de séjour illimité dans le pays où il a fait sa demande d'asile. Il peut aussi travailler et prétendre à la plupart des droits sociaux offerts par ce pays. Dans le cas belge, le réfugié peut, par exemple, en cas de besoin, s'adresser au CPAS de sa commune pour solliciter une aide.

Si le demandeur d'asile ne répond pas aux critères fixés par la Convention de Genève, il reçoit un ordre de quitter le territoire. 

La Belgique offre également un statut intermédiaire : la protection subsidiaire. Elle s'applique à des personnes qui ne remplissent pas tous les critères pour être reconnues comme réfugié tout en courant néanmoins un réel danger dans leur pays.

La protection subsidiaire offre des droits comparables à ceux des réfugiés. Mais elle n'accorde qu'un permis de séjour temporaire d'un an, renouvelable chaque année en fonction de l'évolution de la situation dans le pays d'origine. Au bout de 5 ans de protection subsidiaire, la protection se poursuit sans devoir être renouvelée jusqu'à ce que la situation du pays d'origine revienne à la normale.

Actuellement, sur dix personnes qui rentrent une demande d'asile dans notre pays, 6 obtiennent effectivement le statut de réfugié ou la protection subsidiaire. Ce taux de reconnaissance constitue un record.

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